vendredi 8 mars 2019

Alex Michaelides - Dans son silence

Editeur : Calmann Levy - Traduit de l’anglais (Angleterre) par Elsa Maggion - Date de parution : Février 2019 - 378 pages efficaces !

Peintre reconnue très en vogue, Alicia est internée en clinique psychiatrique. Elle est accusée d’avoir assassiné son mari plusieurs années auparavant. Murée dans son silence, depuis son arrestation, elle n' jamais chercher à se défendre ou à expliquer son acte. Faber, un jeune psychothérapeute, intéressé par son cas se fait embaucher dans l’établissement. Non seulement,  il veut comprendre les raisons de son mutisme mais surtout réussir là où tous les psychiatres chevronnés de la clinique ont échoué.

A la clinique, Théo est très méfiant vis-à-vis de ses collègues et il n’hésite pas à prendre des initiatives personnelles comme rencontrer l’entourage d’Alicia. Il est très investi dans son travail d’autant plus que sur le plan personnel, son couple bat de l’aile. Le récit alterne le point de vue du jeune homme ambitieux et le journal intime d’Alicia. Et très rapidement, on est assailli de doutes. Si bien sûr on se demande pourquoi Alicia a commis ce meurtre et pourquoi elle refuse de parler,  d'autres questions voient le jour notamment concernant Théo qui a connu des périodes instables sur le plan psychique. Petit à petit, on découvre des zones d'ombre mais pas forcément celles que l'on attendait.

J'ai été très agréablement  surprise par cette lecture qui se révèle un véritable page-turner avec des personnages bien campés. Alex Michaelides maintient un suspense qui ne faiblit pas et nous réserve des surprises avec un dénouement complètement inattendu. Avec une écriture directe, ce thriller psychologique est prenant, complètement addictif et efficace. Mission accomplie sur toute la ligne ! 

- C'est drôle de te retrouver comme ça, Théo.
- Le monde est petit.
- En termes de santé mentale, oui.

Les billets de Cuné et  d'Eve

mercredi 6 mars 2019

Delphine de Vigan - Les gratitudes

Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Mars 2019 - 192 pages justes et émouvantes

Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et avec le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, le secret, les regrets. Je travaille avec l’absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d’un prénom, d’une image, d’un mot. Je travaille avec les douleurs d’hier et celles d’aujourd’hui. 

C'est avec ces mots que Jérôme définit son métier d’orthophoniste. Il a fait le choix de travailler avec une patientèle âgée et les aide à reconquérir le langage qui leur fait défaut ou s’enfuit. Ancienne correctrice, Michka commence à mélanger les mots, ils s’échappent ou se brouillent avec d’autres. Elle qui vivait seule doit désormais résider dans un Ehpad.  Accepter d'être aidé, accepter l'empreinte du changement et des journées où des petits pas, des petits sommes, des petits goûters, des petites sorties battent la mesure. Michka peut compter sur les visites de Marie, une jeune femme dont elle est très proche. Car pour Marie, c’est naturel à son tour d’être là pour la vieille dame.

A travers Jérôme, ce soignant bienveillant, l'auteure pose un regard empli d’humanité, de tendresse sur la vieillesse et sur ces vies désormais amoindries, rétrécies, mais parfaitement réglées.
Tous les personnages de ce livre ont une histoire mais je n’en dis pas plus. Parce que je veux que vous soyez émus comme moi.

Avec beaucoup de retenue et par petites touches, l'écriture sans fioriture souligne en finesse les non-dits et les effets du temps qui passe. Si Delphine de Vigan nous parle des blessures d’enfance, elle nous interroge également. A-t-on su dire à quelqu’un qui nous cher à quel point on l’aime et combien on le remercie?
C'est fulgurant de justesse et ça serre le cœur. Mais il y aussi des pointes joyeuses et pétillantes d'humour, de malice  et surtout une infinie empathie. Ce roman vibrant parlera à tous et fera naître beaucoup de poissons d'eau dans les yeux. Un livre lu en apnée totale mais avec un petit bémol pour la fin.

Vous êtes vous déjà demandé combien de fois dans votre vie vous aviez réellement dit merci?
Un vrai merci. L'expression de votre gratitude, de votre reconnaissance, de votre dette.
A qui?

Les billets de Cath et de Cuné.

Lu  de cette auteure : D'après une histoire vraie - Les jolis Garçons - Les heures souterraines - No et moi - Rien ne s'oppose à la nuit

Badge Lecteur professionnel

lundi 4 mars 2019

Bénédicte Belpois - Suiza

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Février 2019 - 256 pages et un avis mitigé 

A quarante ans, Tomás est paysan qui ne compte pas son temps. Ce taiseux vient d’apprendre qu’il a un cancer agressif mais il n’est pas du genre à se plaindre. Proche de ses sous qu’il gagne durement à la sueur de son front, c’est un homme attaché à ses terres. Dans ce petit village de Galice où tout le monde se connaît, l’arrivée de Suiza est vite remarquée. Elle ne parle pas un mot d’Espagnol. On dit qu’elle vient de Suisse, qu’il lui manque de la jugeote et qu’elle est un peu idiote.Sa beauté attire les hommes et quand Tomás la voit, il la veut.

Veuf depuis bien longtemps, Tomás n’a pas su aimer et prendre soin de celle qui a partagé brièvement sa vie. Son attirance charnelle pour Suiza est plus forte que tout. Et cette attirance va se transformer en véritable sentiment d'amour. Des petits changement vont s'opérer chez notre grand gaillard et Suiza elle-même va s’ouvrir en laissant de côté ses craintes. Ils s’apprivoisent et se complètent. Si Bénédicte Belpois décrit des personnages entiers souvent maladroits avec l'intime et chahutés par la vie, j'ai trouvé qu'il y avait certains clichés et je n'ai pas été sensible aux quelques traits d'humour déployés.

L’écriture ne prend pas de gants, ça respire de vie, de sensualité et c’est même souvent brut (quelquefois trop pour moi d'ailleurs). Avec en toile de fond une histoire d'amour,  on pourrait même s’imaginer déjà une happy end. Sauf que non.
Même si la fin inattendue m’a joliment surprise,  j'ai malgré tout trouvé certaines maladresses dans ce premier roman. 

Les billets de Delphine, Joëlle et Sabine beaucoup plus enthousiastes que moi.