mercredi 17 août 2011

Delphine de Vigan - Rien ne s'oppose à la nuit

Éditeur : J.-C. Lattès - Date de parution : Août 2011 - 437 pages et plus qu'un coup de cœur !

Quand j’ai commencé ce livre,  je l’ai lu jusqu’à la dernière page en une journée. Dans ce nouveau livre, Delphine de Vigan nous parle de sa mère Lucile. Un livre dont j’ai porté l’histoire durant plusieurs jours.
Lucile, la mère Delphine de Vigan s’est suicidée à l’âge de soixante et un an, en 2008. La nécessité d’écrire sur sa mère s’est imposée d’elle-même. Un sujet « casse-gueule » comme le dit l’auteure. Car écrire sur soi, sur sa famille,  c’est s’exposer publiquement. Même si deux de ses précédents romans était basés sur son expérience personnelle, ici, elle écrit ouvertement. En toute sobriété et tout en sensibilité. Pour écrire sur sa mère, elle a passé des heures à écouter son oncle, ses tantes, à récolter leurs souvenirs et leurs témoignages.  Elle déroule la vie de Lucile en commençant par celle de ses grands-parents. Lucile née en 1946 était la troisième enfant d’une fratrie de neuf enfants. Une famille avec ses moments de bonheur et ses drames. Lucile sera marquée à tout jamais par la mort accidentelle d’un de ses frères, puis le suicide de deux autres.  Lucile, la belle Lucile, une enfant renfermée puis une adolescente qui cherchera la liberté.  Fuir ses parents pour  accéder à  l'indépendance. Des parents dont les attitudes surtout celles du père seront sujet à bien des questionnements. Et puis, la maladie qui se déclare. Une maladie mentale qui la fait commettre des actes insensés. Elle sera internée, suivie en hôpital psychiatrique. Delphine de Vigan explore la mémoire familiale, cherche à comprendre si la maladie couvait déjà en Lucile.  
Sans pathos, Delphine de Vigan nous livre la vie de Lucile et la sienne. Comment elle s‘est retrouvée adolescente à devoir anticiper les rechutes de sa mère.  A gérer le quotidien. Puis adulte, à être aux aguets.  En parallèle, elle raconte la genèse de ce livre, la peur de s’y mettre ou de fausser l’image de sa mère. L’histoire d’une  famille avec des drames, des sujets douloureux, sensibles. Ce livre m’a fait penser à ma propre famille, aux kyrielles de suicides, de maladies et de non-dits. A ce lourd héritage que l’on porte malgré soi et aux questions qui nous effleurent quand on regarde ses enfants.
Le terme de coup de cœur ne peut pas s’employer, ce serait un euphémisme. Un  livre tout simplement magnifique. Sobre, sensible et tout en pudeur.  J’ai vibré, j’ai été émue, j’ai pleuré... Delphine de Vigan  rend à sa mère le plus bel hommage qu’il existe.
Les amateurs de Bashung reconnaitront dans le titre des paroles extraites de la chanson "Osez, Joséphine."
Je perçois chaque  jour qui passe combien il m'est difficile d’écrire ma mère, de la cerner par les mots, combien sa voix me manque. Lucile nous a très peu parlé de son enfance. Elle ne racontait pas. Aujourd’hui, je me dis que c’était sa manière d’échapper à la mythologie, de refuser la part de fabulation et de reconstruction narrative qu’abritent toutes les familles.


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