samedi 15 janvier 2011

Grégoire Delacourt - L'écrivain de la famille

Éditeur : JC Lattes - Date de parution : 12/01/2011 - 265 pages

À sept ans, Edouard écrit son premier poème. Quatre rimes qui se battent en duel mais la gloire vient de frapper.  C’est officiel ! Pour sa famille, il est écrivain. Deux ans plus tard, les mots ne viennent plus. Les années passent, sa famille s’effiloche et  son grand roman ne voit pas le jour. Edouard n’a peut être pas un talent d’écrivain mais les portes du monde de la publicité s’ouvrent à lui.  Celui qui était destiné à devenir un grand de la littérature porte son échec et écrit l’histoire des siens.
Plongeon dans les années 1970,  on respire la fumée des gitanes tandis qu'Edouard, 7 ans,  écrit un poème naïf. Quatre rimes bien pauvres lui valent d’être affublé du titre d’écrivain de la famille. Mais deux ans plus tard l'inspiration l'a déserté. Lui qui aime jouer avec les mots ne trouve plus de rime. Les disputes des parents sont fréquentes, son père côtoie la dépression depuis son retour de la guerre d'Algérie.  La vie continue malgré tout. Son père a refait sa vie,  son frère  emmuré dans son monde est placé dans un institut  et Edouard a toujours cette épée de Damoclès au-dessus de la tête.  Hélas, sans talent, il est bien difficile de devenir écrivain. Même si son "grand" roman n'est pas édité, Edouard réussit à se faire une belle place en tant que publicitaire.  
Le ton du récit change,  les jeux de mots et l’humour font place à plus de sensibilité. La famille d'Edouard se disloque un peu plus. Et lui, il essaie d'avancer malgré son mariage bancal et le poids de l'échec.La culpabilité de n'avoir pas été à la hauteur aux yeux de ses parents le ronge. Je n'en dis pas plus...

Une écriture limpide, entraînante  pour parler de ce qui fait mal et l'histoire de cette famille m'a "parlée" !  Le parcours d'Edouard est entaché de quelques erreurs et nous rappelle que nous en faisons tous. Seul petit bémol mais je titille,  j'ai trouvé qu'il  y avait trop de vrais slogans publicitaires ...

En conclusion, il s'agit d'un premier roman drôle mais surtout sensible et émouvant ! Un auteur à suivre de près ...

jeudi 13 janvier 2011

Anne Percin - Point de côté

Éditeur : Thierry Magnier - Date de parution : 18/10/2006 - 147 pages et un gros coup de cœur!

Il s’appelle Pierre et  il a 17 ans. Sept ans auparavant, son jumeau est décédé. Il ne s’en est pas remis. Il a décidé de mourir. A petit feu et lentement.

J’ai lu ce livre il y a plusieurs jours et j’ai attendu d’écrire mon billet. Le temps de canaliser, d’endiguer mes émotions qui étaient trop fortes. La semaine dernière, je vous parlais de Bonheur fantôme où le narrateur était Pierre. C’est ce même Pierre que l’on retrouve dans ce livre mais à l’adolescence.
A travers un journal écrit sur 11 mois, Pierre se livre. Et c’est un ado de 17 ans qui parle avec beaucoup de sensibilité, d’humour, d’ironie et de lucidité. A l’âge de 10 ans, son frère jumeau est mort dans un accident de voiture.  Pierre n'arrive plus à vivre avec cette absence trop lourde à porter. Sa mère se shoote aux anxiolytiques pour tenir le coup et son père essaie de faire bonne mine.  Et, le déclic vient avant son entrée en terminale  :
"Par cette chaleur c’est suicidaire de courir. Alors j’ai commencé à courir. C’est facile quand on a de la volonté. Ça ne demande aucun matériel, aucun conseil, aucun partenaire. Deux mois plus tard, j’avais perdu cinq kilos. Maman a cru que j’avais fait ça pour perdre du poids. Elle n’a pas tort, mais ce qu’elle ne sait pas, c’est que je compte perdre tout mon poids. "
Vous  l’aurez compris, Pierre se met à courir et son  corps devient un "instrument" pour mourir. Il  y est question aussi d’amour, de cet amour qui donne envie de revivre, de renaître.   Le ton de Pierre, son humour, son écriture nerveuse et vive, son regard sont si justes que ce livre est tout simplement superbe 
Il s’agit d’un gros coup de cœur qui m’a beaucoup, beaucoup touchée ! Un moment d’apnée totale d’où je suis sortie complètement bouleversée...  

Lisez-le avant ou après "Bonheur fantôme", peu importe, mais lisez-le…

Merci à Gwen pour ce prêt.

mercredi 12 janvier 2011

Marc Dugain - L'insomnie des étoiles

Éditeur : Gallimard - Date de parution : 19/08/2010 - 226 pages efficaces

Automne 1945, Allemagne. Une compagnie de militaires française conduite par le capitaine Louyvre découvre dans une ferme quasi-abandonnée une jeune fille. Seule, âgée de 15 ans et se nourrissant de pommes de terres crues. Une autre découverte intrigue le capitaine Louyre : le corps calciné d’un homme. Il décide de s’occuper de la jeune fille et et de faire le jour sur cette affaire.

Une fois qu’on commence cette lecture, difficile de la lâcher ! Ce livre s’ouvre sur Maria. Une jeune fille de 15 ans qui vit recluse dans une ferme. Sans pratiquement aucune nourriture, sans père ni mère et affamée. Elle garde précieusement les lettres que son père lui a envoyées depuis qu’il est parti combattre sur le font Russe. Sa mère est depuis longtemps en maison de repos. Nous sommes à l’automne 1945, l’Allemagne a perdu la guerre et le capitaine Louyre se retrouve dans une bourgade au sud de l'Allemagne. Un coin comme éloigné de cette guerre. Du moins, c’est ce que l’on croit. Une petite bourgade calme. Trop calme justement. Et voilà comment ce roman avec une intrigue m’a tenue en haleine ! A la fois police et armée, la fonction du capitaine Louyre et de ses hommes est large. Intriguée au départ par sa personnalité, j’ai mieux réussi à cerné cet homme au fil des pages. Lui qui n'était  pas militaire avant la guerre mais astronome. Il marque un entêtement à lever le voile sur le corps calciné retrouvé dans la grange de la ferme. Il mène son enquête, interroge, pose des questions… et la vérité nous éclate à la figure. 
Une vérité nouée à la barbarie nazie. L’écriture de Marc Dugain est directe. Percutante. Il nous livre une vision toute en retrait ce qui, je trouve, accentue l'effroi. Une lecture forte qui m’a donnée envie de découvrir davantage cet auteur !

Plein de billets chez l'ami BOB.