lundi 9 janvier 2012

Lauren Groff - Arcadia


Éditeur : Plon - Date de parution : Janvier 2012 - 313 pages à savourer !
 
Dans l’Amérique de la fin des années 1960,  Ridley surnommé Pouce pour sa petite taille est élevé dans une communauté hippie. Arcadia est  basée sur l’égalité, le travail communautaire, le végétalisme. L’endroit attire de nombreuses personnes en quête d’un monde meilleur. A Arcadia, la drogue et le sexe libre sont monnaie courante. Alors que Pouce est un adolescent amoureux d’Helle une des filles du gourou, la communauté se dissout.

Adulte, Pouce vit à New-York et  est professeur de fac.  Ses parents se sont séparés et il est père d’une petite fille dont la mère n’est autre qu’Helle. Mais celle-ci est partie. Définitivement. Pouce possède en lui une foi inébranlable de certaines valeurs. Des valeurs comme des graines semées d’Arcadia et qui ont germé. Pouce est un homme « bon » qui a su s’adapter à un environnement  qu’il ne connaissait pas. Son amour pour Helle est intact et entier. La vie est parfois une boucle et Pouce reviendra à Arcadia avec sa fille. 
Je ne veux pas en dire trop ou plus sur ce roman car on en retire un sentiment de paix intérieure à la lecture. Et, il faut savoir l'apprécier. 

Après Les montres de Templeton, Lauren Groff démontre une fois de plus tout son talent de romancière.  Avec une écriture plus posée et réfléchie, ce livre possède un rythme presque musical. J’ai savouré cette histoire. Tranquillement et gagnée par un certain réconfort que seuls certains livres peuvent nous procurer...

Peu importe que cette histoire soit vraie. Pouce manipule les images : il sait que l’essentiel n’est pas que les histoires soient véridiques. Il comprend, avec cette impression d’un courant d’air qui balaie une pièce, qu’en perdant ces histoires sur nous-mêmes, auxquelles nous croyons, c’est aussi nous-mêmes que nous perdons.

Le billet de Cathulu.

dimanche 8 janvier 2012

Arnaud Dudek - Rester sage


Éditeur : Alma éditeur - Date de parution : Janvier 2012 - 118 pages comme un bonbon acidulé

La trentaine, Martin Leroy est licencié et sa petite amie le quitte. Comme il n’a plus rien à perdre, il décide de se venger de son ancien patron. Il se rend à son domicile mais il n' y a personne. Martin s’installe dans un  bar pour l’attendre. Et à l’extérieur ou à l'intérieur, la vie continue…

Oui, trois petit points de suspension car Martin, le personnage principal,  est le fil conducteur de ce roman où l’on croise tour à tour plusieurs personnages. Arnaud Dudek nous raconte leurs vies, leurs espoirs et leurs quotidiens. Autant de personnes anonymes dont les vies s’imbriquent ou se croisent. Moi qui aime observer les gens et leur inventer des vies, je me suis régalée!  Avant, Martin avait tout pour être heureux. Encore que. Une enfance pas comme les autres, élevé par une mère  à peine sortie de l’adolescence et qui finira par sombrer dans la folie. Dans ce livre, l’auteur pointe les défaillances du monde actuel. Avec ce même humour qui m’avait séduite dans les vies imperméables (son recueil de nouvelles).  Tout s’enchaîne avec limpidité, fluidité et l'on découvre les relations entre les uns et les autres. Et quand Matin retrouve par hasard un ancien ami d’enfance et qu’ils refont le monde, on de demande  à quoi tient le bonheur. Beaucoup de finesse pour faire passer les émotions et ce roman a le goût d’un bonbon acidulé. Doux, piquant et tendre. Quelques pages supplémentaires auraient été les bienvenues. J’en redemande et vivement un second roman ! 

On le sait, L’Escalator souffre d’un déficit d’image dans le cinéma comme dans en littérature. Au rayon ressorts narratifs, les artistes lui préfèrent l’escalier, ou bien l’échelle. Assez rare qu’un personnage de roman franchisse une étape importante de sa vie sur un Escalator. Roméo ne déclare pas sa flamme à Juliette depuis un escalier mécanique.


vendredi 6 janvier 2012

Claire Castillon - Les merveilles


Éditeur : Grasset - Date de parution : janvier 2012 - 237 pages qui secouent et font mal ...

Avertissement : âmes sensibles s'abstenir !

Un premier mai qui tourne à un massacre. Evelyne, enfant,  assiste à une scène d’une cruauté insoutenable. Impuissante, elle voit son père accrocher  son chien adoré Lulu à l’arrière de la voiture et le traîner sur plusieurs centaines de mètres. Depuis ce jour, les cloches résonnent dans sa tête. Pour Luiggi son compagnon, elle fait des ménages dans une usine. Elle mène une double vie car il n'y a pas d'usine. Elle est escort-girl ou tout simplement pute.

A son habitude, Claire Castillon nous fait renter très vite dans le vif sujet. Troisième page et l’horreur insoutenable. Le père, représentant mal dégrossi, pète un plomb et Lulu trinque, plus qu’amoché. Je me suis retrouvée yeux écarquillés, la bouche formant  un rond et d’où sortait un « oh » puis le souffle coup. La vie de la famille d’Evelyne est piquée, surpiquée. Jeux de mots chocs, petites phrases cinglantes et ça bouscule, ça télescope.
Et les cloches tintent, elle se livre à la brutalité. Evelyne s’enferme dans un autre monde tout aussi désenchanté que le réel. A treize ans, elle découvre le sexe puis croit trouver l’amour en Luiggi, pizzaïolo simple et gentil. Mais les cloches résonnent toujours par moments. Evelyne n'en  peut plus de ce quotidien où chaque sous est compté et où la pauvreté  la ramène à celle de son enfance. Avec en plus un enfant à élever. Comme pour rendre moins moches leurs vies, elle fait commerce de son corps, elle « pute » comme elle le dit.  Activité où elle excelle. Un jour, elle rencontre Claude un client qui la fascine par son intelligence. La honte de n’être pas cultivée  et l’envie de vouloir s’élever l’oppressent. Les cloches seront les plus fortes, pulsions violentes d’un désespoir sans appel.
Entre tendresse et une innocence candide, un quotidien glauque dont elle aimerait sortir, une enfance volée, on assiste au désarroi et aux angoisses d’Evelyne. Prisonnière de son mal être comme dans une bulle qui finit par éclater. Forcément. 

Une lecture qui m’a chavirée et laissée en bouche un goût amer. Le regard d’Evelyne sur ce qui l’entoure est dérangeant mais vrai. C’est peut-être cette lucidité  qui fait le plus mal au final. Si ce n’est pas un coup de cœur contrairement à certains de ses précédents romans, il s'agit d'une lecture comme un tour de manège dont on sort avec un léger malaise et la tête qui tourne mais l’envie de recommencer. Un peu plus tard.

Un intello, c’est bien,  mais quand ça s’emballe, c’est complètement pire qu’un con.(...)

Donc je dois rompre encore, jusqu’à ce que Daniel l’accepte. A coup sûr, il va me chanter. On croit que les cerveaux menacent pas, on pense qu’ils vont quand même pas se ratatiner dans un chantage, à cause du panache, mais c’est pas dit. Daniel a beau être panaché, s’il veut pas me perdre, il peut décider de me coller. La classe, c’est pas livré avec le sentiment, ça se tient parfois en marge de lui, c’est un accessoire, chapeau gants sac à main, mais c’est jamais naturel. C’est une épice qu’on ajoute mais faut avoir du goût pour ça, c’est pas du tout inné la gastronomie intérieure.