dimanche 28 juillet 2013

Olivia Profizi - Les exigences

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Mars 2013 - 171 pages et un premier roman fort!

Si je vous dis qu'une jeune femme a tenté de mettre fin à ses jours, vous allez soupirer ( en marmonnant encore un livre pas gai). Si ensuite, je rajoute que Rachel était amoureuse d'un homme d'un soixante d'années Maxence qui l'a initié au sadomasochiste, l'a traitée comme une esclave sexuelle, il y a fort à parier que nous n'allez pas lire les lignes suivantes. Et vous auriez tort ! Alors interdiction formelle de ne pas lire jusqu'au bout ma chronique (je vous surveille... ).
Car malgré ces thèmes difficiles et risqués, Olivia Profizi évite de nombreux écueils et possède une écriture surprenante qui m'a ferrée. Vive, entraînante et qui bouscule les conventions littéraires. Rachel qui se faisait appelée Lucie par Maxence est internée en hôpital psychiatrique après sa tentative de suicide. Sa passion pour Maxence un homme pervers et manipulateur l'a amenée à devenir sa chose. L'hospitalisation est la dernière bouée de sauvetage pour l'aider à sortir du cercle vicieux et à se reconstruire. Le psychiatre lui propose d'écrire un journal. Méfiante et sur ses gardes, Rachel s'y refuse avec une ironie mordante mais   elle consigne ces journées à l'hôpital : les visites, les autres patients et son histoire. En alternance, Maxence prend la parole, semant le trouble dans notre esprit. Rachel était-elle victime ou consentante? Maxence artiste peintre raté ayant eu de grandes ambitions confiné à reproduire des copies de chefs-d’œuvre. Maxence et Rachel deux personnalités qui se sont cherchés, deux êtres qui semblaient être dépendants d'un de l'autre. La muse inspiratrice devenue un objet malléable encaissant la violence. Durant quatre mois Rachel écrit, se prête au jeu de l'écriture thérapeutique pour mettre des mots sur cette relation et retrouver la liberté. 

Quand commence la violence ? Comment la cerner, quel est le moment où on pose le pied dans un engrenage où l'on ne peut plus faire marche arrière ? Un premier roman très fort qui pourra déstabiliser certains lecteurs. Olivia Profizi parle de la violence sournoise faite aux femmes.
Certains crieront que l’on peut fuir ou s'enfuir. Mais il est difficile de sortir de cette spirale quand on ne sait plus qui l’on, que  la confiance en soi ne veut plus rien dire et que l’on existe seulement à travers le regard d’un bourreau. Il faut savoir éviter les jugement hâtifs pour ne pas enfoncer encore plus celles qui souffrent...

A mon réveil ce matin, j'ai compris que j'avais réellement jeté mon corps en pâture aux chiens.J'ai compris que le littérature et les mots de Maxence, la peinture, les studios-photos, les appartements luxueux, des dessous de grandes marques n'étaient que des cache-misères. J'avais peut-être cherché un père en Maxence, mais j'avais aussi cherché un bourreau, quelqu'un qui me conduise à l'abattoir, et cela n'avait rien d'une mise en scène.

Les billets de Céleste,Céline,  Jostein



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