samedi 6 juin 2015

Alysia Abbott - Fairyland

Éditeur : Editeur Globe - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard - 380 pages et un livre hérisson !

Alysia Abbott perd sa mère dans un accident de voiture à l'âge de deux ans. A partir de ce jour, son père Steve Abbot décide qu'ils vont s'installer à San Francisco et qu'il va assumer pleinement son homosexualité. Sauf que nous sommes dans les années 70.

Alysia s'est plongée dans les journaux intimes de son père. Ainsi, chaque évènement est relaté par deux voix celle d'Alysia à partir de ses propres souvenirs, et celle de son père. Poète et défendant ardemment les droits des homosexuels, Steve Abbott était membre de la communauté hippie de San Francisco. Son père amenait Alysia partout avec elle dans les réunions, dans les groupes de poètes. Si enfant, elle ne trouvait pas "étrange" de trouver des petit amis dans le lit de son père, l'adolescence fut marquée par la difficulté à trouver sa place. Elle ne connait personne dont le père est gay, elle et lui ne s'inscrivent pas dans la modèle de famille conforme. Et il s'agit d'une époque où des personnalités mènent des campagnes actives dans tout le pays contre les homosexuels. Ils sont agressées et le sida commence à faire ses premières victimes. Même si  en 1985,  on disait clairement que personne n'était à l'abri du sida, la colère et les actes contre les homosexuels  étaient violentes ( ils étaient la cause de la maladie). Son père peine à joindre les deux bouts financièrement, accumule les petits jobs.
Un père qui élève sa fille en lui laissant la liberté ( même si à cinq ans Alysia n'était pas capable de se garder toute seule) et en lui inculquant des valeurs de respect envers les autres.  Un chemin ponctué pour Steve par ses amours brisés, par la drogue mais toujours par des preuves d'amour envers sa fille (comme quand il a envisage de dépasser son homosexualité pour sa fille) et puis le sida. Pour Alysia, il était difficile d'assumer leur vie bohème, l'homosexualité de son père " je n'étais certes pas "gay", cependant, je savais que "gay" s'appliquait à moi à cause de papa. Et, durant mes deux premières années à l'école franco-américaine, entre les dictées en français, le leçons de maths, les visites à Kewanee et les heures passées devant la télé, j'avais appris que l'homosexualité était : a/ "dégoûtante", et b/ que je n'y pouvais rien. Or ce côté dégoûtant n'était pas lié à vos actes : c'était quelque chose qui pouvait vous arriver - ou alors vous étiez né avec.".
Quand son père est devenu trop affaibli par la maladie, Alysia abandonne ses études pour s’occuper de lui. Il mourra en 1992, elle avait vingt ans.

Il s'agit d'un témoignage rare par sa beauté, sa force d'une père et une fille qui entretenaient une relation fusionnelle. On a le sentiment d'un livre écrit à quatre mains (c'est une des forces de ce récit), et celui de découvrir les années 70 et 80 à San Francisco.
Tout y est écrit les frustrations comme les joies, il n' y aucun tabou. Un livre devenu hérisson qui m'a plus qu'émue ! 

Espérons que lorsqu’elle sera adulte, nous vivrons dans une société où les dichotomies homo-hétéro et homme-femme ne seront pas si importantes. 1975, Steve Abbott

Merci à Arnaud pour ce conseil de lecture !
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