jeudi 23 juin 2016

Charlotte Perkins Gilman - La Séquestrée

Editeur : Libretto - Traduit de l'américain et postfacé par Diane de Margerie - Date de parution : 2008 - 97 pages à lire!

La narratrice et son mari médecin s’installent durant l’été dans une vielle maison en attendant que les travaux de leur future demeure soient achevés. Souffrant d’une dépression post-partum, son mari lui interdit tout effort, toute sortie ou tout création artistique (entendez par là écrire) pour son bien. Il lui faut dormir, se reposer et manger . Elle occupe l’ancienne nurserie dont papier jaune l’obnubile et la fascine. Ses pensées sont accaparées par les motifs et elle en vient à imaginer des personnages dont une femme qui rampe et cherche à s’échapper. Le papier peint devient le miroir de sa condition. Elle commence à douter de son mari, de ses soi-disant bonnes attentions (n’est-elle pas enfermée ?) et tombe dans la spirale de la folie.
Ce court roman est glaçant et il est suivi d’une postface brillante et très intéressante rédigée par Diane de Margerie qui nous éclaire sur la vie de Charlotte Perkins Gilman. Elle-même a connu cette forme d’enferment sur ordre médical en 1887.
Au XIXe siècle aux Etats-Unis, les femmes étaient considérées comme des personnes dont seuls les hommes pouvaient décider pour elles ce qui était bien. Diane de Margerie nous éclaire sur ce ce qu’on attendait d’une femme : le mariage , les enfants et rien d’autre. Si elles entraient en résistance, la pression sociale se chargeaient de les rentrer dans le droit chemin.Nombre d’entre elles qui étaient habitées par l’envie d’écrire, d’être publiées voyant leurs rêves s’évanouir et soufraient de ce fait de neurasthénie. Un état traité par des « cures de repos » c’est-à-dire un enfermement.
La liberté de la femme (exister sans être réduite à un rôle d’épouse et de mère car la médecine obscurantiste jugeait toute activité créatrice comme dangereuse pour les femmes) était une chimère.
Un livre essentiel, fondamental et marquant !

Enfin j’ai fait une découverte. A force de guetter les métamorphoses du papier au cours de la nuit, j’ai enfin compris. Le motif du premier plan bouge vraiment – et ce n’est pas étonnant : la femme qui se cache derrière le secoue ! Parfois, il me semble que plusieurs femmes se dissimulent derrière le motif, et parfois qu’une seule y rampe en rond, à toute allure, et qu’à force de ramper à une telle vitesse le papier peint en est tout agité de secousses ! 

Ce livre fait partie de la bibliothèque idéale d'Arnaud (Dialogues).
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