mardi 11 janvier 2011

Fabienne Berthaud - Un jardin sur le ventre

Éditeur : Jbz - Date de parution : 13/01/2011 - 286 pages qui se lisent toutes seules...

La quatrième de couverture dit :
C’est l’histoire ordinaire de gens ordinaires dans une région où il ne fait ni beau ni mauvais. C’est l’histoire d’un peu tout le monde. L’histoire d’une vie fauchée. D’un amour qui s’arrête. D’une mère qui part. D’un mari qui devient veuf. D’un veuf qui ne veut pas le rester. C’est l’histoire de gens qui ne se comprennent pas. D’une sœur qui regrette. D’un frère qui revient. Il y a des petits-enfants qui souffrent, qui se taisent. Des filles qui pleurent, qui fument et des chiens qui aboient. C’est l’histoire banale de la vie et de la mort.

Mais c’est surtout l’histoire de la vie de Suzanne. Elle qui meurt à 70 ans et qui laisse son mari Franck et deux filles Marie et Gabrielle.
Son mari est  une forte personnalité, de celle qui écrase les autres,  un être égoïste et tyrannique.
Et c’est Gabrielle qui raconte la vie de sa mère. La Mémère qui l’a élevée et cajolée, une mère Bertrande, incapable d’amour hormis envers les hommes. Tante Jackye malade après la Seconde Guerre Mondiale et qui mourra de tuberculose. Puis, Suzanne obligée de vivre avec sa mère. La pension, les amants de passage de sa mère toujours nombreux, son demi-frère Antonio, sensible et malhabile. La rencontre avec Franck. Un bonheur de quelques mois qui laissera vite place à la désillusion. Une vie étouffée à craindre les excès violents de son mari, à s’effacer devant lui. Toujours. Lui laisser le devant de la scène et « courber l’échine ». Retenir sa respiration quand il rentre le soir et  ne rien dire. Et faire comme si tout allait bien...
Certains se poseront la question : pourquoi ne l'a-t'elle pas quitté quand il était encore temps ? Question d'époque où dans les années 60 et 70,  le divorce était mal vu.  

Les sentiments de Gabrielle apparaissent à travers ce récit. Ni elle, ni sa sœur n’étaient dupes du comportement de leur père. Autant de mots qui lèvent le voile sur cette famille.
Comment cet homme va réagir  après le décès de sa femme? Je vous laisse le découvrir...

J’ai été énormément touchée par cette lecture ! Et je suis encore remplie d’émotions peut-être parce qu’il a trouvé des échos en ma personne. Je l'ai terminé avec une boule dans la gorge...
Sans jamais tomber dans le pathos, il s’agit d’un livre terriblement juste sur la vie de gens qui comme Suzanne "paraissent" ordinaires. 

Merci à l'ami BOB pour ce ce partenariat !

lundi 10 janvier 2011

Ian McEwan - Délire d'amour

Éditeur : Gallimard - Date de parution : 05/01/2001 - 395 pages longues, très longues...

Joe et sa compagne Clarissa sont témoins d’un accident de montgolfière alors qu’ils s’apprêtaient à pique-niquer. Joe aidés d’autres personnes va tenter de mettre fin à la course folle de l’engin. Malheureusement, l’accident sera mortel. Il fait la connaissance de  Parry présent lors du drame. Ce dernier lui voue sur-le-champ un amour irraisonné qui tournera très vite à l’obsession.
Changement d’année mais pas changement de résolution : « je ne fais pas des tartines quand je n’ai pas aimé ». Après Sur la plage de Chesil, cette lecture été une douche froide ! Autant le dire tout de suite, je n’ai pas aimé , je me suis ennuyée et  j’ai même failli abandonner      
Joe est un  scientifique dans l’âme et par son métier.  Au moment de l’accident, Parry lui dit qu’il pourrait prier pour encaisser ce choc. Mais surtout, Parry se prend d’un amour obsessionnel pour lui.  Il le surveille, l’observe, lui écrit. Harcelé, Joe met Clarissa au courant. Mais elle ne le croit guère. Joe doute, s’interroge sur bon nombre de questions. Et  voilà comment je me suis retrouvée noyée par une quantité monstre et faramineuse de détails, par des considérations et réflexions à caractère scientifique. Je me suis demandée où j’allais à part à un désintérêt total. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages. Joe et Clarissa se révèlent assez indifférents l’un à l’autre. Je pensais qu’il y aurait des révélations sur le passé de Parry qui expliqueraient peut-être cette folie. Eh bien non…Même si ce livre traite  de sujets  qui m’intéressent, l’ensemble s’est retrouvé englouti dans les longueurs et les digressions de Joe. Avec beaucoup de soupirs,  je suis quand même parvenue à la fin de ce livre. Bref, une déception !
C'était une lecture commune avec Canel  et Mara. Et, miracle ! Ce livre rentre dans le cadre du challenge voisins-voisines ( ouf!)

dimanche 9 janvier 2011

Les loukoums de mémé

Ah, Philippe Delerm et ses textes délicieux ! Gwen  a détourné quelques titres du recueil  "la première gorgée de bière et autres plaisirs  minuscules". A nous de composer …
Je repartais de chez ma mémé avec le poids  de mon mensonge. Puis, je ressortais de ma poche mon malabar tout durci que je mâchais allègrement pour oublier ma culpabilité.
Mon enfance est liée aux  parties de foot avec les copains et aux malabars. Mais, le mercredi après-midi, après avoir couru vaillamment derrière le ballon en me prenant pour Michel Platini,  je passais voir ma mémé. Rituel du mercredi invariable. Mémé m’attendait. A peine avais je sonné, qu’elle m’ouvrait la porte : « Ah, mon petit, dépêche-toi, rentre vite ». Elle me serrait contre elle et le nez enfoui dans jupe, je profitais de ses rondeurs si réconfortantes. Mémé me relevait le menton et détectait à coups sûr l’odeur du malabar. Pourtant, je prenais soin avant de le cracher dans son papier d’emballage  et de le fourrer dans ma poche.
-Oh toi, tu as encore mangé de ces cochonneries ! Je t’ai déjà dit que c’était fait avec les boyaux des animaux ? Non ?!
Eh oui, Mémé, tu me le serinais mais je n’en avais cure.
-Viens-ici, regarde ce que j’ai acheté. Des loukoums ! Et  des vrais qui viennent de chez Monsieur Ali en  bas.
Je regardais mémé en m’efforçant de sourire.  Monsieur Ali était l’épicier du coin où les loukoums trônaient devant la caisse enregistreuse. Alors, quand Monsieur Ali était occupé à peser trois oranges, on passait un doigt sur les loukoums pour récolter la fine pellicule sucrée.
Mémé attendait que je me serve.  Je revoyais tous ces doigts, sales ou qui avaient trainé dans les nez de mes camarades s’échouer sur les loukoums.
J’aimais ma mémé et  la gorge serrée, j’en prenais un. Je me forçais à le manger pour lui faire plaisir. Elle m’observait fière et remplie d’amour.
-Tu es un bon petit, toi ! Allez reprends en un autre, tu es tout maigrichon, va !
-Tu sais, mémé que maman ne serra  pas contente si j’en mange un autre car tout à l’heure je n’aurai pas faim pour le dîner.
-Ah, tu as raison…
Je mentais à ma mémé car un de mes copains m’avait confié un secret. Son grand-frère léchait avec sa langue les loukoums de Monsieur Ali ! D’imaginer cette langue remplie de salive provoquait une réaction de haut le cœur de la part de mon estomac.