dimanche 9 janvier 2011

Les loukoums de mémé

Ah, Philippe Delerm et ses textes délicieux ! Gwen  a détourné quelques titres du recueil  "la première gorgée de bière et autres plaisirs  minuscules". A nous de composer …
Je repartais de chez ma mémé avec le poids  de mon mensonge. Puis, je ressortais de ma poche mon malabar tout durci que je mâchais allègrement pour oublier ma culpabilité.
Mon enfance est liée aux  parties de foot avec les copains et aux malabars. Mais, le mercredi après-midi, après avoir couru vaillamment derrière le ballon en me prenant pour Michel Platini,  je passais voir ma mémé. Rituel du mercredi invariable. Mémé m’attendait. A peine avais je sonné, qu’elle m’ouvrait la porte : « Ah, mon petit, dépêche-toi, rentre vite ». Elle me serrait contre elle et le nez enfoui dans jupe, je profitais de ses rondeurs si réconfortantes. Mémé me relevait le menton et détectait à coups sûr l’odeur du malabar. Pourtant, je prenais soin avant de le cracher dans son papier d’emballage  et de le fourrer dans ma poche.
-Oh toi, tu as encore mangé de ces cochonneries ! Je t’ai déjà dit que c’était fait avec les boyaux des animaux ? Non ?!
Eh oui, Mémé, tu me le serinais mais je n’en avais cure.
-Viens-ici, regarde ce que j’ai acheté. Des loukoums ! Et  des vrais qui viennent de chez Monsieur Ali en  bas.
Je regardais mémé en m’efforçant de sourire.  Monsieur Ali était l’épicier du coin où les loukoums trônaient devant la caisse enregistreuse. Alors, quand Monsieur Ali était occupé à peser trois oranges, on passait un doigt sur les loukoums pour récolter la fine pellicule sucrée.
Mémé attendait que je me serve.  Je revoyais tous ces doigts, sales ou qui avaient trainé dans les nez de mes camarades s’échouer sur les loukoums.
J’aimais ma mémé et  la gorge serrée, j’en prenais un. Je me forçais à le manger pour lui faire plaisir. Elle m’observait fière et remplie d’amour.
-Tu es un bon petit, toi ! Allez reprends en un autre, tu es tout maigrichon, va !
-Tu sais, mémé que maman ne serra  pas contente si j’en mange un autre car tout à l’heure je n’aurai pas faim pour le dîner.
-Ah, tu as raison…
Je mentais à ma mémé car un de mes copains m’avait confié un secret. Son grand-frère léchait avec sa langue les loukoums de Monsieur Ali ! D’imaginer cette langue remplie de salive provoquait une réaction de haut le cœur de la part de mon estomac.
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