lundi 25 août 2014

Alice Ferney - Le règne du vivant

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Août 2014 - 206 pages engagées !

D'abord intrigué par le capitaine Wallace et pour tenter de le comprendre, Gérald Asmussen jeune journaliste norvégien embarque avec lui et son équipe pour une campagne. Magnus Wallace est un activiste écologiste, un homme qui n'a pas peur de dire ce qu'il pense et qui agit. Fondateur de Gaïa, il sillonne les mers à traquer ceux qui chassent la baleine dans les zones protégées. Il n'hésite pas à braver les lois. Héros pour certains, terroriste pour d'autres, son engagement pour la planète est entier.

A bord du bateau, le journaliste filme la campagne et enregistre les témoignages de l'équipe. Tous sont convaincus de l'urgence à ce que que l'opinion publique prenne conscience de la situation. Et en tant que lecteur, on se retrouve à bord de l'Arrowhead sur les océans. On vit l'attente, on ressent la détermination des équipages qui n'ont pas le même but : celui des militants de Gaïa et celui des braconniers des mers, ces bateaux suréquipés ou qui se dissimulent derrière des soi-disant "recherches scientifiques".
Du massacre des baleines aux courses contre les chasseurs, du ballet grandiose de ces mammifères marins au cercle économique, des conférences publiques bien orchestrées de Wallace, ce capitaine qui possède l'aura et la légende des héros à l'écologie, des victoires aux défaites, cet hymne à l'océan et au règne animal soulève des questions fondamentales.
J'ai eu envie de hurler face aux gouvernements qui ferment les yeux sur cette pêche illégale,  j'ai eu le cœur fendu de larmes ( les scènes de mort des baleines sont douloureusement dures). Et si j'ai été gagnée par un sentiment d'impuissance face aux multinationales qui règnent grâce à l'argent, la beauté des océans et de ses habitants que l'on doit protéger saute aux yeux.
Un livre engagé qui ne peut laisser personne indifférent ! 

 J'ai pisté ses destructeurs. J'ai traversé les sanctuaires et poursuivi les braconniers. J'ai vu la violence de l'homme industriel se jeter sur la richesse des mers, ses mains de fer mettre à mort les plus gros, les plus rapides, les plus formidables prédateurs. J'ai vu les grands chaluts ramasser en aveugle une faune inconnue. J'ai su de quoi les humains sont capables. J'ai redouté ce qu'ils font quand ils se savent invisibles, en haute mer, sur la banquise, dans le face-à-face sans mot avec les bêtes à leur merci. J'ai combattu l'horreur : les tueries, les mutilations, les dépeçages, l'entassement des cadavres. J'ai vu mourir noyées dans leur sang des baleines qui criaient comme des femmes. On nous disait qu'elles n'avaient ni âme ni langage. Leur conscience d'elles-mêmes traversait l'onde et vrillait mes oreilles. Ces proies inoffensives et tendres, je ne doutais pas qu'elles eussent une intériorité. Je connus leur valeur et leur fragilité. Nous leur devions une protection. Loin sur l'eau, dans les immensités sans côtes ni havres, à écouter la voix du vent, à regarder le lent gonflement des vagues, ou bien la mer couchée que la tempête met debout, je me suis senti à la fois insignifiant et responsable. Quel usage faisions-nous du monde ? La question s'est levée comme une vague qui m'a submergé.

Lu de cette auteure : Grâce et dénuement
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