vendredi 1 août 2014

Grand Corps Malade - Patients

Éditeur : Points - Date de parution : Mai 2014 - 166 pages et un uppercut...

Le choc n'a duré qu'une seconde mais ses ondes ne laissent personne indifférent,
 « Votre fils ne marchera plus », voilà ce qu'ils ont dit à mes parents.

Alors j'ai découvert de l'intérieur un monde parallèle,
Un monde où les gens te regardent avec gêne ou avec compassion,
Un monde où être autonome devient un objectif irréel,
Un monde qui existait sans que j'y fasse vraiment attention.

Ce monde-là vit à son propre rythme et n'a pas les mêmes préoccupations,
Les soucis ont une autre échelle et un moment banal peut être une très bonne occupation,
Ce monde là respire le même air mais pas tout le temps avec la même facilité,
Il porte un nom qui fait peur ou qui dérange : les handicapés.

On met du temps à accepter ce mot, c'est lui qui finit par s'impose,
La langue française a choisi ce terme, moi j'ai rien d'autre à proposer,
Rappelle-toi juste que c'est pas une insulte, on avance tous sur le même chemin,
Et tout le monde crie bien fort qu'un handicapé est d'abord un être humain.
(..)
Certains savent comme moi qu'y a des regards qu'on oublie pas.

C'est peut-être un monde fait de décence, de silence, de résistance,
Un équilibre fragile, un oiseau dans l'orage,
Une frontière étroite entre souffrance et espérance,
Ouvre un peu les yeux, c'est surtout un monde de courage.

Quand la faiblesse physique devient une force mentale,
Quand c'est le plus vulnérable qui sait où, quand, pourquoi et comment,
Quand l'envie de sourire redevient un instinct vital,
Quand on comprend que l'énergie ne se lit pas seulement dans le mouvement.

Parfois la vie nous teste et met à l'épreuve notre capacité d'adaptation,
Les cinq sens des handicapés sont touchés mais c'est un sixième qui les délivre,
Bien au-delà de la volonté, plus fort que tout, sans restriction,
Ce sixième sens qui apparaît, c'est simplement l'envie de vivre.

Ces parole sont extraites de la chanson Sixième sens  qui figure en avant-propos de ce livre. En les lisant, j'ai été touchée par la justesse et la réalité qui en ressortent. Et ce titre car "Quand tu n'es pas autonome, tu passes plus de temps à attendre qu'à faire les choses. Un bon patient sait patienter."
Un plongeon dans une piscine qui manquait d'eau et Fabien Marsault âgé de vingt ans est hospitalisé en réanimation. Puis vient le temps du centre de rééducation. "Tétraplégique incomplet", il va réussir à reconquérir une mobilité. Un parcours avec fauteuil roulant électrique, des séances de kiné, les aides-soignants et les autres personnes (personnel médical et patients) du centre.

Sans misérabilisme mais avec humour, lucidité et des touches de sensibilité, Grand Corps Malade raconte ces journées, ces mois. L'intimité envolée, la dépendance mais aussi les rires, des situations décrites avec dérision alors qu'elles sont graves, dures. Car l'humour reste la meilleure arme face au handicap. Pour soi et pour sa propre estime...
Un témoignage uppercut qui vous vous en doutez n'a pu que me toucher.

Tout le monde s'habitue. C'est dans la nature humaine. On s'habitue à voir l'inhabituel, on s'habitue à vivre des choses dérangeantes, on s'habitue à voir des gens souffrir, on s'habitue nous-mêmes à la souffrance. On s'habitue à être prisonniers de notre propre corps. On s'habitue, ça nous sauve.

Le billet de Cathulu
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