dimanche 13 décembre 2015

Jon Kalman Stefansson - D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds

Editeur : Gallimard - Traduit avec talent de l'islandais par Eric Boury - Date de parution : Septembre 2015 - 442 pages qui m'ont touchée-coulée.

Après avoir quitté femme et enfants et s’être installé au Danemark, Ari revient en Islande à Keflavík. Il aura fallu d’un paquet envoyé par son père qu’il retourne sur la terre de sa famille et le lieu il a grandi. Keflavík un ancien village de pêcheurs flanqué d’une base américaine qui aujourd’hui périclite.

Dès les premières lignes, la magie opère. L’écriture de Stefansson traduite admirablement par Eric Boury se délecte. Un roman et un siècle d’histoire, trois générations depuis Ari à ses grands-parents Oddur et Margrét. Oddur marin respecté dont l’épouse Margrét à la beauté sensuelle sombrera dans la mélancolie comme ayant oublié ce qu’était le bonheur. Une époque où la pêche permettait de vivre car les règles économiques et les systèmes de quotas n’avaient pas été imposés. Quand Ari a quitté l’Islande brutalement, « il s’est fait fuir lui-même. Ou peut-être est-ce que c'est sa vie qui a déclenché sa fuite, le quotidien, les choses qu’on ne règle pas, celles auxquelles il avait refusé de se confronter, ajoutées à tous ces menus détails qui s’accumulent sans qu’on y prête attention parce que, je le suppose, nous sommes trop occupés, trop négligents, trop lâches, pour toutes ces raison-là peut-être », cette époque était déjà révolue. « Celui qui ne ressent aucune souffrance et n’est pas bouleversé face à la vie a le coeur froid et n’a jamais vécu ». A la lecture de cette phrase et de très nombreux passages, j’ai été plus qu’émue. Parce que ce roman nous parle de la vie, de la mort, des sentiments et de l'art. C’est un voyage en Islande mais également un voyage introspectif. S’y mêlent la beauté rude des paysages et de la mer, celle d’une écriture qui allie simplicité, poésie et nous marque durablement.

Le flirt de l’existence avec la mort, la mélancolie soufflent tout au long de ces pages mais jamais ce roman n’est plombant. C’est tout l’art de Stefansson qui une fois de plus m’a touchée-coulée… 

L'art est ce qui nous permet de vivre sans sombrer dans la folie,sans exploser, sans nous transformer en blessure, en malheur, en fusil. Il est ce qui permet malgré tout à l'homme de se pardonner les imperfections de sa condition humaine. 

 Lu de cet auteur : Entre ciel et terre - La tristesse des anges
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