lundi 7 janvier 2019

Erwan Desplanques - L'Amérique derrière moi


Editeur : Editions de l'Olivier - Date de parution : Janvier 2019 - 176 belles pages,  élégantes et pudiques.

"Mon père ouvrit une bouteille de champagne pour nous annoncer la nouvelle. Avec calme, sans gravité. Un cancer du poumon, stade quatre." Deux jours plus tard, l’auteur apprend qu’il va être papa dans quelques mois. Dans cet interstice émotionnel où l’arrivée du futur évènement devrait le combler de joie, il lui faut se préparer au pire.

L’occasion pour lui de retracer son enfance marquée par l’admiration sans bornes de ce père pour les Etats-Unis. Une fascination excessive tout comme l'était son père qui allait même jusqu' à porter porter des chaussettes avec le dessin de la Maison Blanche ou  à acheter des vêtements  de l'armée américaine pour lui et pour ses fils. En remontant l'histoire familiale, on découvre que la passion irraisonnée de son père est bien plus complexe qu'il n'y paraît.
L'ensemble du  récit oscille entre la comédie (tant ses parents formaient un couple détonnant et étonnant), la tendresse et la lucidité dont l’auteur fait part "Mon grand-père maternel s'était engagé dans l'armée à dix-neuf ans, mon père à dix-huit. La premier avait été autant marqué par la guerre que le second par son absence. Ma famille s'était bâtie sur cette double fêlure, celle d'une guerre subie et d'une guerre réclamée, et je me voyais comme un dommage collatéral, conscient d'avoir devant lui un écheveau à résoudre et une mémoire à porter. "

C'est fluide car Erwan Desplanques a su trouver la distance qu’il fallait. Le lecteur se sent proche sans être voyeuriste. ll y a une telle puissance dans la description des moments qui suivent la mort de son père que j’ai eu la gorge serrée d’émotions.
Du début à la fin, c’est beau, élégant, pudique sans jamais être larmoyant et les dernières pages sont intenses ( je n'en dis pas plus sauf que le titre y prend toute sa signification).
Un livre tout simplement sobre, sensible et tout en pudeur. J’ai vibré. Et si la première rencontre avec cet auteur m'avait déçue (Si j'y suis) et bien là c'est tout l'inverse.

Ma mère m’avait appris à parler pour rien, à parler dans le vide, à parler pour deux ou pour trois. Trop parler est une autre forme de défense. Comme écrire ou chanter. Une voix parallèle. 

 Les Etats-Unis représentaient à ses yeux la possibilité de s’inventer, de bâtir ses propres fictions. C’était une terre de conquête, de résilience, de progrès. 

12 commentaires:

keisha a dit…

Autofiction un peu? Ou bon roman, voilà?

Christelle a dit…

Un auteur que je ne connais pas du tout, mais ton billet fait envie, surtout les citations !

Aifelle a dit…

C'est un roman ? En te lisant, je me suis demandée si c'était l'histoire de l'auteur.

Nicolemotspourmots a dit…

Peut-être pour moi l'occasion de découvrir Erwan Desplanques... C'est l'un des titres que j'ai remarqués en cette rentrée. A suivre.

Anonyme a dit…

Commentaire 'spamé'? Je passe en anomyme.
Comme aifelle je demandais si autofiction o u roman pur et dur
keisha

Saxaoul a dit…

Je ne l'ai pas encore lu mais j'ai bien l'intention de le faire. Et pour répondre à Aifelle, oui, c'est autobiographique, au moins en partie. Je travaille avec l'auteur autour d'un atelier d’écriture et j'aurai certainement l'occasion de lui poser des questions sur son livre.

Clara et les mots a dit…

@ Aifelle @ Keisha : Oui, c'est autobiographique même si je l'ai classé en roman ( oui, c'est ma logique)). Et on en prend pas ses jambes à son cou car il y a une juste distance et une vérité sincère qui font que même si Erwan Desplanques parle de son père , de sa famille et bien ce n'est pas geignard, plaintif ou larmoyant et c'est formidablement réussi !

@ Keisha : j'ai réactivé la validation des commentaires à mon niveau pour évier à ceux qui veulent laisser un commentaire la tartine d'images floues et indigestes à valider...

@ Christelle : super!

@Saxaoul : merci pour ta précision ! Tu as en de la chance dis-donc !

zazy a dit…

Un nouvel auteur à découvrir pour moi. Je verrai en mars, lorsque je pourrai sortir sans risque

krol a dit…

Je fuis l'autobiographie... je préfère en ce moment lire des vrais romans étrangers le plus souvent...

Karine a dit…

Je ne connais pas du tout... j'hésite toujours avec l'auto-fiction. Ceci dit, j'aime bien le ton dans les extraits.

Alex Mot-à-Mots a dit…

On sent que cette lecture t'a touché.

Clara et les mots a dit…

@ Zazy : on est nombreuses à attendre le printemps :)

@ Krol : oui dais et j'ai failli ajouter dans mon billet qu'il n'était pas pour toi, miss:)!

@ Karine : et bien, il est très bien vraiment car Erwan Desplanques a su trouver la bonne distance et le ton qu'il fallait!

@Alex : et pas qu'un peu, oui !