samedi 29 décembre 2012

Carole Zalberg - A défaut d'Amérique


Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Février 2012 - 214 pages laissées avec regret ! 

Suzan est venue spécialement d’Amérique à Paris pour assister à l’enterrement d’Adèle. Dans le cimetière à l’abri des regards, elle observe la famille de celle qu’elle avait retrouvée quelques mois auparavant. Elle y reconnait les petits-enfants d’Adèle dont Fleur qui a perdu sa mère considérée comme le canard boiteux de la famille. Qui était vraiment cette française que Suzan avait  invitée chez son père?  Stanley et Adèle ne s'étaient pas revus depuis la guerre, chacun avait mené sa vie de son côté.  Adèle était mariée à Louis et  Stanley était rentré au pays. Il y avait rencontré la mère de Suzan. Une épouse, une femme modèle et lisse, se fondant dans son élégante et riche maison.Veuve comme Stanley, Adèle avait accepté avec plaisir l'invitation de Suzan et durant son séjour elle s'était émerveillée de tout, consciente de son pouvoir de séduction. Si le jeune et fringant soldat avait laissé place à un vieil homme, son cœur n’avait rien oublié de la française dont il était tombé amoureux à la libération de Paris durant la seconde guerre mondiale. Et Stanley pensait qu’Adèle allait dire oui à sa demande en mariage, à cette vie si merveilleuse aux Etats-Unis. Mais Adèle avait  refusé laissant œuvrer le chagrin et précipitant la mort de Stanley.  Est-que que Suzan finalement en voulait à Adèle d’être si différente de sa mère ou d’avoir permise au loup de rentrer dans la bergerie ? Jalouse, agacée par cette femme qui semblait ne retenir que le meilleur et cacher ce qui n’était pas avouable à son père.

Au bord de la tombe de sa grand-mère, Fleur déroule l’histoire d’Adèle liée à jamais à celle de la Pologne, des juifs et de leur sort. Le parcours des arrières grands-parents bousculé par l’Histoire, son arrière grand-mère femme à la forte personnalité qui traversera l’Europe avec Adèle à sa main. L’exil à Paris puis le début d'une tentative de reconstruction d'une vie  alors que les rafles ont emporté ceux et celles qui n’ont pas voulu prendre au sérieux les menaces venues d’Allemagne. Adèle avait tout de suite aimé Paris et s’y sentait à l’aise à l'inverse de ses parents.  Mais pour autant sa vie n’a pas été un long chemin tranquille. En dessous ses sourires enjoués se dissimulaient  aussi des drames liés à l’Histoire, à ses erreurs et à des blessures qui l'ont rendue maladroite. Trop ou pas assez aimante, Adèle n'aura jamais su trouver le bon équilibre.

Adèle relie Fleur et Suzan, l'une  a grandi a grandi dans l’ombre de sa grand-mère et des morts tandis que la seconde s'est  trouvée des prétextes à ses rêves avortés et à sa solitude. Les héritages familiaux et leurs poids sont des prismes où se reflètent ces personnages féminins à travers l’Histoire.  De ce magnifique roman choral qui nous entraîne dans l’existence de trois femmes, il se dégage une force. Cette possibilité de se destituer du passé ou d'en tirer le meilleur parti pour mieux vivre l'instant présent et appréhender  l'avenir. Fleur et Suzan le comprendront, la  mort d'Adèle ayant servie de catalyseur.

Carole Zalberg n’a pas peur de se déjouer des codes de l’écriture pour plonger avidement le lecteur dans ce style ample, puissant tel une ronde où les mots tanguent harmonieusement et illuminent les personnages de l’intérieur. Un livre dévoré mais pour lequel j’ai relu certains passages certains rien que pour le plaisir ! J'en redemande ! 

Rien n'y avait fait : en surface, ils étaient assortis. Mais leurs racines ne pouvaient s'emmêler dans le même terreau. Sans injures, sans violence apparente, leurs êtres profonds, encouragés chacun par sa clique de morts et de vivants, se battaient comme des chiffonniers.

Le billet de Charlotte qui a donné envie à Lucie, Mirontaine qui a donné envie à Antigone qui m'a donnée envie...
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