lundi 24 mars 2014

Emmanuelle Richard - La légèreté

Éditeur : Editions de L'Olivier - Date de parution : Février 2014 - 274 pages superbes et douloureuses !

Elle a quatorze ans et demi, presque quinze, et pourtant, elle a l'impression de passer déjà à côté de sa vie. Avec ce sentiment que ses prochaines années vont se dérouler à toute allure et qu'elle se retrouvera à vingt ans, puis à trente et à quarante ans et que  ses rêves, ses espoirs lui auront filé entre le doigts. Ce sont les vacances d'été et elle les passe sur l'île de Ré avec ses parents et son petit frère. Ils ont loué un maison et pourtant elle sait qu'ils en ont en tout juste les moyens. Alors pas de folies, le parents regardent à la dépense. Au restaurant, on ne prend pas de dessert sous prétexte que l'on n'a plus faim et pas à cause du prix. La honte de la classe sociale lui saute au visage, ils ne sont pas à leur place.

Ici comme chez eux, elle est seule alors que des adolescents de son âge se promènent à plusieurs. Fiers, insouciants, riants. Et ses parents qui ne ne comprennent pas pourquoi elle ne le va les voir. Grande, des jambes taillée en allumette, mal dans sa peau, encombrée "de son corps que tout le monde se permet de jauger, d'évaluer, mesurer et elle ne peut rien à y faire" elle se sent laide (les remarques de sa mère font mal). Et quand sa mère lui dit "va les voir", avec sa timidité gauche elle revient seule. Retour la case départ chargée d'un peu plus de mal-être. Elle aimerait tant que quelque chose se produise, rompe la monotonie ( plage, dîner, télé, balade à pied en ville où la richesse s'étale). Prisonnière de son corps et de sa classe sociale, elle rêve, imagine des amants, des hommes comme si son temps était compté.

Premier roman d'Emmanuelle Richard qui explore à merveille l'adolescence et ses tourments avec une certaine poésie et un sens de la formulation qui ne pas laisser indifférent. Ce livre fait rejaillir nos propres souvenirs et comme un boomerang qui nous  revient en pleine figure, il nous égratigne ou nous écorche...

Elle imagine l'avenir. Pile, elle s'imagine sous les traits de toutes  les femmes au charme discret et aux robes élégantes qu'elle aperçoit furtivement au générique des films qu'elle n'a pas le droit de regarder le soir, sans forcement penser à un métier, ou bien sous ceux de de cette fille brune aux cheveux courts avec ses chiens et son ticket  Millionnaire. Face ? Elle  n'imagine rien. La vie ne semble pas possible pour une fille qui est du mauvais côté, celui de la disgrâce. 

Le billet de Cuné la tentatrice
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