jeudi 20 mars 2014

T.C. Boyle - San Miguel

Éditeur : Grasset - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Bernard Turle - Date de parution : Mars 2014 - 475 pages denses, creusées ! 

San Miguel est une petit île au large de Santa Barbera. En 1888, Marantha Waters s'y installe avec son mari et sa fille adoptive Edith. Atteinte de tuberculose, les médecins lui ont prescrit du repos et du soleil. Son mari Will a investi tout leur agent (ou plus exactement celui de Marantha) dans ce bout de terre isolé balayé par le vent, la pluie et le sable. Il espère y faire fortune grâce au commerce de la laine des moutons qui s’y trouvent. Dès son arrivée, Marantha comprend que le climat n'est pas propice à sa guérison. La maison qui les attend est rudimentaire, sale. Ida son employée de maison les a accompagnés sur l’île et tente de voir le bon côté des choses. Si au départ Edith âgée de quatorze ans s’amuse à découvrir l’île, très vite elle s‘ennuie. Marantha essaie de donner le change, de positiver mais ses quintes de toux se font  de plus en plus violentes et l’affaiblissent davantage. Elle sait qu’elle va mourir  et elle en veut Will.
L'île est ravitaillée sporadiquement, sa terre et les conditions climatiques ne permettent pas d'y planter quoi que ce soit. Les visites se résument à celles de l'associé de Will et des tondeurs : des hommes qui viennent le temps de leur travail et repartent. Animée par la rancœur et un sentiment de trahison, Marantha veut quitter l’île alors que les mois passent.  Et c’est sur le continent que la maladie l’emporta deux ans plus tard.

Will oblige Edith pensionnaire dans une école d’Art à le raccompagner sur l’île où elle a pour tâche de préparer les repas et de s’acquitter du ménage pour son beau-père un véritable tyran et les autres hommes qui y travaillent. Elle voue à Will de la haine, son projet est de s’échapper sur l’île même si elle doit payer de son corps.

Retour à  San Miguel en 1930 avec Elise. Mariée depuis et presque quarantenaire, elle  a quitté son emploi de bibliothécaire pour y vivre avec son mari Herbie. Elle ne voit aucun inconvénient à cette vie et au contraire lui trouve des avantages. La vie sur l’île a un peu évolué : l’ancienne maison occupée par Marantha et Edith n’est plus qu’un tas de ruines,  et le couple loge dans une nouvelle habitation même si le travail reste le même. Son mari Herbie est toujours gai, un brin fantasque. Elise qui pensait que la maternité n’était plus pour elle vu son âge, mettra au monde deux petites filles. Ils sont moins isolées que leurs prédécesseurs et le continent a vent de l’histoire de cette famille peu ordinaire. Herbie veut qu’ils soient célèbres mais Elise sait très bien qu’en ouvrant la porte aux reporters, elle les met en danger. Bientôt, tous les journaux ne parlent que d’eux mais les menaces de guerre gondent. Et quand la Marine devenue propriétaire de l’île parle d’expulsion, Herbie sombre de plus en plus dans en état maniaco-dépressif.

Dans ce roman on retrouve un thème cher à T.C. Boyle, la nature et l’homme qui tente de la domestiquer. Ici, il nous dépeint la vie de trois femmes différentes : le quotidien, leurs tourments, leurs aspirations. L’île est un personnage à part entière et on ressent la solitude, le vent qui souffle, les pluies interminables.
Dans une écriture classique et ô combien délicieuse, les sentiments sont merveilleusement rendus ainsi que les questionnements. T.C. Boyle tout en attirant notre attention sur des détails de la vie sur l’île nous livre un roman dense, creusé avec des descriptions de cet environnement et de l’âme de ses personnages féminins confrontées aux mensonges, aux trahisons et aux désillusions.
Si San Miguel n’est mon préféré de cet auteur, j’ai pris un énorme plaisir à lire cet auteur qui ne me déçoit jamais ! 

Elle avait entendu dire qu’on pouvait s’habituer à tout : ainsi, dans l’Arctique, les explorateurs devaient tuer leurs chiens pour ne pas mourir de faim et de froid, comme si les animaux dont ils ravissaient la chair et le fourrure n’avaient jamais été leurs compagnons et leurs confidents ; on parlait aussi des prisonniers en cellule d’isolement qui se satisfaisaient de la compagnie d’un rat ou d’un cafard, ou même de Robinson Crusoé, qui finit par s’habituer à son île, au point de ne plus vouloir la quitter. Mais, pour Edith, l’adaptabilité était une malédiction.

Lu de cet auteur : America - Après le carnage Histoires sans issue
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