mardi 18 juin 2013

Kathlenn Winter - Annabel


Éditeur : Bourgois - Traduit de l'anglais (Canada) par Claudine Vivier - Date de parution : Février 2013 - 449 pages et un gros coup de coeur ! 

Il y a des livres qui vous bouleversent par leur grâce, leur sensibilité et la beauté de l'écriture. Des livres où vous aimeriez annoter des pages entières tant vous êtes touché en plein cœur et en pleine âme. Des passages porteurs de sens, reflets de notre société, tellement justes sur la difficulté d'être soi par sa différence, par le regard des autres ou leurs attentes. Ce sont des livres rares et Annabel en fait partie.

1968, Labrador au Canada. Dans un village reculé, Jacinta Blake met au monde son premier enfant. Son amie et voisine Thomasina l'aide. Le bébé présente les caractères sexuels d'un garçon et d'une fille. Il est ce qu'on appelle hermaphrodite. Jacinta aime d'emblée son enfant, son mari Treadway pense tout de suite qu'il faut que personne d'autre ne soit au courant.Il sait à quoi la différence peut amener. Les médecins consultés sont d'avis à ce que l'enfant soit un garçon.

Ainsi Wayne grandit dans un corps qui habite l'âme d'une fille. Doué pour le dessin, aimant la pureté des symétries, ses premières années se déroulent sans que le secret ne soit éventré et poussé par le vent gagnant les oreille des autres habitants de Labrador. Son comportement n'a rien de celui d'un garçon, il n'aime pas les jeux de ses camarades et préfère la compagnie de Wallie qui voue au chant une passion. Treadway l'élève comme un fils du Labador, ce père absent une partie de l'année qu'il passe dans la forêt à chasser. Jacinta voit dans Wayne la fillr qui se manifeste par ses goûts. Thomasina a perdu son mari et sa file Annabel et voyage à travers le monde expédiant à Wayne des cartes postales représentant des ponts des pays où elle met les pieds, apprend, s'émerveille des cultures. Malgré les médicaments censés développer son physique masculin, la féminité de Wayne est perceptible. Un jour, Wayne souffrant de maux au ventre doit être transporté à l'hôpital. Thomasina est rongée par la certitude que Wayne doit savoir alors que son père s'y oppose farouchement. Tandis que Jacinta culpabilise d'avoir fermé la porte à la féminité de son enfant et se détache peu à peu de son mari. : " C'est le corps de Treadway qui exprime son  jugement. Il déplace ses membres avec une précision exagérée, les traits figés par la désapprobation. Il se met hors d'atteinte, mai son corps parle pour lui et Jacintha déteste cela. Elle veut que les mots sortent de sa bouche mais il sortent de ses os. Ses os qui lui disent : tu peux bien être indulgente ou aveugle, mais moi, je ne suis ni l'un ni l'autre."
Wayne ressent la tension entre ses parents, essaie de percer ce mal-être. Est-ce de sa faute? Je n'en dirai pas plus sur l'histoire qui se déroule jusqu'à l'âge où Wayne devient adulte, prend sa vie entre ses mains, et découvre un espace de liberté.

Ce magnifique roman est porté par une écriture aux accents poétiques, où la nature s'intègre comme personnage à part entière. L'entité de la beauté, que chacun nous définissons selon nos propres critères est développée par sa multiplicité. Beauté de la nature sauvage, d'une vie qui s'épanouit ou d'un être humain différent qui possède une beauté propre. Un roman où les préjugés sont abattus et les œillères écartées.

Kathlenn Winter nous dépeint des personnages dont les vies sont simples. Ils ne courent pas après le matériel et Treadway cache sous son silence ou son comportement maladroit autant d'amour que son épouse pour son enfant. Les sentiments de tous les personnages, leurs ressentis, les descriptions de la nature, de l'amour d'une mère pour son enfant, ou la bienveillance de Thomasina, découlent avec finesse et délicatesse. Il y a cette beauté si pure, cette grâce si touchante de l'écriture que j’ai en ai pleuré ! Le livre débouche sur sur Wayne qui a su devenir lui-même et j'ai terminé cette lecture avec un sentiment de plénitude. Un gros coup de cœur ! A noter l'excellente traduction !

Thomasina sent monter une colère qu'elle n'a pas ressentie depuis longtemps. Les angoisses d'un enfant ne sont pas celles d'un adulte. Elle le rongent et cette souffrance n'est pas vraiment nécessaire. Pourquoi les adultes croient-ils les enfants capables incapables d'entendre la vérité ? Pourquoi s’obstinent-ils à refiler à leurs enfants les mensonges que leurs propres parents leur ont refilés, alors qu'il se souviennent sûrement de la détresse qu'ils avaient ressentie quand ils pleuraient tout seul dans leur lit, en proie à des peurs que personne n'avait pris la peine des les aider à surmonter ?

Le billet du coupable: In Cold Blog  et celui de Gwen


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