jeudi 17 octobre 2013

Judith Perrignon - Les faibles et les forts


Éditeur : Stock - Date de parution : Août 2013 - 156 pages qui prennent aux tripes! 


Nous sommes en août 2010 en Louisiane, Mary Lee assiste impuissante à une descente de police dans leur appartement visant Marcus son petit-fils aîné âgé de dix-sept ans. Fouille au corps, les affaires mises sens dessus dessous :  la violence de la situation saute aux yeux. Les policiers repartent bredouillent mais la nervosité est papable. La fille de Mary Lee, Dana mère célibataire n’arrive plus à communiquer avec son fils. Ses trois autres enfants  ne disent rien. Ils sont une famille afro-américaine dans un quartier défavorisé : cela suffit à ce que la police s’intéresse à eux. Beaucoup d’amis de Marcus ont déjà eu des soucis avec les forces de l’ordre ou connaissent la prison. Les pères des enfants sont aux abandonné absents depuis longtemps. Heureusement que l’après-midi, toute la famille a prévu d’aller faire un pique-nique au bord de la rivière Rouge en compagnie de leurs cousins. Il fait beau et les sept enfants vont se baigner. Marcus est pris dans un courant, tous se prennent la main et sont engloutis par les eaux. Seul Marcus est sauvé de la noyade.

Retour en 1949 à Saint-Louis dans le Missouri. La politique de ségrégation sévit et les Noirs n’ont pas accès aux piscines. « Légalement rien n’empêche un Noir qui veut nager d’entrer dans une piscine » : cette phrase prononcée par le maire-adjoint de la ville va mettre le feu aux poudres. Howard le frère aîné de Mary Lee obtient l’accord de ses parents de se rendre à la piscine. Mary Lee cachée dans un arbre l’observe. Mais elle voit plus que son frère qui franchit les portes du lieu puis qui entre dans l'eau Elle voit des gens se rassembler, crier des insultes, des menaces. Une foule enragée qui grandit et qui ne demande qu’à rétablir la loi. Une journée d’émeutes violentes qui laissera à Howard des séquelles.Dès le lendemain, la piscine n'ouvre ses portes qu'aux Blancs.

Un chiffre : 60% des Afro-Américains ne savent pas nager. Pourquoi ?
Judith Perrigon nous immisce dans les pensées de chacun des membres de la famille lors de l'arrivée de la police puis elle revient sur sur la vie de Mary Lee. Ensuite, elle livre la parole à un professeur lors d'un émission à la radio suite aux noyades et nous projette après le drame. Des premiers esclaves enchaînés aux pieds par des chaînes, de la ségrégation construite sur des interdictions et des barrières, la peur s’est ancrée chez les Noirs. La peur :  un héritage transmis de génération en génération comme une sorte de fatalité. Tout comme la discrimination, les inégalités et les préjugés ancrés dans le temps et les difficultés rencontrées à l’heure actuelle par les afro-américains. L'auteur nous livre des faits et par la construction habile nous laisse le soin de tirer nos propres conclusions.
Ce roman est âpre, fort, dur et prend aux tripes. Le chant de révolte qui s'y lève tout comme les faits ne peuvent que susciter qu’émotions, indignation et réflexion ! Alors oui, ce livre m'a plus que remuée...

Mme King répétait entre deux sanglots, Nous ne savons pas nager, nous ne savons pas nager. C'était comme une phrase apprise par cœur que nous aurions tous pu prononcer et qu'ils ont dû diffuser en boucle à la télévision. C'était une conjugaison. Je ne sais pas nager, nous ne savons pas nager, ils ne savent pas nager. Une conjugaison à tous les temps. 

Le billet de Lili M

Merci à Babelio pour ce livre reçu dans le cadre de Masse Critique!





29 commentaires:

sylire a dit…

J'ai beaucoup aimé ce livre également. Mon billet dans quelques jours.

Clara a dit…

@ Sylire : vraiment en peu de pages, l'auteure nous plonge dans un roman social très fort !

Aifelle a dit…

J'ai bien aimé ce que j'ai lu de Judith Perrignon jusqu'ici. Je lirai celui-là.

Clara a dit…

@ Aifelle : c'est son meilleur !

Yv a dit…

Tout à fait en accord avec toi, un livre qui remue, très bien écrit. une belle réussite

Clara a dit…

@ Yv : mais je n'ai pas vu ton billet!!!!

In Cold Blog a dit…

Jusqu'ici, j'ai beaucoup aimé les deux écrits de J Perrignon que j'ai lus : L'intranquille et C'était mon frère, tous deux très émouvants et bourrés d'humanité.
Le thème de ce second roman m'intéressant au plus haut point, je pense que j'aurais grand plaisir à retrouver la plume de cet auteur.

Malika a dit…

En effet, ce roman a l'air intense et bouleversant. Je note ...

Fransoaz a dit…

J'aime l'auteure aussi, elle creuse très profond pour faire ressortir un panel d'émotions très large. le thème de celui-ci et la façon dont il est traité m'intéresse.

luocine a dit…

encore un que je note ! je trouve que tu le présente très bien
j 'espère le trouver dans ma superbe médiathèque
Luocine

Kathel a dit…

Je n'ai jamais rien lu de Judith Perrignon, mais cette fois, je suis tentée.

keisha a dit…

pourquoi pas? Même si j'attends la bibli, finalement.

In Cold Blog a dit…

Et voilà, trouvé ce midi-même dans ma bouquinerie !

Sophie Hérisson a dit…

Il semble en effet très poignant ! Je pensais avoir terminé les achats de la rentrée littéraire mais je vois que je suis passée à coté de plusieurs titres... :)
Bonne fin de journée !

Clara a dit…

@ Malika : oui, les deux!

@ Fransoaz: elle creuse au plus profond,intègre l'histoire et l'histoire social d'un pays. En 2010, elle a appris la noyade de jeunes afro-américains ( ce ne sont pas les personnages du livre ) et c'est inspirée de cette tragédie.

@ Luocine :à belle médiathèque, beaux livres!

@ Kathel : il atout pour te plaire. Attentions gros émois!

@ Keisha : roman social, roman bouleversant qui nous ramène à l'Histoire et au présent...

@ ICB : tu es rapide ! Ici il n'y pas de bouquinistes sauf pour les polars,livre anciens ou BD dommage... Il faudra que tu nous parles de ta lecture sur ton blog...

Clara a dit…

@ Sophie Hérisson : on n'en a peu parlé et c'est bien dommage!

Valérie a dit…

Elle est française je suppose?

Anne a dit…

Un livre qui me fait envie aussi dans cette rentrée... (finie, la période de rentrée !)

antigone a dit…

Oh ça me fait envie, pour un sujet qui me touche toujours... allez c'est noté.

gambadou a dit…

et voilà, un de plus de noté !

zazy a dit…

Il est dans :es futures lectures

lili M a dit…

Bonsoir !
Que je suis heureuse que tu aies aimé ce roman ! Et j'ai trouvé ton billet vraiment bien fait.
Ce titre est l'un des premiers livres que j'ai lu et critiqué pour cette rentrée, et j'en suis ressorti dans le même état que toi. Je regrette qu'il soit passé inaperçu !

A bientôt
lili M

Anis a dit…

Cela al'air d'un beau roman, fort, complexe, qui se mérite un peu au fond.

Clara a dit…

@ Valérie : oui !

@ Anne : vraiment, un livre très fort !

@ Antigone : on ne peut être que touché...

@ Gamdavou : et à surligner !

@ Zazy : bonne lecture!

@ Lili M : un livre dont on a peu parlé alors qu'il aurait mérité des colonnes dans la presse!Merci de t avenue!

@ Anis : à lire pour comprendre comment l'histoire des Etats-Unis influence encore de nos jours les afro-américains.. On se prend une gifle dans la figure!

Alex Mot-à-Mots a dit…

Tu as l'air sous le charme. Le sujet me tente bien. Je note.

Hélène a dit…

J'ai trop pleuré en lisant son dernier roman, je ne veux plus...

Géraldine a dit…

Je ne connaissais pas, mais pourquoi pas, le sujet est intéressant en tout cas.

Manu a dit…

Ah j'aimerais beaucoup ! Sur un sujet similaire, mais plus léger, j'avais lu : La tête dans le carton à chapeau, vraiment bien !

Clara a dit…

@ Alex : un livre très fort !

@ Hélène : je n'avais pas aimé les chagrins..

@ Géraldine: oui très!

@ Manu : je le note, merci !

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