lundi 14 octobre 2013

Delphine Coulin - Voir du pays


Éditeur : Grasset - Date de parution : Août 2013 - 267 pages saisissantes ! 

Les femmes soldats existent et on en parle peu. Ou pas. Aurore et Marine deux jeunes filles unies par une amitié indéfectible. Alors quand Aurore devenue majeure s’est engagée dans l’armée, Marine l’a suivie. Des engagées dans un monde masculin où elles ont dû prouver qu’elles étaient aussi fortes que leurs camarades et gommer leur féminité. Et puis, une mission pas comme les autres : six mois en Afghanistan. Avant de rejoindre la France, elles sont à Chypre pour trois jours. All in inclusive : hôtel, piscine, baignées parmi les touristes. Trois jours et un sas de décompression pour reprendre pied avec la vie. Faire somme si : rire, boire en soirées, s'amuser mais les séances obligatoires de débriefing où l’on doit parler et revenir sur les opérations qui ont mal tournées font rejaillir toute la violence, le stress accumulés. Car l’Afghanistan les a tous changés. Marine a perdu le goût de vivre, Aurore a été gravement blessée et toutes deux semblent des étrangères l’une pour l’autre. Chacune essaie d’avancer, de soutenir l’autre. Mais leur amitié n’est plus la même comme si elle n’était qu’un vestige du passé.

On est plongé dans cette guerre avec toute son horreur. On ressent la chaleur du soleil, la peur insidieuse et les questionnements d’Aurore, de Marine. Et cette question presque taboue qui tournoie dans l'esprit de chacun  mais que l'on formule pas : comment vivre après sans baisser la tête ?
Sans voyeurisme et sans chercher à adoucir les angles, Delphine Coulin lève le voile avec réalisme  sur les séquelles post-traumatiques, sur des illusions perdues (l'engagement militaire), sur la mort vue et côtoyée de si près qu’elle vous hante toutes les nuits et creuse la psychologie de ses deux femmes en devançant nos questions.

L’auteure va droit au but, ne s‘encombre pas de langue de bois pour parler de la guerre et des femmes soldats mais n'oublie pas cette sensibilité si juste que j'avais tant aimé dans Samba pour la France. C’est qui ce fait toute la beauté et la dureté de ce roman saisissant !  Un livre lu en apnée totale...

Jusque-là, elle ne s'était jamais vraiment intéressée  à la morale de cette guerre. Aucun d'eux ne se préoccupait vraiment de ça. Comme ils disaient, ils n'était pas là pour parler politique. Ils étaient comme les gens qui ouvrent un compte en banque,sans comprendre les tenants et les aboutissants de l'économie mondiale. Mais elle avait compris qu'ils n'étaient pas là pour faire le bien. Alors elle voulait qu'on arrête de leur dire qu'ils étaient là comme  des anges gardiens au-dessus des troupeaux. Qui veut faire l'ange, fait la bête. Ils avaient tous perdu.


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