dimanche 15 mai 2011

Le trophée

Qui dit dimanche dit atelier d'écriture chez Gwen. Et  aujourd'hui, le thème est le suivant : "Je vous propose de vous mettre dans la peau d’un parent d’adolescent (si c’est là votre costume habituel, ce n’en sera que plus facile…). Un jour, excédé par le bazar indescriptible qui règne (forcément) dans la chambre de votre rebelle, vous décidez de vous lancer dans une grande séance de ménage. Et là, vous tombez sur son journal intime. L’ouvrir ou pas? Le lire ou pas? Telles sont les questions que vous vous posez. Je vous laisse choisir et raconter…"

Et voici mon texte :

Claire s’habille. Elle hésite à porter ce chemiser. Non décidemment, il n’irait  pas avec son nouveau jean. Elle cherche dans son dressing bien fourni autre chose. Le gilet qu’elle a acheté le mois dernier serait parfait. Elle soulève des montagnes colorées. Impossible de mettre la main dessus. Maud, sa fille le lui a emprunté et ne le lui a pas  rendu.  Maud dort chez une copine ce week-end et à cette heure ci, inutile de vouloir l’appeler sur son portable. Claire prend la décision d’aller dans sa chambre. Pourtant, elles ont un accord : Claire n’a pas le droit d’y rentrer sans l’accord de sa fille, c’est à dire rarement. Quand Maud le lui avait demandé, Claire avait acquiescé. A 15 ans, il est normal  qu’elle ait sa propre intimité. La porte s’ouvre sur un désordre sans nom. Un capharnaüm ! Des vêtements jonchent le sol parmi les livres, les cahiers de cours. Des magazines aux pages tâchées de vernis à ongles recouvrent le bureau. Des tasses, un yaourt, un paquet de gâteau éventré laisse échapper  des biscuits en miettes. Claire regarde où poser les pieds. Un tube de colle semble s’être ancré dans  le beau parquet.
C’en est de trop ! Et  son pull ? Sûrement enseveli sous la montagne de vêtements. Chaussettes solitaires cherchant l’âme sœur,  t-shirts propres ou sales tout est mélangé. En soulevant un bas de jogging, sa main tombe sur un objet épais. Livre de maths ou de latin ?

Claire s’interroge. Non, il s’agit d’un cahier épais. Sur la couverture, deux mots "journal intime" écrits par Maud . Etonnée,  elle le fixe. Elles sont complices et  Maud  lui confie tout. D’ailleurs, les amies  de Claires l’envient, jalousent  cette relation mère-fille. Claire ne peut s’empêcher de s’enorgueillir. Les compliments de ses amies. nourissent sa vanité. Celle d'avoir réussi là où elles ont échoué. 

Ce journal est une faille qui  ébranle ses certitudes. L’envie de l'ouvrir la tenaille. Lire juste quelques lignes. Après tout, peut-être est ce simplement un cahier  où Maud note les noms de produits de maquillage ou colle l’image de la super veste qu’elle a repéré sur un site quelconque. Le mot intime est souligné comme une mise en garde.  Depuis quelques semaines, Maud a changé. Elle passe plus de temps dans sa chambre. Et quand Claire lui  a  proposé une sortie shopping suivie d’un ciné, Maud a refusé. Ce n’est pas son genre. Aux questions de sa mère, elle a prétexté du travail et des exposés à préparer. Claire n’est pas dupe, sa fille lui cache quelque chose. Pourtant, Maud lui toujours dit tout. Les disputes avec les copines, le gars de troisième sur qui elle flashe et qui  lui rend à chaque fois son sourire. Maud ne peut rien lui cacher, cette simple pensée suscite en elle de l’énervement. Elle a élevé toute seule  Maud, lui a offert tout ce qu’elle n’a pas eu étant enfant puis adolescente. Claire travaille  beaucoup. Elle  rentre souvent tard  et compense son absence par des cadeaux. Son pied heurte un petit sac poubelle. En le prenant, le  sac percé laisse échapper un bracelet. Ou ce qu’il en reste. Les petites pierres ont été cassées, broyées. Claire ouvre le sac et découvre le contenu. Des boucles d’oreilles  tordues, un t-shirt soigneusement lacéré, …Le sac est la sépulture de tous ses  cadeaux. Claire reste impassible. La sonnerie du téléphone la sort de sa torpeur. Elle répond à l’appel, elle reconnait la voix d’Isabelle une de ses amies. Cette dernière  se lance dans une longue mélopée. Sa fille lui a répondu, le ton est  monté et les mots aussi. Mais qu’est ce que je dois faire ? lui demande Isabelle. Je suis à bout de nerfs !
Claire regarde le journal et le sac poubelle  une dernière fois, elle ferme la porte et  répond à Isabelle :
Oh ma pauvre ! Je suis embêtée. Que te dire ? Avec Maud, nous ne connaissons pas ce genre de conflits,  tu sais bien…

Claire se regarde dans le miroir  du couloir.  Elle préfère oublier ce qu’elle  a vu. Sa relation avec sa Maud est parfaite. C’est son  trophée personnel  et personne ne le lui volera. Pas même sa fille.
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