mercredi 28 août 2013

Sorj Chaladon - Le quatrième mur


Editeur : Grasset  - Date de parution : Août 2013 - 330 pages qui laissent une marque indélébile ! 

1974, « Samuel Akounis, juif grec rescapé de l’Holocauste», résistant grec et metteur en scène s’est exilé en France à Paris. Au cours d’une de ses interventions dans une faculté son témoignage frappe Georges un étudiant de vingt-quatre ans. Georges qui souhaite faire du théâtre a participé activement à mai 68  et depuis a embrassé d'autres causes. Une rencontre en forme d’électrochoc pour Georges un  un brin candide et Aurore elle-aussi étudiante. Sam a un grand projet. Ambitieux, fou. Faire jouer Antigone d’Anouilh au Liban, « offrir un rôle à chacun des belligérants », « voler deux heures à la guerre, en prélevant un cœur dans chaque camp ».

La pièce d’Anouilh est tout un symbole. Présentée pour la première fois en 1944 à Paris durant l’occupation allemande, elle était le signe que durant une tragédie une représentation de théâtre pouvait être un répit. Antigone où est question de terre et de fierté. Mais la santé de Sam décline et il est hospitalisé. Il demande à Georges de d’en occuper pour lui. Marié à Aurore, père d’une petite Louise, Georges ne peut pas dire non à son ami et part au Liban. Il découvre une situation complexe et des communautés qui occupent certains territoires. Il doit convaincre Druzes, Chrétiens, Musulmans d’accepter le projet de Sam. Mais le vrai visage de la guerre éclate et Georges blessé doit rentrer en France. Obnubilé par ce qu’il va vu au Liban, il n’arrive plus à goûter à son bonheur tranquille. Georges est devenu un homme hanté par cette guerre.

Toujours avec une écriture aux mots qui sonne juste et qui collent au plus près des émotions, Sorj Chalandon nous plonge au cœur de la guerre au Liban et de la passion du théâtre. Et comme pour contrer la violence de la guerre, les passages de la pièce Antigone cités éclatent par leur beauté. Mais ce livre va plus loin. S’il démontre la force du théâtre qui peut rassembler au-delà des divisions religieuses ou culturelles, il nous rappelle que certains hommes une fois qu’ils ont vu le pire ne peuvent plus revenir à leur vie d’avant. Quitte à laisser une famille et à s’engager pour une cause.
Une lecture forte, belle, dure par certains aspects et qui laisse une marque indélébile.

La guerre était folie ? Sam disait que la paix devait l’être aussi. Il fallait justement proposer l’inconcevable. Monter Antigone sur une ligne de feu allait prendre les combats de court. Ce serait tellement beau que les fusils se baisseraient.

Lu du même auteur : Mon traître Retour à Killybegs
Le billet de Sophie Hérisson.

Livre reçu dans le cadre de « On vous lit tout », organisé par  Libfly.







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