samedi 21 septembre 2013

Pierre Lemaitre - Au revoir là-haut


Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2013 - 564 pages et un vrai plaisir de lecture ! 

2 novembre 1918, le soldat Albert Maillard est sauvé de la mort par le soldat Edouard Pericourt. Ce dernier en aidant bravement son camarade est blessé grièvement au visage. A partir de ce moment, Albert va veiller sur Edouard à la gueule cassée et les deux hommes vont devenir inséparables.

S’en suit l’armistice et des hommes démobilisés dont la France ne sait que trop que faire. Pour la famille riche et aisée d’Edouard, celui-ci est mort au combat. A la demande d’Edouard, Albert a falsifié des documents. Un autre homme est au courant : le lieutenant Henri d'Aulnay-Pradelle qui est élevé au rang d’héros. Pourtant, il n’a que l’étoffe d’un arriviste peu scrupuleux et avide d’argent. Il s’est marié à la sœur d’Edouard pour profiter du carnet d’adresse influent de son beau-père. Son épouse n’est pas dupe de ses liaisons et son beau-père le considère comme un bon à rien. Et Pradelle a flairé un bon filon car le pays se retrouve avec des milliers de morts entassés dans des charniers à qui l’on doit offrir un lieu de repos décent. Son entreprise remporte le marché et il s’enrichit de manière écœurante. Sans regret et sans morale. Pendant ce temps, Edouard et Albert survivent misérablement. Edouard est devenu accro à la morphine et Albert enchaîne les petits boulots pour lui en procurer. Il n’a pas retrouvé sa place de comptable d’avant guerre et sa fiancé l’a remplacé. La mère patrie les a oubliés financièrement et socialement tout comme leurs concitoyens. Edouard ne se montre jamais, gueule cassée dont ce qui reste de visage est effrayant. Il ne dessine plus alors que c’était son grand plaisir. La France occupée par ses soldats morts lance un appel d’offre pour des monuments aux morts. Et Edouard a une idée, une escroquerie qui leur permettra à lui et à Albert d’être riches grâce à son don de dessinateur. Je n’en dirai pas plus sur l’histoire, ni pourquoi Albert veut se venger de Pradelle depuis cette journée du 2 novembre 1918.

Ce roman est fichtrement bien rythmé et l’auteur nous immerge dans cette période de l’après Grande Guerre. Grise, peu glorieuse avec l’argent fait sur le dos des morts, les arnaques, les magouilles entre personnes des mêmes cercles au bras long. Avec une écriture vive qui crisse aux oreilles ou qui sait se faire diablement cynique pour nous interpeller, les pages se tournent à toute allure !

Un roman avec un vrai suspense, un contexte historique creusé. Certains diront que ces trois personnages ont tout des deux gentils et du méchant. Ce serait nier le talent de Pierre Lemaitre qui nous campe des personnages plus vrais que nature et qui nous réserve des surprises. 
L'auteur habitué à jouer avec nos nerfs, à nous glacer le sang et à nous tenir en haleine a habilement retourné sa veste d’écrivain dans un genre où je ne l’attendais pas en nous offrant un premier roman.
Un vrai plaisir de lecture sur toute la ligne! Je me suis régalée! 

Même si la pauvreté, des deux côtés, remontait à la première dynastie, Madeleine avait cela dans son histoire, le manque, la gêne, c'est comme le puritanisme ou la féodalité, ça ne se perd jamais tout à fait, les traces suivent les générations.

Les billets d'Argali, Cuné, DominiqueStephie, Ys

Lu du même auteur : Alex - Cadres noirs - l'excellent Robe de marié - Sacrifices - Travail soigné




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