jeudi 12 septembre 2013

Valentine Goby - Kinderzimmer


Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Août 2013 - 218 pages qui prennent aux tripes.

Janvier 1944, Mila est déportée avec sa cousine Lisette pour avoir codé des messages à la résistance. Toutes les deux ignorent la destination finale du train où elles sont entassées avec d’autres dans des wagons à bestiaux. Ravensbrück, un camp de travail où elle sont quarante mille. Les différentes langues deviennent vite un seul et même langage où la promiscuité, la peur, la faim, la maladie se lisent sur les visages et les corps. Mila est enceinte .Que se passe t’il pour les femmes comme elle ? Elle cherche et ne voit aucun ventre arrondi. D’ailleurs le sien est plat à croire que l’enfant qu’elle attend se cache par peur. Si l’on découvre son état, elle sera amenée au Revier l’infirmerie d’où aucune femme ne revient.

Au camp,  il existe une solidarité entre les prisonnières d’une même nationalité mais aussi le chacun pour soi face à la mort qui rôde en permanence « une guerre dans la guerre ». Mila a informé ses compagnes de block et cet enfant qu’elle porte va devenir leur espoir à elles toutes. A Ravensbrück , il existe un endroit peu connu :  une chambre pour les bébés la "Kinderzimmer". Et des  nourrissons dont l’espérance de vie ne dépasse pas quelques semaines. Mila espère que son enfant aura une chance et qu’il vivra. Quand elle n’a plus de lait, une autre femme l'allaite mais l’enfant meurt. Pourtant Mila échappera à la mort avec son fils. Je ne raconterai pas toute l’histoire autour du fils de Mila. Cet enfant du camp a été nourri par plusieurs femmes, aimé par plusieurs femmes : sa mère de sang, sa mère de cœur et ses camarades. Vie et mort cohabitent dans ce livre, comme l’espoir et les pensées de ces femmes pour oublier un instant cet enfer et le sentiment d'être enfermé dans un piège.

Dans une écriture forte qui puise l’indicible, Valentine Goby n’épargne pas le lecteur en émotions aussi dures et aussi belles qu’elles puissent l’être. Car oui il y a de la beauté dans ce livre par Mila et par  toutes les autres femmes !  Le tout avec une pudeur digne et respectueuse.
Ce magnifique et puissant roman prend aux tripes et je l’ai terminé avec des poissons d’eau dans les yeux… 

Tu n’y es pas! Etre vivant, elle dit c’est se lever, se nourrir, laver sa gamelle, c’est les gestes qui préservent et puis pleurer l’absence, la coudre à sa propre existence. (…)Vivre c’est ne pas devancer la mort, à Ravensbrück comme ailleurs. Ne pas mourir avant la mort, se tenir debout dans l’intervalle mince entre le jour et la nuit, et personne ne sait quand elle viendra. Le travail d’humain est le même partout, à Paris, à Cracovie, à Tombouctou, depuis la nuit des temps, et jusqu’à Ravensbrück.

Lu de cette auteure : Banquises- Des corps en silence - Qui touche à mon corps je le tue


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