mardi 16 décembre 2014

Emmanuelle Pagano - En cheveux

Éditeur : Invenit - Date de parution : Novembre 2014 - 76 pages savourées !

Voici un livre dont la  genèse diffère de mes lectures habituelles. Le musée des Confluences de Lyon et les éditions Invenit nous font découvrir un objet du musée à travers la plume d'un auteur. Ce n'est pas une description technique ou historique car Emmanuelle Pagano autour de ce châle a tissé une histoire. Ce châle ancien dont " il faut pêcher mille grandes nacres, les sortir de l’ombre, pour obtenir deux cent cinquante grammes de fil de soie de mer, deux cent cinquante grammes seulement de lumière avec un millier de gros coquillages", elle l'attribue à une famille italienne. Un frère autoritaire et ses deux sœurs.

Lui s'est marié et a eu une fille qui est la narratrice. Ses sœurs sont restées célibataires. Nella la cadette refusant d'obéir aux règles et notamment à celles du mariage. Rebelle, elle rejette les ordres ou les idées  de son frère, s'habille comme elle l'entend (elle porte des pantalons) et aime se promener dans les bois. Cheveux roux aux vents et le châle sur les épaules. Elle habite avec sa sœur aînée Bice dans la maison familiale qui appartient à leur frère. Toutes les deux n'ont rien reçu comme héritage à la mort des parents car seuls les hommes héritent. Et ce frère possessif, machiste ne les aident pas ou si peu  "les deux sœurs descendaient dans la fraîcheur de la cave pour survivre."La relation entre Nella et son frère a une autre facette où l'amour se mêle à l'orgueil.  Comme ce châle que l'on peut percevoir flamboyant, fier ou comme une étoffe douce, usée et réconfortante. "Il détestait aussi, par ricochet, son autre sœur, mais elle ne comptait pas autant, elle n'avait jamais été aimée ni haïe autant que la petite. Je n'ai jamais su, du début à la fin de leur relation, ce qu'il y avait d'amour, à la limite de l'inceste, ou de haine, à la limite de l'inceste aussi, parce que haïr aussi fort son frère, sa sœur, haïr au point de livrer une guerre, de brouiller et séparer toute la famille, haïr si fort qu'on tremble, je crois que c'est de l'inceste. "

Récepteur de l'âme et de la vie de Nella, ce châle était trop lourd à porter pour les épaules de sa nièce. Ce témoin muet nous délivre l'existence de la vie d'une femme, de sa condition, de son amour de la liberté.
L'écriture d'Emmanuelle Pagano est délicate, sensuelle et poétique...Un livre à savourer sans modération !  Et pour moi qui aime particulièrement les objets qui ont une histoire, un vécu, j'ai ressenti des émotions particulières...

Je crois qu'elle aimait les bois pour la même raison de transparence contrariée, de luminosité en alternance, je crois que ce qu'elle aimait dans les bois, ce n'était pas l'ombre, non, c'était la lumière au contraire, piégée, par les fentes des frondaisons, tombant en rayons comme des branches cassées, ou réservée au regard de bascule en arrière, vers la rosace du ciel dessinée par les hauts épicéas lorsqu'elle se laissait aller allongée sur le dos dans une courte clairière. Y voir menu, apercevoir par les trouées, c'était ce que ma tante préférait.

Les billets de Séverine,  Zazy

Lu de cette auteure : Nouons-nous - Un renard à mains nues

7 commentaires:

Jérôme a dit…

Le principe est intéressant. Je ne connais pas l'auteur et c'est un texte court, tout pour me plaire !

cathulu a dit…

Ah, il fait partie de la même série que les poèmes de Valérie Rouzeau que je viens de terminer, Télescopages!

antigone a dit…

Forcément, forcément, forcément, je vais le lire... ;)

zazy a dit…

Contente qu'il t'ait plu

Aifelle a dit…

Le principe de la collection m'intéresse beaucoup. Je le lirai.

Clara a dit…

@ Jérôme : oui c'est inhabituel !

@ Cathulu : et tu as aimé ?

@ Antigone : :))))))

@ Zazy j'ai découvert cette auteure grâce à Antigone !

@ Aifelle : yes!!!!!

Anis a dit…

Oui, le dernier passage est vraiment magnifique. J'aime quand la langue est aussi belle.

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