dimanche 11 novembre 2012

Mathias Enard - Rue des voleurs


Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Août 2012 - 252 pages et une très, très belle découverte !

Lakhdar est  jeune marocain de dix-huit ans habitant à Tanger. Il aime les polars français  et rêve de liberté. Pour lui, elle se symbolise par la vue de l’Espagne au loin. Seule la mer le sépare de cette terre. Avec son copain Bassam, ils aiment regarder les jeunes filles étrangères, imaginer leur avenir de l’autre côté de la méditerranée. Il fantasme sur sa cousine Meryem qui n’est pas indifférente. Tous deux sont surpris nus par son père.  Lakhdar est chassé de lui, il a apporté honte et déshonneur sur sa famille et  Meryem est envoyée loin de Tanger. Le jeune homme quitte la ville, mendie pour survivre.   

Il faudra plusieurs mois pour que Lakhdar revienne à  Tanger. Sa mère, ses frère et sœurs lui  manquent et  il se fait du souci pour Meryem. Bassam l’aide et lui trouve un emploi de libraire dans devient libraire au sein du mouvement  pour la diffusion de la pensée coranique dirigée par le Cheick Nouredine. Musulman de naissance, Lakhdar a du mal à concilier les interdits, la rigidité de la religion et la modernité. Nourri, logé, blanchi, cet emploi lui laisse du temps pour lire et  traîner sur internet. Bassam a changé, il respecte à la lettre les paroles du Coran et du Cheick Nouredine proclamant la parole d’un Islam radical.  Alors que le printemps Arabe embrase  certains pays, Lakhdar se demande quel sont les véritables projets du  Cheick Nouredine. Dans un café,  il rencontre une étudiante espagnole en voyage au Maroc. Judit apprend l’Arabe à l’université et elle va l’initier aux auteurs arabes classiques. Amoureux, des idées pour l'avenir plein la tête,  Lakhdar est rattrapé par la réalité avec l’attentat de Marrakech.   Pigiste à Tanger,  homme à tout faire sur un paquebot puis exploité à la manière d’un esclave par un espagnol qui bâtit sa fortune sur  des naufragés marocains, Lakhdar  se sent perdu, trahi.  Même s’il est  parvenu à Barcelone, les désillusions sont nombreuses. Il n’a pratiquement plus aucune nouvelle de Judit. L’Espagne est secouée  par la crise et par les indignés dont Judit fait partie. La contestation gronde partout, l’amalgame religion et terrorisme ne fait pas bon d’être musulman. Dans ses moments de désespoir, seule la beauté de certains passages du Coran, la méditation apportée par la prière, et la lecture sont ses seuls réconforts. Sa vie est ballotée, remise en question dans la tourmente, l'exil et  est bien éloignée de tout ce qu'il aurait pu imaginer.

Ce livre  est comme un  cœur palpitant au gré du printemps Arabe et  de la crise en  Europe. Battements où résonnent les questionnements d’une jeunesse avide de liberté dont les idées se fracassent contre  un système économique, social, politique. Au rythme d’une écriture riche, brute, douce ou qui peut se faire violente, Mathias Enard contrebalance la manipulation extrémiste religieuse et ses dérives par les fondements humanistes de la religion musulmane.  Un roman  littéralement viscéral. Magnifique !

L'Unité du Monde Arabe n'existait qu'en Europe.

Le billet de Constance
 
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