lundi 18 mars 2013

Guillaume de Fonclare - Dans tes pas


Éditeur : Stock - Date de parution : Janvier 2013 - 94 pages bouleversantes ...

Dans son précédent livre Dans ma peau, Guillaume de Fonclare nous racontait son quotidien, sa cohabitation avec la maladie , un combat vain par avance où il a fallu faire le deuil d'un corps sain et surtout d'une "vie normale". Il en ressortait une justesse, un regard et des réflexions sur nos aspirations.
Depuis son meilleur ami Serge s'est suicidé. Après avoir avoir déposé ses filles à l'école, Serge s'est rendu à son travail comme d'habitude. Il est monté au 5ème étage, a enlevé sa veste et s'est défenestré. Un homme qui avait gravi pas à pas l'échelle hiérarchique du travail, qui avait été obligé plus que les autres de montrer de quoi il était capable. Lui qui n'était pas bardé de diplômes. Guillaume de Fonclare et Serge se connaissaient depuis la fac, souvenirs d'une amitié tissée depuis longtemps, de vacances passées ensemble et de confidences.

Quand l'auteur a choisi coûte que coûte de vivre, d'obliger son corps à des exercices quotidiens, son meilleur ami lui s'est donné la mort sans aucune explication. Une colère légitime et des questions sont posées : pourquoi ne s'était-il pas confié ? Est ce-que que ses filles porteront-elles une culpabilité plus tard ? Le constat de la pression du travail où l'on se doit toujours d'être le plus performant est présent.
Si Guillaume de Fonclare s'interroge, jamais il ne juge l'acte de son ami mais lui rend hommage. C'est en cela que l'on reconnaît toute l'humanité et la sagesse de cet homme. Une justesse de ton pour un livre bouleversant, digne et qui pousse à réfléchir sur le sens de la vie.

Forcément, je me suis reconnue dans des passages... Et cette lecture comme d'autres l'ont fait m'a éclairée, autant de graines de semées qui vont jalonner mon parcours et m'aider. Inutile de préciser que j'ai eu  les yeux remplis de poissons d'eau.

 Depuis dix ans, jour après jour, muscle après muscle, membre après membre, mon corps prends congé de moi. (… ) Je souffre jour et nuit, sans que personne ait réussi à ce jour l’exploit de savoir de pourquoi. De mon médecin traitant aux spécialistes, d’un CHU de province aux hôpitaux parisiens, j’ai divagué de consultation en consultation ; on cherche, on cherche, et on ne trouve pas. On élimine des hypothèses et on fait d’autres; on fait des examens, on refait des examens, on voit le Pr Untel qui saura dire, peut-être, et qui enverra vers un autre Pr Untel, après avoir constaté son impuissance à comprendre. Myopathies, neuropathies, maladies auto-immunes, gènes défaillants, mitochondries rétives, vacuoles absconses, on scrute, on dissèque, on compare, mais rien n’y fait. Il y a bien des signes, des défaillances aux noms barbares (...) qui sont les symptômes d’une foule de choses, sans qu’aucun soit suffisamment «franc » pour qu’il vienne formellement « caractériser » une pathologie. Mon corps est un menteur et il me fuit."

 De toi , je n'ai rien appris du mystère de la vie, et celui de la mort s'est fait plus épais. Cependant, c'est le murmure de ta voix qui m'encourage à exister et à demeurer debout; malgré toutes les difficultés, et l'énigme de ta fin m'encourage à vivre pleinement; rien n'est assuré pour quiconque, joie, bonheur, tristesse ou désespérance.
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