vendredi 29 mars 2013

Hubert Mingarelli - Un repas en hiver


Éditeur : Stock - Date de parution : Août 2012 - 137 pages saisissantes ! 

Dès le matin, trois soldats se proposent pour une mission afin de pas rester la journée avec les autres. Ils s'en vont le ventre vide dans une campagne enneigée après avoir reçu l'aval de leur supérieur. Trois soldats devenus copains au cours de cette Seconde Guerre Mondiale. Il fait froid, un froid qui franchit les minces barrières de protection de vêtement et qui pénètre jusqu'à la chair tandis qu'ils marchent.

Et là, en ne savant strictement rien de ce livre, je m'étais imaginée des soldats français car au départ rien ne nous indique que nous sommes en Pologne et que les soldats sont allemands. Il faut quelques pages pour le savoir comme pour comprendre la raison qui les a poussée à partir à une chasse particulière. Celles aux Juifs. Plutôt que de rester et d'assister à une exécution, ils préfèrent en débusquer un. Trois civils devenus soldats durant la guerre et pour ne pas penser au froid et à la faim, il plaisantent, ils se remémorent leurs souvenirs. Dans la forêt, ils découvrent la cachette d'un Juif et l'arrêtent. Sommairement sans  démonstration de violence. Mission accomplie, ils pourraient rentrer mais assaillis par la faim et le froid, ils s'arrêtent dans une maison abandonnée et décident de manger d'abord. Ils doivent se débrouiller avec les moyens du bord c'est-à-dire presque rien. En allant chercher du bois, un des soldats voit un polonais qui s'invite dans la maison. L'idée d'une soupe les taraude, le polonais reste, s'incruste et montre qu'il a sa place. Le manque de bois les pousse à détruire la porte du cagibi où le Juif se tient tranquille. Dans sa langue, le Polonais déverse sa haine envers cet homme. Le repas est prêt mais une question s'invite : faut-il inviter le Juif à partager leurs repas ou non?  Le faire manger, donner un peu de leurs maigres parts alors qu'ensuite il sera exécuté ? Car partager un repas est synonyme d'une forme de fraternité.
Ces trois hommes comme ils en existent tant pris dans une guerre doutent, hésitent. Pas de méchants ou de gentils, juste des hommes.

Hubert Mingarelli instaure une ambiance en peu de mots, nous transportent en Pologne. La maison devient le centre d'un huis clos où la tension, des questions simples deviennent aussi complexes que la nature humaine. Saisissant. 

Alors, il parla dans la langue universelle de la méchanceté, secoua la tête parallèlement, avec cette méchanceté.

Ce roman fait partie de la 11ème sélection du prix des Lecteurs du Télégramme.


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