vendredi 8 mars 2013

Samira Sedira - L'odeur des planches


Éditeur : Le Rouergue - Date de parution : Mars 2013 - 136 pages et un premier roman lu en apnée totale ! 

A quarante-quatre ans près avoir joué dans de grands théâtres, Samira Sedira se retrouve sans contrat et en fin de droits. Elle met des annonces pour effectuer des ménages car il faut bien vivre. Très vite, on l’appelle. 

Dans ce livre d'une extrême justesse et d’une force incroyable, l’auteure remonte le fil de ses souvenirs et raconte son nouveau quotidien de femme de ménage. Son parcours en France commence en 1969, année où elle arrive avec sa mère quelques mois après son père. L’espoir du travail qu’offrait notre pays le rendait heureux. A la place, ce sera un taudis dans un hôtel délabré et son père qui s'use au marteau-piqueur du matin au soir. Sa mère sombre dans la dépression. Cinq années plus tard, ils ont enfin le droit à un logement dans un HLM tout neuf sorti de terre et son père est O.S. L'enfant qu'elle est, est  fière car son père est ouvrier spécialisé. Le désenchantent sera à la hauteur quand elle comprendra que tous avaient marqué sur leur fiche de paye cette qualification qui n’en est pas une. Sa mère vit dans le souvenir d’Oran, n’ose pas aller faire de courses. Peur et gêne de se tromper dans ce qu’il faut dire. La narratrice va connaître elle aussi ce sentiment de honte. Elle est invisible aux yeux des personnes chez qui elle nettoie et qui pourtant lui confient leur intimité sans aucune honte. Pour ne pas craquer, elle pense à son amour des planches mais culpabilise d’avoir échoué là où ses parents attendaient qu’elle réussisse. Son travail de femme de ménage est une exclusion sociale, son emploi de comédienne était la fierté de ses parents immigrés.

Le récit  de Samira Sedira n’est pas que celui d’une comédienne en fin de droits qui effectue du ménage. Non, en plus d’être le quotidien de milliers de personnes qui effectuent ce travail, il s’agit d’un récit poignant, lucide mais sans pathos sur une génération d'immigrés et  sur les origines sociales.

De l'hommage à une génération aux barrières désormais levées sur l'incompréhension de celle qui était enfant et celle devenue femme vis-à-vis de sa mère, les souvenirs trouvent naturellement leur place dans ce livre et permettent à l'auteure d'être fière de qui elle est.
Entre ombre et lumière, avec une écriture comme un cri vient du cœur et qui porte à bout de bras les émotions, l'auteure nous dit que nul ne doit avoir honte de ses origines.
J’ai lu ce premier très beau roman en apnée totale ! Un livre hérisson tant j' y ai inséré de marque-pages !

Un dimanche par mois mon père achetait le journal. Il s’asseyait sur le canapé, prenait une respiration profonde, tendait les bras droit devant et l'ouvrait pile au milieu. Il tournait les pages, s'attardait sur chacune d'elles, semblait y pendre plaisir. Un dimanche, il a ouvert son journal à l'envers, avec le gros titre en  bas. Il a tourné les pages, s'est attardé pareil, puis l' a tranquillement refermé. Le monde a bien commencé par là, puisque d'emblée il nous a séparés des astres. 



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