jeudi 19 septembre 2013

T.C. Boyle - America


Editeur : Le livre de poche - Date de première parution : 1997 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin - 447 pages incisives et magistrales!

Un soir, en regagnant son domicile situé dans la résidence de l'Arrya Blanco, Delaney renverse un homme. L’homme blessé accepte vingt dollars et s’enfuit. Il s’agit d’un Mexicain clandestin qui se cache dans le canyon avec sa jeune épouse America qui est enceinte. Candido lui a promis une belle maison et l’American way of life. Mais la réalité est différente car sans papiers officiels, travailler est un problème.

Cet accident aurait pu en rester là mais il sert de point de départ à une collision. Celle du monde aseptisé et  riche de Delanay et celui de Candido pauvre et rejeté. Car les « chicanos » ces immigrants clandestins sont nombreux dans cette région de Californie et beaucoup de personnes voient leur présence d’un mauvais  œil. C’est à ne plus se sentir chez soi... Delaney écolo et pacifiste pense le contraire et il  n’est pas d’accord pour que l’on érige des hauts murs autour de la résidence. Sa femme agent immobilière va se laisser convaincre de l’utilité de cette forteresse. La sécurité de tous : c’est le slogan  des habitants de la résidence car après tout on se sait pas de quoi sont capable ces individus pour manger et vivre. Candido et America ne vivent pas mais survivent. America se mord les doigts d’avoir suivi Candido qui en  est réduit à fouiller les poubelles. Convaincu de son droit d’être libre sur le sol Américain et d’y travailler, il refuse  toute idée de rentrer au  pays.  Suite à des incidents  mineurs mis sur le dos des Mexicains, la peur grignote du terrain et se transforme en paranoïa. Même chez les  plus réfractaires comme Delanay.

Et c’est là qu’intervient tout le talent  de  T.C. Boyle ! Il nous démontre intelligemment comment dans ce contexte  Delanay se sent menacé. Son l’imagination prend le  pas sur l’objectivité, accélère le revers de la main pour balayer ses principes même les plus profonds. Candido suit le même processus.  

T.C. Boyle  nous inflige une claque ! Sans se faire moralisateur, il déleste la vertueuse  Amérique de son masque d’apparat. Le mal et le bien sont omniprésents et  hantent les personnages.  Rien n’est  simple et toute l’ambivalence de ces deux notions  résonnent  longtemps. Avec  beaucoup d’humanité, il nous pousse à la réflexion sur les dérives et les contradictions de notre société.
J’ai été touchée et interpellée par ce livre incisif, percutant  que je ne suis pas prête d’oublier !

Mais cette pensée l'effrayait, elle aussi : quel genre de vie était-ce donc que celle où on se sent à l'abri dans les buissons et s'accroupir pour pisser par terre comme une chienne? 

Lu (et aimé)  de même auteur (chouchou) : Après le carnage - Histoires sans issue
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