jeudi 5 septembre 2013

Lionel Salaün - Bel-Air

Éditeur : Liana Levi - Date de parution : Septembre 2013 - 223 pages âpres, intelligentes et terriblement juste ! 

Années 1950, dans une sous-préfecture en France le café le Bel-Air est l'endroit de la cité où les habitants du quartier se rejoignent. Les conversations y vont bon train comme les nouvelles commentées par chacun. Trente ans plus tard , Franck y revient. Le café est sur le déclin mais Gérard que Franck considérait comme son meilleur ami officie toujours derrière le comptoir. Enfants puis adolescents, Franck et Gérard étaient unis comme deux doigts de la main.

Alors que la guerre d’Algérie couve au Bel-Air certains esprits s’échauffent car les préjugés et le racisme sont le petit lait de certains. La guerre d’Indochine vient de se terminer en ayant laissé un goût de défaite. Des patriotes jusqu’à l’os comme le père de Gérard rêvent de revanche et regardent d’un mauvais œil les immigrés. Gérard rêve de s’engager. Pour lui, l’Algérie appartient à la France. En bon fils, il partage les idées de son père. Ces opinions sont la première fracture dans l’amitié entre Franck et de Gérard. De nature solitaire et aspirant à la liberté, Franck qui vient de terminer le lycée n’a pas d’ambition spéciale alors que ses copains ont tous des choix en tête. Il est convenu que Gérard fils unique reprendra le Bel-Air l’affaire de la famille. Si pour le moment, Franck et les siens rêvent encore d’Amérique, de filles aussi belles que celles des affiches, la menace de la guerre et de la lettre d’incorporation va dévoiler le pire comme l’inattendu. La génération de Franck est projetée dans une vie d’adulte avant d’avoir eu le temps de profiter de la jeunesse. Mais Franck y laissera bien plus que l’insouciance…

Je l’attendais impatiemment ce nouveau roman de Lionel Salaün ! Après Le retour de Jim Lamar, l’auteur nous immerge dans la France des années 50 où le charme suranné est tâché par le racisme nourri par des gens ordinaires. Sans aucun superflu ou cliché, il nous renvoie l’image de notre pays en pleinf mutation sociale, d'une  jeunesse brisée comme l’amertume des amitiés que l’on croyait indéfectibles. 
Avec intelligence, il réussit à nous faire ressentir  l'ambiance du Bel-Air comme si on était aussi bien que les émotions trahies par un signe du visage.
Ce second roman de Lionel Salaün est une totale réussite avec une écriture âpre qui colle au plus près des personnages !

S'il est vrai que le fonctionnement de notre communauté, tant en raison de sa situation géographique, en marge de la Ville, que du statut social de ses habitants, ouvriers pour la plupart, petits artisans ou employés subalternes, créait un sentiment fort d'appartenance à la classe qui la composait, avec l'esprit de solidarité, de partage et d'entraide qui en découle, celle-ci souffrait des maux inhérents à toute société  évoluant en vase clos, où l'ordinaire de chacun est la pâture de tous.

Un grand merci à Dialogues Croisés !








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