jeudi 27 février 2014

Margaret Drabble - Un bébé d'or pur

Éditeur : Christian Bougeois - Traduit de L'anglais par Christine Laferrière - Date de parution : Février 2014 - 399 pages riches et creusées !

Londres dans les années 1970. Jess une étudiante en anthropologie âgée de vingt ans devient maman célibataire d’une petite fille Anna. Ses amies (dont une est la narratrice) nous explique que Jess lui a confié que le père était un de ses professeurs, beaucoup plus âgé qu’elle et marié. Jess vit pour sa fille Anna qui se révèle très vite différente des autres. Calme, très sage, elle est d’une gentillesse extrême mais elle présente une lenteur, un retard mental.

Toujours par le récit de son amie qui habite le même quartier que Jess et qui elle a une vie « normale » (un mari, deux enfant en bonne santé),  on suit le parcours de Jess, d’Anna mais aussi les changements de mœurs, culturels et sociaux. Si durant les premières années de vie d’Anna, Jess ne s’autorise que des sorties avec ses amies, elle rencontrera plus tard un homme Bob avec qui elle se se mariera. Ses amies ne l’apprécient guère même s'il ne considère pas Anna comme un fardeau. Anna qui ne peut plus plus être scolarisée dans une école traditionnelle doit être admise à dix ans dans un centre avec d’autres élèves souffrant tous d’handicaps intellectuels. Il s’agit d’une époque où les connaissances sur l’autisme, les maladies neurologique et psychiatriques sont peu étendues. Jess passe beaucoup de temps à chercher des informations, à se renseigner, à rencontrer d’autres parents. Sa relation avec Anna est fusionnelle et son mariage ne durera pas longtemps. Ses amies sont toujours prêtes à l’aider mais la vie poursuit son cours. Les enfants grandissent, certains des couple se séparent, des amies s’investissent davantage dans leur travail. Jess devenue anthropologue écrit de nombreux articles, toujours passionnée pour l’Afrique où elle s’était rendue en étant encore étudiante. Quelques amants dont Anna ne saura rien, les amis et toujours son amour infaillible pour sa fille. Alors que le monde change, que le statut des femmes évolue, Anna est toujours plongée dans son innocence éternelle.

Ce roman dense, creusé et captivant  nous fait voyager des années 70 à nos jours. Avec ce regard porté sur la différence, les relations mère-fille, l’amour, les travaux d'anthropologie, l’amitié et la société. L es références sont nombreuses :  littéraires, à l'explorateur et missionnaire et également aux tribus primitives.

Il s’agit d’un roman rare, d’une qualité qui m’a époustouflée (chapeau bas pour la traduction) mais qui n’est jamais indigeste ! Margaret Drabble nous interroge avec intelligence sur la vie, sur nos décisions, sur nos pensées mais sans jamais se faire moralisatrice. Un livre devenu hérisson.

En extrait, les premières lignes :

Ce qu’elle éprouvait pour ces enfants, comme elle devait s’en rendre compte des années plus tard, c’était une tendresse proleptique. En voyant leurs petits corps dénudés, leurs fiers nombrils bruns, les mouches rassemblées autour de leurs nez qui coulaient, leurs grands yeux, leurs orteils étrangement fusionnés qui dessinaient une fourche, elle éprouvait un sentiment d’affinité, tout simplement. Là où d’autres auraient pu ressentir de la pitié, de la peine ou du dégoût, elle ressentait une sorte de joie, une joie inexplicable. Était-ce une prémonition, une inoculation contre le chagrin et l’amour à venir ?
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