mardi 19 mai 2015

Stéphanie Hochet - Un roman anglais

Éditeur : Rivages - Date de parution : Mai 2015 - 170 pages magnifiques !

1917, Londres est à feu et à sang. Anna Whig, son époux Edward se sont réfugiés dans le Sussex avec leur fils Jack âgé de deux ans. Anna veut reprendre son travail de traductrice et pour cela, il lui faut trouver une personne pour s'occuper de Jack. Une annonce est passée dans le Times et une réponse retient son attention. "L'écriture de la lettre, régulière, racontait un parcours de jeune personne travailleuse et méritante qui se destinait à devenir professeur, mais avait interrompu ses études à cause de la guerre et d'autres circonstance de la vie.(...)Quand je découvris son prénom, mon imagination s'emballa. Je repensais à l'auteur de La Gitane espagnole, Félix Holt et Middlemarch. Elle s'appelait George. Comme George Eliot". Mais il s'agit d'un jeune homme qui se présente.

On pourrait croire que la suite de ce roman donnerait lieu à  une liaison entre Anna et George. Il n'en est rien. Non, Stéphanie Hochet nous plonge dans l'atmosphère du cottage de ce  couple bourgeois durant la Première Guerre mondiale mais elle ne s'arrête pas là. Elle nous immerge avec brio dans les pensées d'Anna si attentive aux attitudes et aux gestes. George sait captiver l'attention de Jack mais Edward est jaloux. Lui le père est relégué au second plan après le garde d'enfant auprès de son propre fils. Avec George, Anna peut discuter : " Il n'y a pas que ça. George a une attention particulière pour celui qui s'adresse à lui. Il m'écoute comme personne ne m'a écoutée auparavant. Inutile de répéter, d'insister avec des interjections, des questions, des haussements de ton, des exagérations. Avec George, les mots pèsent leur poids, éveillent l'intérêt qu'ils méritent. Le jeune homme ne coupe pas la parole. Quelle étrangeté, quel soulagement. Ne plus avoir à se battre pour être entendue, ne plus avoir à amplifier son comportement pour être perçue comme un être pensant, un être présent dans une pièce qui articule quelques chose de censé. Ce simple égard dont on m'a privée sans que je m'en indigne, sans que je le comprenne. Ni mon père ni mon mari n'ont su m'écouter avec cette intensité qui semble naturelle à George." Un mari intéressé que par son travail d'horloger, un cousin John qui se bat dans les Flandres et dont elle n'a pas de nouvelles, la difficulté à assumer son rôle de mère et celui de femme.
George est le catalyseur qui réveille les démons d'Anne mais qui par sa seule présence sait calmer sa violence intérieure. Et la guerre en arrière-plan ajoute une tension particulière avec ses nombreuses interrogations. Anne se métamorphose, prend conscience de sa vie mais cela veut dire également partir. Et s'éloigner à jamais de son fils.

Avec finesse et subtilité, l'auteure nous dépeint un très beau portait de femme tourmentée sans oublier les conditions des femmes de toutes les classes sociales ( l'auteure rappelle que beaucoup de femmes remplaçaient les hommes partis au combat). Et il y a ce rythme, cette ambiance qui nous enveloppe où l'on pourrait presque entendre la respiration d'Anna (et la nôtre) tant ce livre nous happe par sa beauté, par les émotions aussi belles ou aussi dures soient-elles.
Tout simplement magnifique! 

On est toujours reconnaissant envers les gens qui ne s'effarouchent pas devant la part de soi qui sombre.

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