vendredi 1 mai 2015

Régine Detambel - Le chaste monde

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Avril 2015 - 268 pages enivrantes ! 

Fin du 18ème siècle, Axel von Kemp ne rêve que de quitter la château familial en Allemagne et de découvrir le monde. Agé de vingt ans, épris de botanique, il cumule les conquêtes masculines. Sa mère et son frère considèrent évidemment d'un très mauvais œil ses penchants sexuels. Mais Axel a soif de liberté et soif d'ailleurs. Il rêve d'endroits inconnus, d'expéditions à travers les océans.

Cet ami de Goethe rencontre Lottie une jeune femme juive mariée très jeune, un brin fantasque et libertaire. Très vite, ils deviennent inséparables liés par une compréhension mutuelle et par un engouement de vivre. Quand Axel obtient tous les papiers nécessaires, ils partent tous les deux d'Allemagne. Muni de tous les appareils de mesure et des herbiers d'Axel, ils arrivent en Amérique du Sud. De l’Orénoque à la Cordillère des Andes, il s'épanouissent au contact d'autres civilisations et des découverts d'Axel. Il sont insatiables, curieux et avides.

Dès les premières pages, on est enivré, grisé !
La profusion, les passions sont portées par un rythme endiablé où l'écriture de Régine Detambel allie le classique et l'espièglerie. Elle nous dépeint la société allemande avec les bourgeois,  l'élite intellectuelle, les scientifiques et les philosophe. Une société corsetée avec ses principes bien ancrés. Et en parallèle, Axel et Lottie représentent l'inverse : la liberté, pas de contraintes ou d'interdits, l'enrichissement personnel et existentiel.
Je le redis mais ce roman est vraiment enivrant et passionnant ! On sent que l'auteure a pris un réel plaisir à écrire ce livre. Ca pétille, c'est relevé et foisonnant.

Au hasard des pages :
Les hommes autour de Lottie se partagent en trois catégories  : les rêveurs dépressifs (Axel), les ronds de cuir ternes (Wilhelm), les jouisseur cyniques (Marcus). L'histoire de Lottie Feld est donc celle d'une femme coincée qui déploie des efforts de plus en plus dérisoires pour vivre une vie qu'elle méprise et prend la décision conséquente d'y mettre fin, d'une manière ou d'une autre. Il est tout à fait possible que pour une juive berlinoise né en 1771, l'idée de traverser l'Atlantique avec un homosexuel ait été une forme très élaborée de suicide.
Une semaine plus tard, quittant Berlin en cachette et de nuit, Lottie a laissé un mot au crayon, adressé à Marcus Feld : Si j'avais plusieurs vies, je vous en consacrerais une, mais je n'ai qu'une vie.

Un conseil de lecture de Delphine (Dialogues forever).

Lu de cette auteure : Opéra sérieux - Son corps extrême
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...