vendredi 9 mai 2014

Alessandro Baricco - Mr Gwyn

Éditeur : Gallimard - Traduit de l'italien par Lise Caillat - Date de parution : Mai 2014 - 184 pages brillantes et un immense bonheur de lecture! 

Dans le journal The Guardian, Jasper Gwyn publie un article où il mentionne une liste de points qu'il ne fera plus et écrire un roman en fait partie. Devenu écrivain assez tard avec trois romans à son actif, il est déterminé même si son agent et ami Tom ne le croit pas. Arrêter d'écrire est une chose mais Mr Gwyn ne peut s'empêcher de tricoter mentalement des scènes, des dialogues. Alors qu'il prend une année sabbatique, deux tableaux présenté dans une galerie lui font prendre conscience de ce qu'il veut. Ecrire des portraits non pas en peignant mais en écrivant. Des portraits destinés uniquement aux modèles qui poseront nus où il percera leur identité, où il mettra des mots sur ce qu'ils sont. "Pour ces personnes, il serait un copiste" contre une somme d'argent.

Soucieux du détail et de la perfection, Mr Gwyn choisit un ancien entrepôt où une bande sonore sera diffusée en permanence "elle commençait avec ce qui ressemblait à un bruit de feuilles, puis continuait son évolution imperceptible, en rencontrant comme par accident sur son passage tous types de sons", éclairé par trente-deux ampoules réalisées à la main qui diffusent une lumière enfantine. Des ampoules qui s'éteindront au fur et à mesure au bout de trente-deux jours. L'endroit est peu meublé, il faut que les personnes se retrouvent avec elles-mêmes. Ecrire ce qui les ramène " à la maison" et percevoir l'indicible intime.
Son premier modèle Rebecca l'aider à peaufiner son travail et le processus qui l'entoure. Et cette relation basée sur les silences, les non-dits et les confidences, la compréhension amènera naturellement Rebecca à devenir son assistante et à choisir pour lui les modèles. Mais il y aura le modèle qui sera une erreur et Mr Gwyn disparaitra.

Ce magnifique roman explore à travers Mr Gwyn ce que nous sommes en tant que personne non pas individuelle mais par rapport au monde, l'image que nous avons de nous-mêmes et le travail de l'écrivain qui en nous décryptant et en nous copiant nous fait vivre à travers des mots sur le papier. Alors oui, j'ai pris mon temps pour savourer ce livre. L’écriture d'Alessandro Baricco distille un rythme sur lequel inconsciemment ou non, on cale sa lecture et sa respiration. On s'imprègne de chaque phrase, de l'ambiance et la symbiose se produit.

Un livre par lequel on touche du bout des doigts l'essence même de l'écriture  et sa quête universelle. C'est simplement brillant. Une lecture qui m'a remplie les yeux des poissons d'eau par sa beauté et par ses miroirs sur l'identité.

Ils se reconnaissaient dans les événements qui se produisaient, dans les objets, des couleurs, le ton, dans une certaine lenteur, dans la lumière, et aussi dans les personnages, bien sûr, mais dans tous, pas pas un seul, dans tous les personnages, simultanément - vous savez, nous sommes un tas de choses, nous les hommes, et tous ensemble.

Lu également de cet auteur : Soie
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