mardi 30 juin 2015

Philippe Rahmy - Béton armé

Éditeur : Folio - Date de parution : Mai 2015 - 181 pages hors normes et  fascinantes !

Dans la préface, Jean-Claude Rufin écrit ceci : " Peu de textes, en nous transportant aussi loin nous ramènent aussi profondément en nous-mêmes". Car si ce livre est un récit de voyage, il renferme beaucoup plus.
En 2011, Philippe Rahmy est invité en résidence d'écriture à Shanghai. Et c'est la première fois qu'il voyage, lui qui est atteint de la maladie des os de verre. Il nous livre ses impressions, des notes sur ce qu'il voit, la ville et les individus.
Shanghai la sirène lui dévoile ses multiples facettes. Philippe Rahmy se mélange à la foule pour être au plus près de la population et s'immerger dans cette ville. Et ce sont autant de situations, de scènes étonnantes, paradoxales dans différents lieux que son regard nous transmet. Mais ce livre va plus loin que de simples descriptions. De façon complètement naturelle, il revient aussi sur ce qu'il a vécu comme son enfance où sa mère lui faisait la lecture, son rapport à la littérature : "ces textes ne m'ont pas seulement ouvert l'esprit. Ils sont aussi devenus mon corps. Comment la littérature, toutes de nuances et de faux-fuyants qui ne nous aide pas à comprendre la vie, mais à en faire notre demeure, qui nous désoriente avec bonheur, multipliant les chemins des écoliers et les occasions de faire l'école buissonnière sur la ligne droite qui mène du berceau à la tombe, aurait-elle le pouvoir de commander la matière ? Je l'ignore. J'en ai fait l'expérience. Je m'en émerveille chaque jour". 

L'homme au corps fragile décrit sans tabou la ville. La beauté côtoie la fragilité, la modernité d'une ville grouillante presque insaisissable avec ses contradictions, sa violence, sa politique. Avec une écriture singulière, très belle, il met à nu la ville. Il nous transmet le pouls de cette ville, par ses réflexions, ses ressentis mais aussi également son autoportrait sans fard avec  intelligence et sincérité.
Un texte d'une puissance rare, un livre qui interpelle profondément et durablement !

Shanghai est le mensonge produit par la rencontre de deux force égales et opposées. Quand on s'élance au-devant la mégapole chinoise, il ne s'agit pas seulement d'un nouveau obstacles à surmonter, plus grand et plus parfait, comme le serait un Sphynx soudain dressé au bout de la piste d'atterrissage, qu'il suffirait d'amadouer par quelque belle phrase ; il s'agit d'abord d'un plaisir qui s'abat sur soi avec brutalité, (...) comme peut-être en éprouver le chasseur quand une bête sauvage jaillit de l'herbe haute devant lui. 

Jamais je n'ai vu se dessiner, comme ici, l'avenir du monde. Shanghai est le chemin le plus court entre hier et demain. 

Les besoins fondamentaux de l'homme, l'autonomie, la connaissance, le plaisir sont réduits à la consommation et au travail. 

Pour comprendre les vieux pays, il faut lire les textes. La Chine est un fossile sans mémoire. Tous les textes écrits avant la dynastie Qin (221–206 av. J.-C.) ont été brûlés. 

La littérature nous accorde un sursis. Ce qu’on écrit dépasse ce qu’on est. 

  
Shanghai et moi nous partageons bien un ancêtre commun. Je ne l'ai pas croisé dans les rues. Tout se passe comme si mon écriture l'avait traqué  jour après jour, triant ce que j'avais sous les yeux. Je comprends pourquoi il m'a été impossible de faire le récit objectif de ce séjour. Ce que je cherchais se trouve pour part dans cette ville et pour part à l'intérieur de moi.

Merci Arnaud pour ce conseil de lecture.

vendredi 26 juin 2015

Rosa Montero - La Folle du logis

Éditeur : Métailié - Traduit de l'espagnol par Bertille Hausberg - Date de parution : 2004 - 200 pages complètement géniales et qui donnent envie de lire encore plus !

Précipitez vous sur le livre si n'est pas encore fait ! Keisha m'en avait parlé à plusieurs reprises et je la remercie d'avoir insisté car cet essai est brillant, bourré de réflexions et passionnant !
L'auteure nous parle d'écriture, d'écrivains, de l'imagination et cite  Rimbaud, Truman Capote, Tolstoï, Stevenson et bien d'autres encore. Et par des exemples, elle nous raconte ce lien qu'ils entretiennent avec l'écriture, la notoriété pour certains et ce qu'il a pu en découler et comment ils travaillent. Au passage, elle remet les pendules à l'heure en éclairant la vie de certaines épouses d'écrivain notamment Mme Tolstoï, se rebiffe contre le fait que les livres n'ont pas le temps de vivre, décrie que le valeur d'un livre se mesure au nombre d'exemplaires vendus, et nous donne son opinion sur les écrivains dites féministes.
Et l'ensemble est fluide, très fluide, avec des exemples ou des contre-exemples car elle parle d'elle d'également.

Ah, malicieuse Rosa Montero qui nous raconte trois fois la même histoire : sa rencontre avec un acteur M. dans les années 70 et  chaque fois, la version diffère. Et la folle du logis c'est-à-dire l'imagination selon Sainte Thérèse d'Avila? Rosa Montero lui rend hommage car elle est la source de l'écriture et elle omniprésente dans nos vies.

J'ai souri, j'ai noté plein de livres cités et j'ai tout aimé ! Passionnant, enrichissant, ce livre devenu hérisson m'a procurée des étincelles de plaisir et de bonheur car cet essai est complètement génial ! 

Parler de littérature, c'est donc parler de la vie; de la nôtre et de celle des autres, de bonheur et de la douleur. Et c'est aussi parler d'amour car car la passion est la plus grande invention de nos vies inventées, l'ombre d'une nombre, le dormeur rêvant qu'il dort. Et, tout au fond, au-delà de nos fantasmagories et de nos délires, momentanément contenue par cette poignée de mots comme la digue de sable d'un enfant barre la route des vagues sur la plage, la Mort, si réelle, montre le bout de ses oreilles jaunes. 

La réalité est toujours ainsi : paradoxale, incomplète, débraillée.

Lire, c'est vivre une autre vie.

Les billets de Cuné, Dominique, Keisha, MiorMiss LéoPhilisine...

Lu de cette auteure : Belle et sombre -Instructions pour sauver le monde L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir

mercredi 24 juin 2015

Nancy Huston - Danse noire

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Mai 2015 - 348 pages puissantes et audacieuses  !

D'abord , il y a l'étonnement car ce roman est raconté comme s'il s'agissait d'un scénario destiné à être un film. La caméra qui filme selon différents plans, la musique, les scène qui seront coupées ou élaguées. Milo se meurt du sida sur un lit d'hôpital et son compagnon réalisateur lui raconte ce film. L'histoire de Milo celui qu'il aime. Et pour connaître qui est Milo, ce qui l'a forgé ou ce qui lui a manqué, il faut remonter son ascendance.
Direction l'Irlande où son grand-père Neil Kerrigan, fils d'un juge, rêve de poésie et d'écriture comme son ami James Joyce alors que le pays s'enflamme contre l'occupant britannique. Destiné à être avocat, Neil se rebelle et part au Canada en 1914 changeant son nom au passage. Marié et père d'une fratrie nombreuse, L'Irlande coule toujours dans son sang mais il a abandonné par dépit ses ambitions.
Milo, fils d'une Indienne prostituée Awinata qui l'a abandonné, est placé à l'orphelinat puis dans des familles. Il résiste à la maltraitance en s'abonnant à son imagination. C'est son grand-père Neil qui viendra le récupérer alors qu'il a une dizaine d'années. La  complicité qui s'établie entre eux deux dérange les autres membres de la famille qui aiment rappeler à Milo qu'il est le fils d'une prostituée et d'un bon à rien. Mais Milo se construira malgré tout. Mais même en coupant les ponts, il ne pourra jamais effacer certains souvenirs qui sont ancrés en lui comme ses racines.

Ce roman brasse les langues : le français, l'anglais,  le québecquois ( avec des expressions propres) et la chronologie ce qui demande une exigence mais nous fait tanguer également. Et il y a  un rythme qui s'impose naturellement quand on lit, cadencé au diapason de la musique de la capoeira, une danse du Brésil. Le pays de la mère de Milo.
Les mots claquent, sonnent et résonnent ! Car il y a cette mixité  des origines, des douleurs, de l'écrit et du cinéma. Nancy Huston écrit sans tabou sur  la drogue,  la prostitution, l'exil, la solitude, les guerres petites ou grandes, l'identité sans jamais perdre son lecteur.
Puissant, ambitieux et audacieux, il s'agit d'un roman qui secoue mais qui sait également parler au cœur !

Lu de cette auteure : Prodige

lundi 22 juin 2015

Tatiana de Rosnay - Manderley for ever

Éditeurs : Albin Michel - Héloïse d'Ormesson - Date de parution : Février 2015 - 457 pages au plus près de Daphné du Maurier. 

Avec son patronyme qui sonne français, Daphné du Maurier est une écrivain britannique qui connut la gloire et dont plusieurs romans furent portés à l'écran.
Née au début du XXème siècle , Daphné du Maurier a toujours baigné dans le milieu artistique avec une enfance privilégiée.
Fille d'un acteur de théâtre reconnu et petite-fille d'un écrivain, timide en société, garçon manqué ( elle s'invente un double masculin) , elle décide très jeune de devenir écrivain. Mais avant, elle va découvrir la France de son grand-père au cours de ses études dans un pensionnat. Cette belle adolescente s'éprend de la directrice et découvre les émois de l'amour. Son besoin viscéral d'écrire est toujours présent et ce sont  d'abord des nouvelles qui la feront connaître.
"Rebecca" sera son plus grand succès et surtout lui permettra d'accéder à la renommée internationale. Bien qu'attachée à sa liberté, elle se marie et devient mère de famille. Entre son mari très souvent absent et ses obligations, elle continue d'écrire en Cornouaille dans le manoir de Menabilly un lieu auquel elle très attachée . 
Souvent qualifiée par la presse d'écrivain romanesque, certains de ses romans seront très mal accueillis. Qu'importe, elle a appris à se forger une armure face aux critiques.

Ce livre va plus loin que la simple biographie. Tatiana de Rosnay creuse, détaille la genèse de chaque œuvre tout comme la vie de celle qu'elle admire. Ses joies mais aussi ses tourments. Et il y aurait beaucoup à dire sur ce livre tant la vie de cette écrivain fut riche sur la plan professionnel et personnel.
On est au plus près de Daphné du Maurier : de ses états d'âme, de sa détermination et de sa passion de l'écriture !

Je sais bien que nous sommes des enfants gâtées et que je ne devrais pas me plaindre, je devrais être heureuse d'être en famille, en vacances, mais il y a ce vide profond en moi et je ne sais comment le combler. Cette sensation reste en permanence, pourquoi ? Je ne puis rien dire aux autres, ils ne me comprennent pas, ils me trouvent d'une humeur changeante, fatigante, trop amère pour mon jeune âge. C'est quand même terrible d'être déjà lassée par la vie, non ?

Les billets d'Asphodèle, BladelorCuné, Eva, Karine:), Miss Alfie

samedi 20 juin 2015

Gaspard-Marie Janvier - La trace du fils

Éditeur : Fayard - Date de parution : Août 2014 - 222 pages qui m'ont conquise !

Abel dix ans a fugué dans la montagne. Son beau-père Cecil se lance à sa recherche sans que les autorités, dans un premier temps, ne soient prévenues  Marié à Benédicte, ils forment une famille recomposée (déjà marié et père, Cecil avait rencontré Bénédicte dont le mari allait trouver la mort lors un accident alors qu'elle était enceinte à l'époque de l'enfant qui serait Abel).

Et voilà que Cecil non préparé part à la recherche de ce fils. Et si Abel cherchait son vrai père Daniel dans les sommets, la figure d'un père qu'il n' a pas connu mais glorifié par sa mère? Cecil a toujours considéré Abel comme son propre enfant mais est-il à la hauteur ? Et ce sont ces questions ou d'autres comme la place du père et de son propre rôle qui accompagnent Cecil. Une histoire qui oscille vers le conte avec des rencontres inattendues. De son coté, Bénédicte elle-aussi s'interroge. Le couple qu'elle forme avec Cecil traverse une mauvaise passe, est-ce le début de la fin?

Un roman à l'écriture recherchée, exigeant également par sa construction qui peut étonner ou déconcerter. Mais nécessaire (selon moi) pour "définir" de  ce que c'est un père à travers toutes les valeurs et les fondements de notre société. Et dans ce décor des Hautes-Alpes avec des rencontres saupoudrées de fantaisie ou d'humour, on évite le traité sociologique. Et tous les personnages apportent leur regard, leur avis et permettent ainsi à Cecil d'avancer dans sa quête.

Un livre surprenant à plus d'un titre mais dont les réflexions font réfléchir. Ce roman inattendu, original mais maîtrisé sur la famille a su me séduire entièrement!

Cecil eût aimé en un jet dire à la foi son amour et sa peine, sa honte et sa fierté, ses larmes d'avoir été chassé de sa première famille, son angoisse de n'avoir pas su reconstruire ailleurs. Ainsi allait-il chuter de jardin en jardin jusqu'à la tombe? 

Le billet de Cuné

jeudi 18 juin 2015

Sarah Vaughan - La meilleure d'entre nous

Éditeur : Préludes - Traduit de l'anglais par Alice Delarbre - Date de parution : Avril 2015 - 473 pages bien tramées et agréables ! 

2011, Angleterre. La chaîne de magasins Eaden organise un concours de pâtisserie afin d'élire la future madame Eaden celle qui dans les années 60 publia un livre de pâtisserie devenu une référence. Un livre composé bien entendu de recettes mais également de conseils afin que la lectrice s'élève au rang de l'épouse parfaite. Les cinq participants retenus devront se départager au cours d'épreuves pratiques.  Claire la mère célibataire qui travaille comme caissière, la gourmande cinquantenaire Jennifer mariée et dont les filles ont pris leur indépendance, Vicki l'institutrice qui a mis son boulot entre parenthèses pour élever son petit garçon, Karen hautaine et distinguée et un homme, Mike, veuf et père de jeunes enfants. Tous s'affronteront sous l'oeil d'un jury.

L'auteure nous immisce dans le concours mais surtout dans l'intimité de chacun des participants. Et tous n'ont pas une vie si parfaite. En parallèle, on découvre l’histoire de Kathleen Eaden. Celle dont tout le monde croyait qu'elle était heureuse montre elle-aussi des fêlures, des blessures non cicatrisées. Au fil des épreuves, les participants vont apprendre à se connaître mais aussi à faire un point sur eux-mêmes. Car participer à ce concours c'est bien entendu être reconnu pour ses talents mais pas que. Et gagner peut signifier plus que le prix mis en jeu.

Les personnages sont très intéressants et la place de le femme au sein de la famille sous toutes des facettes  est très bien décrite. Par contre, quand on sait que je n'aime pas cuisiner, on comprend facilement que les épreuves et les recettes ne m'ont pas spécialement emballée ( et même plutôt ennuyée). Mais il n'empêche que ce premier roman a de nombreuses qualités, il est assez addictif et l'auteure évite les écueils de la guimauve. Entre l'évolution des personnages et les tournants personnels opérés, j'ai apprécié cette lecture (avec une préférence pour le personnage Vicki). 

Je n'ai pas de filles adultes, et je ne suis pas une cuisinière aussi aguerrie, mais mon petit garçon vient d'entrer à la maternelle et je fais une pause dans ma "carrière". Si je veux être honnête, je ne sais pas très bien ce que j'attends de la vie. J'étais enseignante, à l'école primaire. En CP et CE1. J'adorais ça et j'étais douée, je me suis donc dit que ce serait merveilleux de consacrer toute mon énergie à mon fils. Je ne m'attendais pas à ce que ça soit aussi difficile. Je n'ai guère d'autorité sur lui et ça ne m'apporte pas la même satisfaction que l'enseignement : il est trop jeune pour s'intéresser à la lecture ou même au dessin. Et on ne peut pas entretenir avec lui une conversation comme avec un enfant de cinq ou six ans. Je suppose que ce concours me permet en un sens de reprendre le contrôle. Je vois le résultat de ce que je fais… ce qui me rappelle mes années d'enseignement. Et c'est le moyen d'avoir une occupation à moi.

mercredi 17 juin 2015

Loïc Demey - Je, d’un accident ou d’amour

Éditeur : Cheyne - Date de parution : Octobre 2014 - 44 pages et une petite friandise ! 

Est-ce une nouvelle ou un poème? Je n'ai pas la réponse mais ce court texte (ou nouvelle) est un OVNI. L'histoire est celle d'une rencontre entre Hadrien et Adèle au parc du jardin du Luxembourg. Un coup de foudre immédiat. S'en suivent des promenades, des discussions, le premier baiser échangé et un accident pour Adrien. Ses verbes se sont envolés. Qui de l'amour ou de l'accident a déclenché ces symptômes chez lui? Et Adrien raconte. Un récit sans aucun verbe où les mots se mélangent.

Excès d'août. Je me lit, je me draps et les rideaux tirés. Je me cigarette roulée et m'absence la force de dehors. J'invention une maladie au bureau. Je me fièvre et me courbatures, je me vomissements : probable insolation. Plus rien d'importance depuis cette fille sur une chaise verte du jardin du Luxembourg, voiliers miniatures et lecture de poche. Instinctivement, je pas vers elle et lui paroles futiles. Le soleil d'abord, la chaleur ensuite. McEwan enfin. Elle me réponses courtes, elle se mèche de cheveux châtains et fins derrière l'oreille. Elle se surprise puis me spontanément. « Oui », « bon ». « Sur la plage de Chesil ». Je causeries d'autres choses, de musique. D'elle. Je lui proposition d'un café en terrasse, elle acceptation si un thé. Vert.
L'intuition prend le relais, on imagine la phrase, on complète avec ses propres mots et chaque lecteur en fera son propre texte. Ce qui frappe, c'est la poésie et les sensations qui en surgissent : On s'été, on s'éther. On s'éternité. Le procédé n'est pas lassant, il  délie le langage et sublime l'amour.

Ce livre est une expérience à part, une petite friandise à déguster sans modération! C'est frais, original et terriblement réussi ! 

Un livre aimé par l'ensemble de mes libraires ( c'est dire!).

mardi 16 juin 2015

Claire Fuller - Les jours infinis

Éditeur : Stock - Traduit de l'anglais par Mathilde Bach - Date de parution : Avril 2015 - 325 page et un avis non objectif... 

Alors que  Peggy est âgée de huit ans,  son père construit un abri antiatomique chez eux. Sa mère Ute, pianiste, n' apprécie pas les réunions chez eux où d'autres "survivalistes" viennent discuter de la fin du monde. Ute doit s'absenter de Londres pour une série de concerts laissant James avec Peggy. James installe une tente dans le jardin. Peggy ne va plus à l'école, apprend à vivre de ce qu'ils attrapent en posant des pièges. Sur ce qui semble un coup de tête, James décide qu'ils vont partir pour die Hütte, un endroit très loin de Londres. Peggy pense qu'il s'agit d'une question de semaines, le temps qu'Ute rentre. Die Hütte est juste une cabane en bois perdue dans les bois. James ment à sa fille : Ute est morte tout comme le reste du monde et ils sont les deux seuls survivants. Peggy grandit, James a basculé dans une folie : il l'appelle Ute, a de brusques changement d'humeur.

Neuf années plus tard, Peggy est de retour à Londres dans sa maison avec Ute. Elle a été kidnappée par son père, mais comment le haïr ? Souffrant du syndrome de Stockholm, les images du bonheur passé se mélange à d'autres  bien moins roses. Elle n'arrive pas à démêler la réalité des souvenirs idéalisés.
L'histoire alterne la vie de Peggy en compagnie de son père et le présent. Des descriptions superbes de la nature où ils se débrouillent pour survivre au fil des saisons, un huis clos où la complicité entre un père manipulateur et sa fille s'étiole petit à petit. Car Peggy comme toute adolescente se rebelle mais elle ne peut pas renier ou taire l'amour qu'elle éprouve pour son père. Que s'est-il passé réellement ?

Claire Fuller analyse très bien la relation père-fille détournée par les mensonges, la solitude et la folie. C'est prenant, troublant, glaçant, beau et terrible à la fois. Ce récit ferrera de nombreux lecteurs et la fin les scotchera.
Mais voilà, si au départ j'ai été captivée, les trames de certaines de mes lectures me sont revenus à l'esprit sans compter deux ou trois phrases qui m'ont mises la puce à l'oreille, j'ai donc deviné ce qui allait arriver... Dommage.

vendredi 12 juin 2015

Joao Tordo - Lisbonne Mélodies

Éditeur : Actes Sud - Traduit portugais par Dominique Nédellec - Date de parution : Mai 2015 - 238 pages troublantes et très fortes !

Contrebassiste ayant plongé dans l'alcool et criblé de dette, Hugo quitte Montréal pour revenir à Lisbonne sa ville natale. Il s'installe chez sa soeur et dit prendre une année sabbatique. Mais il aimerait parvenir à terminer une composition qui lui trotte en tête depuis des années. En se rendant par hasard dans un bar,  un pianiste célèbre de jazz Stockman se produit. Et quand ce dernier joue sa composition, il perd tous ses repères. Il l'a lui a volé, c'est certain. Et si deux personnes qui ne connaissent pas pouvaient créer la même mélodie? Hugo plonge dans une sorte de folie solitaire.

Si la première partie du roman nous renvoie principalement à la vie d'Hugo à Montréal, la deuxième partie nous révèle bien des surprises ! Car l'auteur y ajoute un autre personnage. Un écrivain qui est le meilleur ami de Stockman et qui relate les événements. Car étrangement Hugo et Stockman se ressemblent physiquement,  ont le même âge mais si l'un a réussi, l'autre ne connaît pas le succès. Intigué, Stockman se rend à Montréal pour découvrir qui était Hugo.
On est bousculé ne sachant plus où se se trouve la réalité et ses limites, et qui est qui au final. On est valdingué entre les doutes et les questions sur la possibilité qu'une autre personne soit notre double, et que sans elle nous ne sommes qu'une moitié.

Explorant le thème de la schizophrénie et de la personnalité, ce roman nous ouvre des multiples portes avec autant de clés. Et si je ne mentionne pas certains points, c'est volontaire pour que vous aussi vous soyez en mode poisson privé d'oxygène.
Une fois refermé, ce livre très troublant laisse des traces et beaucoup de questionnements. 

La mémoire, comme on sait, est une chose douloureuse. 

Merci Evelyne pour cette découverte très forte!

jeudi 11 juin 2015

Virginie Despentes - Vernon Subutex Tome 2

Éditeur : Grasset - Date de parution : Juin 2015 - 383 pages complètement addictives et géniales!

A la fin du tome 1, Vernon Subutex après avoir squatté à gauche et à droite était recherché par diverses personnes. L'ancien disquaire ne s'était pas fait que des amis. En plus, il possède des enregistrements très convoités d’une interview d’Alex Bleach une rock-star qui s'est suicidée.
Vernon se retrouve à la rue comme un SDF. Ses anciens amis ou connaissances essaient de le localiser dans Paris tout comme La Hyène. Et elle réussit à récupérer les enregistrements. Au lieu de les rendre à son commanditaire et d'empocher le pactole, elle décide de les faire visionner à Vernon et à la petite douzaine de personnes qui gravitent autour de lui. Et ces cassettes  vont leur faire découvrir beaucoup de choses (pour connaître le contenu des enregistrements, lisez le livre). Installé  au parc des Buttes-Chaumont, Vernon décline les propositions d'hébergement des uns ou des autres. Il dort sous une tente près d'une voix ferrée désaffectée, un lieu trouvé par Laurent jeune SDF. Tous les jours, tout ce petit monde revient le voir. Pourtant, il n'a rien de "spécial".

Des les premières pages, ça commence fort, très fort : Mais les mecs sont tous devenus identiques, on dirait qu'ils prennent des cours du soir pour se ressembler le plus possible. Si on ouvrait le cerveau de Laurent en deux pour lui regarder la mécanique, on y trouverait strictement le même arsenal de conneries que dans celui du cadre sup en détresse qui fait ses abdos à côté d’eux : des petites poulettes ultra light, de la verroterie Rolex et une grosse maison sur la plage. Que des rêves de connard.
Ici, Vernon n'est  pas au centre de l'histoire même s'il est le trait d'union entre toutes ces personnes.
C'est à eux que Virginie Despentes s'intéresse. D'Aïcha âgée de vingt ans à Charles qui doit avoir presque soixante-dix ans, ils sont SDF, ouvrier, retraité, professeur, secrétaire, chômeur, serveuse ou étudiante. Et, pris à part, ils ont tous leur propre histoire, leurs désillusions, pour certains la rancune de végéter sur le plan professionnel, d'avoir du mal à joindre les deux bouts ou pour d'autres de vivre confortablement. Bref, un véritable échantillon de notre société. Mais l'auteure ne s'arrête pas là et bien heureusement. Car Virginie Despentes appelle un chat un chat et ne prend pas de gants pour radiographier la France d'aujourd'hui tout en y incluant la politique, les questions de société. Des déçus de la gauche aux défenseurs de la laïcité, elle gratte et vise juste.
Avec tous ces personnages et leurs singularités, elle tisse autour de Vernon une sorte de communauté. Non pas qu'il soit devenu sorte de gourou (même si le bruit circule que si), il mixe de temps en temps dans un bar pour ses amis.

Des personnages fouillés, décortiqués dont elle nous livres les idées et les pensées. Ca pulse, ça vibre, ça interpelle et c'est direct ! L'hypocrisie et les faux-semblants sont démasqués, on ressent la colère et cette envie qu'ils aimeraient penser que peut-être tout est encore possible au fond.
Une chronique sociale complètement en phase avec notre époque, réaliste et terriblement addictive ! Ce second tome que j'ai dévoré est encore meilleur que le premier et vivement la suite ! 

La docilité, de part et d'autres, c'est ce qu'on attend de l'Arabe – il se soumet à la barbarie des siens ou à la violence de l'État français, peu importe, pourvu qu'il renonce à sa dignité pleine. Et derrière l'Arabe, c'est le précaire qu'on vise  : ce que ses collègues de gauche réclament, au fond, c'est que le plus démuni apprenne à souffrir en silence. 
À travers sa fille, Sélim récupère son statut d'enfant d'immigré  : il est placé devant une double injonction réalisable. Il est écartelé. Il refuse d'accepter le choix d'Aïcha autant qu'il refuse de le condamner avec ceux qui n'ont pas subi ce qu'elle subit. 
Il a aimé ce pays, à la folie. Son école, ses rues propres,  son réseau ferroviaire, son orthographe impossible, ses vignobles, ses philosophes, sa littérature et ses institutions. Mais autour de lui, les Français n'habitent plus la France qui l'a enchanté. Ils souffrent.

mercredi 10 juin 2015

Caroline Deyns - Perdu, le jour où nous n'avons pas dansé

Éditeur : Philippe Rey - Date de parution : Mai 2015 - 349 pages dévorées !

D'Isadora Duncan , on connaît généralement celle qui révolutionna la danse en la débarrassant d'une technicité rigide mais en lui apportant de la spontanéité, ou encore celle dont l'existence sera brisée par le châle qu'elle portait au cou, piégé sous les roues de la voiture de son dernier amant.
Très jeune, Isadora danse et sa mère l'y encourage, elle qui élève seule ses quatre enfants. Si l'école de danse la rejette, qu'importe, elle continue. Déterminée, Isadora conquiert et étonne son public par ses tenues faites de voiles translucides, par l'harmonie du corps. Elle devient la coqueluche des salons et enfin le succès lui sourit. Tout le monde la veut et la réclame. Mais Isadora est un tourbillon et la spontanéité de sa danse se retrouve dans son comportement. Riche ou pauvre, généreuse car l'argent ne signifie rien pour elle, aimante passionnée, déraisonnable, imprévisible et insaisissable, éprise de liberté, s'enflammant pour des idéaux, son corps réclame la danse et la danse est son corps. La mort de ses enfants la plongera dans l'abîme de l'alcool. Blessée à tout jamais, elle cherche à faire taire sa douleur. Adulée ou délaissée, la danse sera toujours son moteur.

De l'Amérique à la Grèce en passant par la France, la Russie, on suit cette femme hors du commun pour qui le destin le sera également. On est pris dans la frénésie de l'histoire la danseuse et de la femme. A travers l'écriture de Caroline Deyns, la danse d'Isadora apparaît sous nos yeux et nous entraîne avec elle tout comme sa vie.
Un hymne à cette femme qui a toujours rejeté les convenances, la bienséance et ne s'est jamais soucié des qu'en-dira-t-on . Cette personnalité ne pouvait forcément que me séduire. L'écriture de Caroline Deyns, poétique mais aussi joueuse, colle parfaitement à ce roman que j'ai dévoré ! Et on ressent toute  l'empathie de l'auteure pour celle qui s'est inscrite dans l'Histoire.

Quand on lui demande quels sont ses maîtres à  danser, elle répond Whitman, le Rousseau de l'Emile. Et Nietzsche  : "Et que l'on estime perdue toute journée où l'on n'a pas au moins une fois dansé". Cette phrase lui plaît tant qu'elle en remplit les pages d'un cahier.

Le billet de Gwen

Lu de cette auteure : Tour de plume

lundi 8 juin 2015

Cynthia Bond - Ruby

Éditeur : Bourgois - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurence Kiéfé - Date de parution : Mai 2015 - 410 pages et un avis mitigé

Liberty petit ville du Texas a vu grandir Ruby. A peinée née, sa mère a déserté pour New-York, voulant quitter cette vie, son enfant lui appelait son viol et l'histoire familiale dramatique. A croire que le malheur est héréditaire, Ruby à six ans est confiée à une dame qui la prostitue. Une enfance brisée et à dix-huit, en 1950, elle part à New-York retrouver sa mère . Sa beauté attise les hommes et elle en fait son commerce.  Mais un télégramme de sa cousine lui demande de revenir en urgence à Liberty.

Ruby âgée de trente ans croyait que beaucoup de choses auraient changé en remettant les pieds à Liberty. La violence et les abus l'ont marquée, tourments qui prennent la forme de fantômes qui la hantent. La femme revenue de New-York sombre peu à peu dans une sorte de sauvagerie proche de la démence. Les hommes de Liberty abusent d'elle à leurs tours. Ephram Jennings ne l'a jamais oubliée. Fils d'un prédicateur lynché et d'une mère internée, élevé par sa sœur bigote, à quarante-trois il continue d'habiter chez elle et de lui obéir. Cet homme bon et candide qui aime en secret Ruby est persuadé de pouvoir lui offrir une vie décente et de la protéger. Mais les croyances profondément ancrées dans cette petite ville sont des barrages.
Si l'auteure nous détaille les histoires de la famille de Ruby et de celle d'Ephram, elle nous révèle l'inacceptable, l'impensable (et ça fait mal, très mal), j'ai trouvé que ce roman prenait du temps à démarrer, à trouver son rythme. Les (longues) pages consacrées au Dybou ( le Diable ou le mal ) et à ses actions comme s'il était personnifié m'ont laissée perplexe. Certaines pages soulèvent le coeur, donnent envie de crier mais on sait que le sceau du malheur ne peut pas se briser.

Ce premier roman aurait gagné en puissance en étant plus structuré car avec une écriture viscérale, Cynthia Bond nous fait valdinguer entre les rites mystiques, le racisme, la rédemption que peut apporter l'amour, la violence, l'amour et la religion.
A découvrir malgré mes bémols! 

Ruby Bell représentait un rappel constant de ce qui risquait d'arriver à toute femme chaussée de talons top hauts. La population de Liberty Township brodait autour d'elle des histoires édifiantes sur le prix du péché et des voyages.Ils la traitaient de folle perdue. De braillarde déchaînée, à moitié nue. Finalement, rien de surprenant pour quelqu'un qui revenait de New-York, estimait la ville.

samedi 6 juin 2015

Alysia Abbott - Fairyland

Éditeur : Editeur Globe - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard - 380 pages et un livre hérisson !

Alysia Abbott perd sa mère dans un accident de voiture à l'âge de deux ans. A partir de ce jour, son père Steve Abbot décide qu'ils vont s'installer à San Francisco et qu'il va assumer pleinement son homosexualité. Sauf que nous sommes dans les années 70.

Alysia s'est plongée dans les journaux intimes de son père. Ainsi, chaque évènement est relaté par deux voix celle d'Alysia à partir de ses propres souvenirs, et celle de son père. Poète et défendant ardemment les droits des homosexuels, Steve Abbott était membre de la communauté hippie de San Francisco. Son père amenait Alysia partout avec elle dans les réunions, dans les groupes de poètes. Si enfant, elle ne trouvait pas "étrange" de trouver des petit amis dans le lit de son père, l'adolescence fut marquée par la difficulté à trouver sa place. Elle ne connait personne dont le père est gay, elle et lui ne s'inscrivent pas dans la modèle de famille conforme. Et il s'agit d'une époque où des personnalités mènent des campagnes actives dans tout le pays contre les homosexuels. Ils sont agressées et le sida commence à faire ses premières victimes. Même si  en 1985,  on disait clairement que personne n'était à l'abri du sida, la colère et les actes contre les homosexuels  étaient violentes ( ils étaient la cause de la maladie). Son père peine à joindre les deux bouts financièrement, accumule les petits jobs.
Un père qui élève sa fille en lui laissant la liberté ( même si à cinq ans Alysia n'était pas capable de se garder toute seule) et en lui inculquant des valeurs de respect envers les autres.  Un chemin ponctué pour Steve par ses amours brisés, par la drogue mais toujours par des preuves d'amour envers sa fille (comme quand il a envisage de dépasser son homosexualité pour sa fille) et puis le sida. Pour Alysia, il était difficile d'assumer leur vie bohème, l'homosexualité de son père " je n'étais certes pas "gay", cependant, je savais que "gay" s'appliquait à moi à cause de papa. Et, durant mes deux premières années à l'école franco-américaine, entre les dictées en français, le leçons de maths, les visites à Kewanee et les heures passées devant la télé, j'avais appris que l'homosexualité était : a/ "dégoûtante", et b/ que je n'y pouvais rien. Or ce côté dégoûtant n'était pas lié à vos actes : c'était quelque chose qui pouvait vous arriver - ou alors vous étiez né avec.".
Quand son père est devenu trop affaibli par la maladie, Alysia abandonne ses études pour s’occuper de lui. Il mourra en 1992, elle avait vingt ans.

Il s'agit d'un témoignage rare par sa beauté, sa force d'une père et une fille qui entretenaient une relation fusionnelle. On a le sentiment d'un livre écrit à quatre mains (c'est une des forces de ce récit), et celui de découvrir les années 70 et 80 à San Francisco.
Tout y est écrit les frustrations comme les joies, il n' y aucun tabou. Un livre devenu hérisson qui m'a plus qu'émue ! 

Espérons que lorsqu’elle sera adulte, nous vivrons dans une société où les dichotomies homo-hétéro et homme-femme ne seront pas si importantes. 1975, Steve Abbott

Merci à Arnaud pour ce conseil de lecture !

vendredi 5 juin 2015

Willa Marsh - Double secret

Éditeur : Autrement - Traduit de l'anglais par Aline Weill - Date de parution : Avril 2015 - 360 pages et un roman confortable ! 

Comme dans Une famille délicieuse (que je recommande au passage), Willa Marsh nous immerge dans la vie de personnages liés par le sang ou par les aléas de la vie. Ainsi, Matt est un jeune écrivain londonien dont le premier roman a été un best-seller mais depuis l'inspiration a fui. Lui et sa sœur Imogen ont été pour ainsi dire élevés par Lottie. Il retourne à Exmoor une petite ville du Pays de Galles là où il a grandi et où sa mère lui a laissé un coffre rempli de souvenirs et de photos.

Une galerie de personnages hauts en couleur et terriblement attachants,  des non-dits pour protéger les plus jeunes avec cette pudeur si belle, un secret qui n'est pas le plus important car ce qui l'emporte c'est l'ambiance de ce roman. Et l'on s'y sent bien ! Des relations entre tous ses personnages très bien décrites, les habitudes de chacun ponctuées par les souvenirs (et les question sur le futur) et l'empathie envers les autres. Car tous se soucient les uns des autres mais ne le montrent pas forcément. Et comme la traductrice , "je me suis laissée emporter par l'histoire et la petite musique de son auteur si british". Un bon roman confortable à savourer ! 

- Ca doit être une histoire de sexe ou d'argent, dit-elle enfin. 
- A t'entendre, on se croirait dans un roman de Jane Austen ! 
- Excuse-moi, mais ce sont les deux raisons habituelles des problèmes de couple. Excuse-moi, répéta-t-elle en voyant sa tête. J'ai manqué de tact. Pardon, Milo.

Le billet de Cuné

Lu de cette auteure : Une famille délicieuse - Meurtres entre sœurs

mercredi 3 juin 2015

Antonio Moresco - La petite lumière

Éditeur : Verdier- Traduit de l'italien par Laurent Lombard - Date de parution : Septembre 2014 - 124 belles pages qui sortent des sentiers battus !

 "Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant". Il s'agit de la première phrase de ce roman, un phrase qui tout de suite m'a intriguée. Le narrateur a fait le choix de se retirer dans un endroit isolé de montagne pour y vivre seul. Pourquoi? la question restera sans réponse comme d'autres car on ignore tout de son son passé ou qui il est. Dans cet endroit, la nature presque inquiétante a repris ses droits sur les anciennes maisons ou les potagers autrefois entretenus. L'isolement, la simplicité de son mode de vie l'amènent à des interrogations ou réflexions : "Pourquoi il y a tout ce sous-bois mauvais ?, je me demande. Qui essaie d’envelopper et d’effacer et d’étouffer les arbres plus grands. Pourquoi toute cette férocité misérable et désespérée qui défigure toute chose ? Pourquoi tout ce grouillement de corps qui tentent d’épuiser les autres corps en aspirant leur sève de leurs mille et mille racines déchaînées et de leurs petites ventouses forcenées pour détourner vers eux la puissance chimique, pour créer de nouveaux fronts végétaux capables de tout anéantir, de tout massacrer ? Où je peux bien aller pour ne plus voir ce carnage, cette irréparable et aveugle torsion qu’on a appelée vie ?». Toutes les nuits, il voit une petite lumière toujours à la même heure s'allumer plus haut dans la montagne. Et forcément, il veut en savoir plus. Il s'agit d'un enfant seul qui par peur de la nuit l'allume.

Ce livre est complètement à part, il s'agit d'une lecture surprenante tant par la beauté de l'écriture que par l'histoire. Et il faut savoir prendre son temps et s'en imprégner. Ce livre trace son sillon durant et après sa lecture.
J'ai aimé sa beauté singulière, son aspect fascinant, troublant et les graines qu'il sème. Et ce qui est fabuleux, c'est  qu'on peut lire ce livre à différents niveaux ( ce que je veux dire c'est que chaque lecteur pourra le percevoir différemment ou sous un autre angle). Mais nul doute que chacun en sortira avec ce ressenti que l'auteur a su nous toucher dans une réflexion intime et nous laisse enveloppé d'un sentiment profond de sérénité.  Il suffit de se laisser prendre par la main...

Un énorme merci à Julien (Dialogues) pour ce conseil.

Les billes d'AifelleAlex, CélestineDominique,  Nicole

lundi 1 juin 2015

Miniaturiste et D'un mauvais œil





1686. Agée de dix-huit ans, Nella Oortman rejoint Amsterdam et l'homme qui est désormais son mari. Elle vient de l'épouser et le connaît à peine. Johannes Brandt commerçant fortuné et respecté ne cherche à pas à passer du temps avec elle. Il l'ignore et se montre distant. Il lui offre en guise cadeau de mariage une maison de poupée à l'image de leur maison.   Nella commande des objets pour sa maison et en reçoit d'autres ( non demandés) qui sont les représentations miniatures des personnes.
On lit facilement ce roman car l'écriture est très visuelle et simple.  Et j'aurais aimé adhérer à ce roman mais je ne me suis pas attachée à Nella. Pourtant on ne peut qu'éprouver de l'empathie pour elle sauf que j'ai eu l'impression que l'auteure voulait m'imposer des ressentis. Et pourtant ce roman a des atouts comme les descriptions d'Amsterdam, de sa société et de ses contradictions. Mais les trop nombreux rebondissements m'ont définitivement écartée de l'histoire à laquelle je trouvais du charme même si l'ensemble est très (ou trop?) bien huilé.
Je l'ai lu sans ressentir la moindre émotion, hélas.
Les billets tous enthousiastes d'Alex, Dasola, Dominique



D'un mauvais œil de Jessica Treadway



La vie de la famille Schutt a basculé il y a trois ans. En pleine nuit, Hannah et son mari Joe ont été  attaqué. Si Joe est mort, Hannah porte les séquelles physiques et psychologiques de cette agression. Rup, le petit ami de Dawn, sa fille cadette  a été inculpé mais il décide de faire appel. Et justement Dawn revient vivre chez sa mère. Or Hannah ne se souvient plus ce qui s'est déroulé cette nuit là.
On sait par avance que Dawn n'est pas innocente. Hannah refuse de penser que sa fille soit impliquée d'une façon ou d'une autre (ce qui est tout à fait compréhensible). Avec une construction classique et bien que basé sur les relations mère-fille, ce thriller n'est ni prenant, ni haletant ou surprenant. Dommage.
Le billet de Keisha
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