mardi 30 avril 2013

Julian Barnes - Une fille, qui danse


Éditeur : Mercure de France - Traduit de l'anglais  par Jean-Pierre Aoustin - Date de parution : Janvier 2013 - 193 pages et un livre hérissé de marque-pages ! 

Avertissement : on évite de lire la quatrième de couverture bien trop prolixe ! 

Angleterre, fin des années 60. Au lycée, ils étaient quatre brillants jeunes hommes enclins aux conversations réfléchies où ils aimaient glisser un mot de philosophie. Une sorte de code entre eux. Un peu arrogants certes, croyant que le monde leur appartenait et qu'il l'avait déjà compris. Adrian avait l’esprit vif et était le plus intelligent des quatre mais aussi le plus calme. La fac les a disséminés dans divers coins du pays mettant leur amitié à distance. On a beau se promettre de rester les meilleurs amis à dix-neuf ans, ces promesses se réalisent le temps de se voir un week-end de temps en temps. C’était le temps où Tony a connu Véronica. Son premier flirt qui l’avait quitté pour Adrian.
Tony a maintenant plus de soixante ans, divorcé, il mène une existence qui lui convient. Il reçoit un courrier d’un notaire car  il est dans le testament de la mère de Véronica. Il avait rencontré une fois ses parents et n’a pas revu son ancienne petite amie depuis la fac ayant coupé les ponts avec Adrian.
Pourquoi la mère de Véronica a-t’elle pensé à lui quarante plus tard en lui léguant une petite somme d’argent mais surtout les carnets d’Adrian qui sont en possession de Véronica ?

Avec Tony, nous revisitons ses souvenirs mais surtout les questions surgissent car il est décidé coûte que coûte à récupérer les carnets. Non pas seulement des questions sur le passé, mais  également sur l’existence et le temps qui passe. L'histoire et l'Histoire sont sondées, et à travers Tony le puzzle de plusieurs vies prend forme.
Julian Barnes introduit ici une enquête qui va briser en éclats nombre de convictions établies en vérité. Les réflexion sur le temps, sur la vie sont aussi tranchantes que précises. Les erreurs, les remises en question, les doutes et la culpabilité jalonnent ce récit  où la tension va en crescendo. La mémoire peut être un ennemi bien conciliant, trompeuse oubliant certains faits à notre décharge pour notre amour propre ou notre orgueil. Les certitudes sont  abandonnées laissant place au désœuvrement et à la douleur.
Le lecteur se retrouve sur le flanc hanté par la vision de cet homme brisé pour le restant de ses jours. Dans une écriture classique et concise où rien n'est laissé au hasard ( j'ai relu des passages pour leur sens ou pour les questions qu'ils soulèvent), l'auteur voltige avec l'ironie et nous renvoie face à un miroir.

Brillant et  absolument marquant ! 

Et ça fait une vie, non? Quelques accomplissements et quelques déceptions. Elle a été intéressante pour moi, mais je ne serai pas contrarié ni étonné si d'autres la trouvaient moins intéressante.(...) L'Histoire, ce ne sont pas les mensonges des vainqueurs, comme je l'ai trop facilement affirmé au vieux Joe Hunt autrefois ; je le sais maintenant. Ce sont plutôt les souvenirs des survivants, dont la plupart ne sont pas victorieux, ni vaincus.

Les billets de Krol, Laure, Nadael, Saxaoul


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