lundi 1 février 2016

Evains Wêche - Les brasseurs de la ville

Editeur : Philippe Rey - Date de parution : Janvier 2016 - 190 pages à découvrir!

Haïti, dans un des quartiers pauvres éloignés du centre de Port-au-Prince, une famille comme tant d’autres survit au jour le jour. Le père est maître pelle sur un chantier, un travail harassant et difficile. la mère est « marchande ambulante de serviettes, parfois repasseuse. (..) La bonne à tout faire quand la rue ne donne rien ». Et cinq enfants à nourrir souvent difficilement. Leur fille adolescente Babette l’aînée fait la fierté de ses parents : belle et intelligente. Ils lui imaginent un bel avenir différent du leur. Un homme beaucoup plus âgé qu’elle la remarque. C’est un homme d’affaires riche et  marié M. Erickson qui vient souvent à Haïti. Il gâte Babette et est effrayé par l’endroit où ils habitent. Alors il leur offre de loger dans une belle maison dans un autre quartier mais en contrepartie il veut que Babette vive avec lui.

Dans ce roman où le père et la mère prennent tour à tour la parole, on assiste au tournant bien loin d’être rose que prend la vie de l’adolescente. Elle est « la chose » de M. Erickson, une de ses maitresses entretenues. Et ses parents sans vouloir se l’avouer ressentent la honte et la culpabilité d’avoir cédé à ce marchandage. Ils ne voient plus Babette et découvre avec douleur et rage qu’elle tourne dans des films pornographiques sous la houlette de M. Erickson. Je n’en dirai pas plus sur la suite.

Dans ce premier roman, Evains Wêche dresse un portrait sans complaisance d’un système gouverné par la corruption et les pots de vin mais il critique également la communauté internationale et les ONG. Mais il n'oublie pas ce courage  si caractéristique des habitants d'Haïti. Même si je n'ai pas retrouvé ici le phrasé que j'aime tant dans la littérature haïtienne, ce livre par son regard sans concession bouscule et est à découvrir ! 

Tout ici est une question de couleur. Dis-moi quelle couleur tu portes, je te dirai qui tu es. Comme moi, les SDF vont et viennent ici et là, brassant l'air de la ville. Et la couleur, c'est une question de famille. Ma mère, si ce n'est pas mon père porte, portait joyeusement une chemise trop large à grosses fleurs rouges sur une jupe longue à petites fleurs jaunes ou un pantalon vert. C'était le seul moyen de couleur et sa vie. Depuis nous sommes arc-en-ciel.(...) À Port-au-Prince, c'est chaque jour le carnaval.

Quand je descends en ville, je suis toujours impressionnée. On explique pas Port-au-Prince . On vit Port-au-Prince. Je n'ai jamais vu quelqu'un s'habituer à cette ville, elle impressionne toujours. Pour moi, Port-au-Prince est un cri de douleur. L'accouchement de la vie est un film d'horreur ou les acteurs croient que tout est normal. Comment dire Port-au-Prince? Cette ville est un piège. Cette ville est un examen. Pour avoir droit de cité, le nouveau venu doit y passer. J'habitais attends sur l'avenue Pouplard. les choses n'étaient pas si terribles, mais le bruit faisait déjà la pluie et le beau temps.
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