jeudi 18 février 2016

Jayne Anne Phillips - Tous les vivants (Le crime de Quiet Dell)

Editeur : Editions de l'Olivier - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville - Date de parution : Janvier 2016 - 533 pages et une belle découverte !

Park Ridge, Illinois, 1931. Devenue veuve depuis peu, Asta Eicher âgée de quarante-cinq ans mère et de trois enfants se retrouve dans uns situation financièrement difficile. Malgré l’aide de sa belle-mère, l’argent manque. Et quand celle-ci décède à son tour, l’avenir apparait bien sombre. Locataire d’une chambre chez les Eicher, Charles O’Boyle demande sa main à Asta mais cette dernière refuse. Il ne sait pas qu’elle correspond avec un certain Cornelius O. Person qui lui a promis monts et merveilles. Par le biais d’une simple annonce passée dans un journal, pensant à ses enfants et à leur bien-être, elle a déclenché un compte à rebours fatal et sans issue.

Entièrement inspiré d’un faits réel, Asta Eicher et ses trois enfants seront les victimes de Person. L’affaire Harry Powers (c’était son véritable nom) a déclenché aux Etats-Unis colère et effroi. En inventant une jeune journaliste Emily Thornhill déterminée mais aussi sensible, Jayne Anne Phillips brode une autre histoire romancée autour de celle du serial killer avec des personnages dotés de cette valeur du bien, de la justice, de bonté et de tolérance.
A travers l’enquête d’Emily sur les traces de Powers (et de ses interrogations sur ses motivations), sa bienveillance envers ceux qui ont disparus est frappante comme si le sort des Eicher l’avait frappée personnellement. Le sordide n’a pas sa place et jamais le lecteur ne se retrouve en position de voyeuriste.
On ne voit pas les pages défiler enrichies de photos et d’extraits de presse de l’époque mais qui donne également la parole à Annabel une des filles d’Asta qui veille sur les siens. Un récit où l’atmosphère et l’ambiance sont la plupart du temps comme feutré en décalage avec les meurtres commis par Harry Powers. Le Bien comme pour amoindrir le Mal et au final un roman lumineux aussi paradoxal que cela puisse paraître car tout est très bien mené.

Il ne faut pas oublier la très belle écriture de l’auteure aux accents lyriques(à noter le très bon travail de de traduction). Une belle et étonnante découverte ! 

Un livre repéré sur la table des livres "aimés  et coups de cœur" des libraires de Dialogues. Merci Arnaud !

Les Eicher étaient comme un beau village enchanté sur lequel s'abattirent  des pluies d'étoiles néfastes. Ils n'étaient pas les seuls à connaître ces épreuves, bien sûr, mais ils gardaient la tête haute avec noblesse et patience, élevant la comédie du bonheur au rang de grand art, une vraie leçon de morale et de courage.

- Chez eux ? s'étonna Emily.Mais les victimes dans toute ça?
Il la regarda droit dans les yeux, comme pour reconnaître qu'elle avait marqué un point. "La catastrophe ne vient pas de chez eux, pas de chez nous, il n'y a donc pas cette part de deuil, de responsabilité ou de honte qui en ferait davantage qu'un spectacle inouï. Ce n'est pas que dans les petites bourgades ou dans les campagnes on manque de compassion. La journaliste de la grande ville que vous êtes doit trouver cela évident."
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