samedi 3 avril 2010

Petit jeu d'écriture : Pas le droit



Un texte à partir d'une photo, un petit jeu d'écriture pioché sur le blog de Madame Kevin

Je ne me lassais pas de la contempler, de l’admirer. Surtout ses jambes. Interminables, fines et musclées. Je rêvais de les caresser, de poser mes mains sur ses chevilles puis lentement de découvrir, de caresser chaque centimètre carré de sa peau lumineuse. Humer le parfum qu’elle dégage et m’en enivrer.
Tous les vendredis soirs, depuis quatre mois, j’attendais sa venue. Perchée sur ses hauts talons, elle se dépêchait trainant sa valise pour ne pas rater son train de 19h25. Elle arrivait toujours par la porte B et d’où j’étais, je ne pouvais que l’observer de dos. Je ne connaissais pas son visage. Je ne l’avais jamais vu. Les hommes se retournaient sur son passage tandis que leurs conjointes affichaient leur jalousie. Ca me suffisait pour imaginer son visage. Des yeux verts, des trais exquis, une bouche dont les lèvres invitent au baiser et quelques tâches de rousseur disséminées en haut de ses pommettes.

Je ne pensais qu’à elle. Tout le temps.

Et puis, il y a ce vendredi là.

Je regardais l’horloge, il était 19h12. Elle aurait dû déjà arriver. Mes mains commençaient à trembler, mon cœur battait comme un fou prêt à sortir de ma poitrine. 19h17, elle n’était pas là. Inquiet, je la cherchais du regard. Enfin, j’ai vu sa silhouette parmi le flot des voyageurs.
Ces quelques minutes sont pour moi. Rien qu’à moi. Personne ne peut me les prendre. Je rêve qu’elle se retourne et qu’elle vienne vers moi.

-Le Figaro !...
Qu’est ce qu’elle est belle, encore plus belle que vendredi dernier.

-Hum… écoutez, j’ai un train à prendre ! Je vous achète Le Figaro !

Dans quelques mètres, elle va disparaître. Je ne la verrais plus.
-Bon, ça commence à bien faire !

Devant moi, campait le visage hargneux d’un homme suant à grosses gouttes. Son haleine empestait la cigarette et le café….

Je l’ai poussé mais il s’est énervé et m’a insulté, traité de minable. Trop tard, elle était montée dans le wagon. La suite, je ne m’en souviens plus trop. Tout s’est passé vite. Trop vite. Le gars a donne un coup de pied dans mes journaux et j’ai vu rouge. Non pas parce qu’il s’en prenait à mon stand mais parce qu’il m’avait volé ces instants.

C’est ce que j’ai dit aux policiers. Non, il n’avait pas le droit… Le médecin a dit que j’étais malade. Il parait que j’ai tabassé cet homme jusqu’ à ce qu’il s’écroule. Il est dans le coma maintenant. Je m’en fiche, il n’avait pas le droit.

Quand ils me laisseront sortir de cet hôpital, j’irais la retrouver sur le quai pour le train de 19h25.
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