vendredi 8 juin 2012

Jeanette Winterson - Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?


Éditeur : L'Olivier - Date de parution : Mai 2012 - 267 pages touchantes et empreintes de belles réflexions!


Si Jeanette Winterson avait déjà parlé de son enfance et de ses parents adoptifs les Wintenson dans les oranges ne sont pas les seuls fruits (lu avant ce blog), dans ce roman autobiographique elle revient bien entendu sur cette enfance mais aussi sur sa vie.

Le moins que l’on puisse dire est que Jeanette Winterson n’a pas eu une enfance heureuse. Sa mère adoptive était une femme dotée d’une forte personnalité, méchante, épiscopalienne et obsédée par Dieu. Pas d’amour, des interdits et très vite, Jeanette s’est réfugiée à la bibliothèque de sa ville d’Accrington, une ville ouvrière du  nord de l’Angleterre. Des parents de condition modeste comme beaucoup de personnes dans ces années 1970, un père effacé devant son imposante épouse qui fuyait le lit conjugal. Sa première relation homosexuelle lui a valu des châtiments dignes du Moyen-âge. L’auteure revient sur son accès à la liberté par l’écriture et par les femmes , sur sa dépression, sur sa quête de ses parents naturel et ses difficultés à construire un foyer. Avec beaucoup de recul, elle  dit que cette enfance l’a façonnée. Qui serait-il aujourd’hui sans Madame Winterson? 
Une autobiographie où la colère légitime a laissé place à des réflexions superbes sur le rapport à l’écriture, la lecture et le féminisme. 

Sans pathos mais  surtout  avec beaucoup d’intelligence et une lucidité marquante, il s’agit d’un livre très fort qui touche le cœur et l’esprit!  J’ai eu du mal à choisir un extrait tant ce livre est riche par la réflexion, le travail sur soi !

La vérité est une chose très complexe pour tout un chacun. Pour un écrivain, ce que l'on retranche en dit autant ce que l'on intègre.Que retrouve-t-on par-delà des marges du texte? La photographe cadre son sujet ; les écrivains cadrent leur univers. Mrs Winterson m' a reproché ce que j'avais intégré alors que j'avais plutôt l'impression que le jumeau muet de l'histoire était ce que j'avais retranché. Nous taisons tant de ces choses trop douloureuses. Nous faisons le vœu que ce que nous pouvons raconter apaisera le reste, l'atténuera d'une façon ou d'une autre. Les histoire sont là pour compenser face à un monde déloyal, injuste, incompréhensible, hors de contrôle. Raconter une histoire permet d'exercer un contrôle tout en laissant de l'espace, une ouverture. C'est une version mais qui n'est jamais définitive.On se prend à espérer que les silences seront entendus par quelqu'un d'autre, pour que l'histoire perdure, soit de nouveau racontée. En écrivant, on offre le silence autant que l'histoire. Les mots sont la part du silence qui peut être exprimée.

Les billets de Cathulu, Céleste


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