lundi 17 juin 2013

Stewart O'Nan - Les joueurs

Éditeur : Editions de L'Olivier - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard - Date de parution : Mai 2013 - 221 pages dévorées !

Avant de divorcer et que la clé soit mise sous la porte, Marion et Art un couple d’une cinquantaine d’années passent un week-end aux chutes de Niagara. Cet endroit où ils avaient passé leur voyage de noces. Une idée d’Art qui pense qu’il reste encore une chance à leur couple. Marion n’a plus d’illusions. Aucune. Elle n’a pas digéré l’infidélité d’Art même si elle aussi a failli. Des enfants devenus indépendants, la crise et le chômage qui les a conduit à la banqueroute financière, la maison qui va être vendue d’ici peu. Ils ne leurs restent plus rien.

Deux jours à passer ensemble dans un hôtel qui possède un casino. Là où on joue :  on gagne ou on perd. Marion est sur les nerfs, elle supporte à peine la présence d’Art mais essaie de jouer de se montrer un minimum sympathique, d'acquiescer aux sorties prévues par Art qui l’agacent. Art est venu avec toutes leurs économies pour jouer au casino. La tête remplie de l’espoir de gagner et que tout redevienne comme avant. Deux journées où les tensions, les désillusions sont décrites un sens aiguë du détail.
Stewart O’Nan décrypte un geste trop rapide ou trop brusque, le ton d’une réponse, des échanges verbaux routiniers. Art s’accroche à l’idée que leur couple a un avenir. Maladroitement il essaie de reconquérir Marion qui se tient sur ses gardes. Face à eux-mêmes, à leurs erreurs, à leurs regrets, la vérité est toujours plus cruelle.

Des étincelles de complicité apparaissent furtivement car ces petits moments qu’un couple a partagé, construit durant des années sont toujours bien présents. Ce lien même fragile existe bel et bien, aucun des deux ne peut l’ignorer.
Si Stewart O’Nan nous dépeint sans concession le rêve américain anéanti, ce roman  est contrebalancé entre ombre et lumière, désillusions et espoir car rien n’est gagné ou perdu d’avance. Tout simplement bien, très bien ! 

Ils trinquèrent, le whisky –comme le Coca-, doux et à l’effet immédiat, lui fit réaliser combien il était étrange, après avoir tout budgété au plu serré, après avoir découpé les bons de réduction dans le journal du dimanche, de jeter l’argent par les fenêtres comme si c’était un jeu. Et pourtant, au lieu d’être terrifiante, leur insouciance était terriblement euphorisante, comme les disputes qu’ils avaient eues au sujet de Wendy Daigle, brute, toute prétention de vie normale abolie, le passé factice disparu, le futur totalement incertain. Elle vit comment les gens pouvaient devenir accro à ce sentiment, dilapidant leurs économies en quête de l’ivresse non pas de l’argent mais de pure éventualité.

Le billet de Cuné qui elle aussi à succombé au billet tentateur de Jérôme.

Lu (et aimé) du même auteur : Emily.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...