dimanche 6 février 2011

James A. Levine - Le cahier bleu

Éditeur : Pocket - Date de parution : 06/01/2011 - 247 pages

Batuk a 9 ans quand sa vie d’enfant se termine. Elle est vendue par son père pour éponger une dette. Elle est belle et  elle se retrouve dans un bordel d’enfants à Bombay. Batuk sait écrire et pose les mots dans un cahier.
Les chiffres, les statistiques nous tiennent d’une certaine façon à distance de l’horreur, de l’infamie. Ils existent bel et bien, mais n’ont pas le pouvoir des mots. Quand on nous parle de la prostitution infantile en Inde, des chiffres sont mis en avant. Ils nous interpellent car derrière eux il y a des vies, des enfants. Mais les mots ont un autre pouvoir. Ils nous sautent à la figure, nous prennent à la gorge, nous saisissent. Il m’a fallu plusieurs jours pour lire ce livre. Je m’arrêtais juste après quelques phrases, nauséeuse et dégoûtée. Je reprenais le lendemain ma lecture en me demandant si j'allais pouvoir la terminer.
Batuk écrit ce qu’on lui a volé, ce qu’on lui a fait subir et ce n’est pas une lecture facile. A 9  neuf ans, sa virginité a été offerte au plus offrant. Devenue une marchandise dans un bordel de Bombay, elle raconte avec ses mots son quotidien, son amitié avec Puneet seul garçon du bordel. Elle garde encore en elle l’étincelle, l’imaginaire qui permet de s’inventer des histoires. Pour échapper à la réalité,  les Princesses, sa vie « d’avant » sont salvateurs. Jusqu’à un certain point. Après 6 années passées dans le bordel, Batuk est louée au fils d’un riche. Elle quitte les quartiers glauques pour se retrouver prisonnière dans un hôtel de luxe. Le jeune homme n’a rien d’un prince charmant et n’est pas là pour la sauver comme dans les contes. Batuk devient son esclave sexuel. Derrière ces deux mots se cachent  toute la monstruosité dont sont capables les Hommes.  Batuk écrit toujours mais ses mots sont glauques comme sa vie. On sombre comme elle dans l’horreur, dans l’invivable. On sait ce qui va arriver et on est là impuissant à assister à l’ignominie.
Alors, oui, j’ai eu du mal à lire ce témoignage, la vie de Batuk. Peut-on parler de vie ?  Je ne crois pas. Il s’agit d’un livre terrifiant qui nous renvoie au pire. Je laisse chacun juge de savoir s’il se sent capable de le lire ou non.
Merci à BOB pour ce partenariat.

17 commentaires:

Sandrine(SD49) a dit…

il attend sur ma table de chevet pour le partenariat, alors j'ai lu ton avis en diagonale, je reviendrai ....

Irrégulière a dit…

Je ne crois pas en être capable, non...

Isa a dit…

Voilà un livre que j'ai failli lâcher plusieurs fois. Un récit terrifiant mais nécessaire alors je suis allée au bout avec une boule dans la gorge.

Aifelle a dit…

J'ai renoncé à le demander à B.O.B. pour les raisons que tu évoques. Question récurrente. Que fait-on après, sachant que c'est le quotidien de trop d'enfants ?

Yv a dit…

Un récit que j'ai beaucoup aimé. La poésie et le détachement de la petite héroïne sont admirables. C'est un livre formidable, sûrement plus qu'un témoignage. Dur, certes, et heureusement, car comment parler de cette horreur autrement que durement ?

Anna a dit…

Je passe. J'ai déjà lu il y a quelques années des témoignages d'enfants prostitués en Asie. Le sujet est trop dur.

freude a dit…

En effet cela semble bien dur...

Gwenaelle a dit…

J'ai essayé et j'ai abandonné...

gambadou a dit…

Comme Yv, j'ai été très touchée par ce récit qui reste en mémoire. Bien sûr c'est très dur, mais il y a aussi beaucoup de poésie et d'amour dans ce livre

Choco a dit…

Je l'ai lu il y a peu mais je n'ai pas encore écrit mon billet. Je dois dire que j'ai plutôt été déçue par ce roman qui pour moi se rapproche plus du témoignage racoleur qu'autre chose... Que de descriptions inutiles et sordides qui n'apportent rien au texte déjà bien surchargé...

Stephie a dit…

Je l'ai lu à sa sortie et il m'avait vraiment bouleversée. Certaines scènes sont à la limite de l'insoutenable. L'horreur est le quotidien de bien trop d'enfants dans le monde.

lasardine a dit…

rien à rajouter à ce qu'écrit Stephie...

Véro1001 a dit…

J'ai déjà entendu parler de ce roman mais je crois que je ne suis pas capable de le lire.

Clara a dit…

@ Sandrine (SD49) : oui..

@ Irrégulière : il faut s'accrocher !

@ Isa: j'ai failli arrêter à plusieurs reprises. Un sentiment de mal-être profond...

@ Aifelle : bonne question...
Se dire qu'on a de la chance et se donner bonne conscience ?Essayer de faire bouger les choses via des associations ? je ne sais pas...

@ Yv : une lecture très, très éprouvante... mais comment parler autrement de ces atrocités ? en
effet.

@ Anna : je comprends !

@ Freude : dur, révoltant... pour cette réalité.

@ Gwen : je me suis demandée si j'allais pouvoir le terminer et comment je serai après...

@ Gambadou : oui, la poésie et l'amour permettent d'alléger un peu le récit.

@ Choco : pour moi rien de racoleur mais les choses telles qu'elles sont. Aussi sordides soient elles...

@ Stephie : après la lecture de certaines scènes, j'étais horrifiée...

@ Lasardine : Stephie a décrit exactement ce que j'ai ressenti.

Wilhelmina a dit…

Une lecture qui m'a marquée à tout jamais en tout cas... mais je ne regrette de l'avoir faite.

Pascale a dit…

lu aussi à sa sortie, c'est un réel témoignage, mais le pire dans toute cette histoire, c'est que le tourisme sexuel continue de plus belle et que des occidentaux en profitent pleinement à moindre prix, c'est honteux, ce sexe qui tue des vies, qui maltraite des enfants et des adultes, qui engendrent des crimes. Cela m'a toujours mis hors de moi. Il suffit de constater dernièrement chez nous, le drame de cette jeune fille assassinée par ce pervers sexuel, on relâche un dément en toute conscience de fait.
Dans le cahier bleu, ce genre de marchandise, car il faut bien appeler un chat un chat, semblerait normal et tout à fait installé dans les moeurs, si les parents vendent leurs enfants sachant tout à fait, ce dont il en adviendra, le monde devient complètement dépravé. ne devrait on pas traiter le mal à la racine, en aidant ces pauvres gens à vivre décemment sans devoir vendre leur progéniture ? J'avais ressenti une colère sans nom en lisant ce livre et en me replongeant dans ton billet, je ressens doublement ma colère remonter... ça me répugne ces foutus mecs qui ne sachent qu'assouvir leurs plaisirs sans aucun scrupule à faire souffrir des enfants, c'est sans nom, sans adjectif tellement c'est horrible.

Clara a dit…

@ Wilhemina : une lecture tès marquante ! Et merci de ta visite.

@ Pascale : on ne peut être que révolté après cette lecture !

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