vendredi 10 février 2012

Bella Pollen - L'été de l'ours


Éditeur : Belfond -Date de parution : Janvier 2012 - 405 pages et un beau roman!

Letty vient de perdre son mari. Nicky Fleming diplomate anglais est mort en sautant du  toit  de l’Ambassade à Bonn où ils vivaient. Letty quitte l’Allemagne avec ses trois enfants et rejoint sa terre natale une petite  île au nord de l’Ecosse. 

Nous sommes dans les années 1980, l’espionnage et  la surveillance  faisaient partie des missions de Nicky. Letty part pour fuir les rumeurs auxquelles elle ne veut pas croire. Son mari était loyal et non pas un traître,   elle nie également  la thèse du suicide. Rongée par la mort de son mari, Letty agit en automate, en mode de survie. Pour elle-même et pour protéger ses enfants. Georgie l’ainée, dix-sept ans, s’efforce de comprendre  l’attitude de sa mère contrairement à Alba. Agée de quatorze ans, Alba est un véritable volcan, révoltée en permanence contre tout et tout le monde. Et il y a Jamie. Un garçon de onze ans, émotif, attendant le retour de son père.  Avec innocence, il essaie de refouler le réel dont il devine peu à peu l’étendue et se réfugie dans l’imaginaire.  Letty cherche et creuse pour avoir des réponses à se nombreuses questions et les enfants doivent s’habituer à cette vie rudimentaire.  La petite île est le lieu d’un évènement inattendu : un ours s’est échappé et  se terre quelque part.  Jamie veut le retrouver et s'accroche à l'idée que l'ours  a un rapport avec son père. Les membres de cette famille disloquée terriblement humains craquent ou continuent de faire semblant pendant un certains temps. Le temps nécessaire pour se vider, extérioriser  la peine,  recoller les morceaux pour finalement comprendre pourquoi Nicky est mort.

L’écriture fine et sensible rend au plus juste la tendresse, les émotions et cette part de magie poétique. La construction du roman donne tour à tour la parole à chacun des  personnages et on colle au plus près de ce qu'ils ressentent. Pas de guimauve ou de larmoyant mais des doutes, de la colère, de la frustration, du désœuvrement et de l'espoir...  
Avec en arrière-plan le contexte politique de l'époque, Bella  Pollen nous plonge dans une famille qui tente de se reconstruire, dans  les embruns où le vent vous mord les joues et vous fait pleurer quand ce ne sont pas les émotions. Une histoire belle et émouvante pour un roman vraiment réussi sur toute la ligne !

Discrètement, elle les regarda par la fenêtre alors qu'ils s'entassaient dans la remorque. Alba et Jamie perchés aux coins opposés, Georgie, son livre attachée à elle comme un membre supplémentaire, laissant pendre ses jambes à l'arrière. Dès qu'ils furent hors de vue, elle poussa un soupir de soulagement et pressa un doigt sur le lecteur de cassettes. Verdi. Puccini. Wagner.N'importe quoi ferait l'affaire.L'opéra isolait son cœur du froid de ses autres émotions. "Les hommes trahissent par cupidité, vengeance, dégout d'eux-mêmes, désir...". Alick avait emmené les enfants, la laissant avec un autre après-midi rempli d'heures vides durant lesquelles elle s'efforcerait de comprendre laquelle de ces pulsions avait tué son mari.

Les billets de Boulimie livresqueCathulu, Keisha 


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