dimanche 5 février 2012

Franck Magloire - Ouvrière


Éditeur : Points - Date de parution : janvier 2012 - 184 pages poignantes !


1972, Nicole cherche du travail pour offrir une vie décente à ses enfants. Elle se présente à l’usine et est  embauchée en tant qu’ouvrière. Ces trente années données à l’usine Moulinex jusqu’à sa fermeture, elle les raconte et son fils écrivain les écrit.

Dans ce livre, il s’agit de la voix de Nicole qui s’élève et quelquefois celle de son fils intervient. Dans les deux premières pages, il  y a cette timidité mêlée à de la pudeur. La peur de ne pas savoir dire et puis, elle se lance et raconte. Comment un matin de l’année 1972, elle a été à l’usine, a décliné son identité et a été embauchée. Un deuxième salaire pour offrir une vie meilleure à sa famille. A Caen, Moulinex fournit de l’emploi à ceux qui comme Nicole n’ont pas fait d’études. Etre ouvrière, c’est pointer à l’heure,  tenir une cadence de tant de pièces à l’heure, laisser sa vie au vestiaire et terminer sa journée fourbue.  Avec des mots simples et justes, Nicole Magloire raconte l’enthousiasme des premières années, les copines et la camaraderie à la pause, puis l’apparition de la main d’œuvre intérimaire, le changement,  le chômage technique et la fermeture de Moulinex en 2001. Portée par une écriture comme dans un souffle, il y a cette dignité du travail. Etre ouvrière n’entraine aucune reconnaissance, pire, quelquefois du mépris. Le corps usé, les articulations abimées par des gestes répétitifs se muent en cri de révolte quand l’ombre de la fermeture plane.  L’espoir que les politiques ne les abandonneront est présent. Pourtant, en 2001, le couperet tombe. Les grèves et  le combat pour conserver son emploi sont vains.  Seul demeure ce sentiment d’avoir été abandonné...

J’ai lu d’une traite ce témoignage poignant par sa sensibilité et par sa dureté. Avec une écriture juste, Franck Magloire rend hommage à sa mère et à toutes ces personnes. Ce livre n’a pas pris une ride car ces thèmes sont toujours d’actualité. 
A lire !

L'usine courbe les corps à l'envi, les soumet à de rythmes endiablés, mais tout en les pressant dans sa mécanique répétitive, elle démasque les visages, désamorce les peurs, elle n'est ni acceptation ni convenance, elle n'est pas politesse, et dans tous les cas, si elle peut parfois réduire au silence, elle ne parvient jamais à broyer les chairs complètement...
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