Éditeur : Alma Editeur - Date de parution : Août 2013 - 127 pages entres sourires et pincements au cœur !
Mon père, David Hintel, s’est tué le mardi quatre septembre
deux mille un. A l’heure du thé, il a avalé une bouteille d’insecticide. (..)
Grâce aux facturette retrouvées dans ses poches, on sait que l’insecticide avait
été acheté deux semaines plus tôt dans un supermarché du jardinage qu’il n’avait
guère l’habitude de fréquenter ( pas vraiment la main verte, mon père, capable
de faire crever un cactus). Le même jour, il s’est rendu dans un magasin de jouets.
Boîte de Playmobil, duo Prince et Princesse. A la caisse, on lui a sûrement
demandé s’il désirait un d’emballage cadeau. Puis
une stagiaire prénommée Sabrina ou Jennifer a emballé l’achat dans du papier de couleur vive, l’a ceinturé d’un
ruban et demandé si c’était pour un anniversaire (ça ne l’était pas) et a collé
un sticker Plaisir d’offrir. A la jardinerie, on ne n’a pas dû lui demander si
c’était pour un empoisonnement. On ne demande jamais rien à ceux qui achètent
de l’insecticide.
Ce sont sur ces premières lignes du journal de Joseph que s'ouvre ce roman et le ton est donné d'emblée ! A la mort de son père David, Joseph était encore
qu’un enfant. Maintenant, il s’agit d’un adolescent, petit crack de l’informatique,
un hacker « farouchement marxiste. Forcément. »,
qui s’infiltre dans les système d’information car le monde est manipulé selon
lui (forcément). Joseph vit avec sa mère
Esther dont le frère Simon sort avec des jeunes filles tout juste sorties de l’adolescence. Le tableau
de famille est complété par Jacob le grand-père que Joseph n’a jamais connu. « Jacob
avait mis du temps à réunir assez de
courage pour être lâche. Ou l’inverse. Il a fallu plusieurs tentatives,
plusieurs fausses sorties » pour qu’il abandonne femme et enfant.
A travers les journaux de Joseph, de Simon et de
Jacob, on découvre que dans la famille Hindel, les hommes ont toujours pris
la fuite, trouver un échappatoire à leur
mal-être, à leur soif de liberté. Jacob dont la culpabilité le hante maintenant qu’il
arrive à la retraite veut retrouver son fils David. Il ignore qu’il est mort il
y a plusieurs années. Simon abonné des aventures
sans lendemain songe à l'option prendre la tangente alors
que son flirt émet des hypothèses de relation sérieuse. Entouré
des copains et copines de son petite amie qui pourraient être ses enfants, Simon se défend
se penser qu’il agit mal ( forcément). Et si Simon passe son temps à jouer dans un
monde virtuel, il est bien le seul à vouloir ouvrir les yeux sur sa famille
et à briser les silences qui entourent son grand-père et à la mort de son père.
Dans une écriture débarrassée
de toute convention,
vive, alerte, inventive et où l’ironie fait mouche, Arnaud Dudek nous dévoile
une face peu glorieuse des hommes : celle de la lâcheté. Des hommes qui ne se comportent pas en super-héros ou ont laissé de côté l'armure. Malgré leurs défauts, leurs irresponsabilités, on ne peut qu'éprouver qu'une forme de compassion pour eux. Derrière l’humour caustique se
cache une tendresse immense et les affres de la solitude.
Entre sourires et pincements
au cœur, après Rester sage Arnaud Dudek a su me toucher une fois de plus!

