samedi 31 janvier 2015

Hubert Mingarelli - La route de Beit Zera

Éditeur : Stock - Date de parution : Janvier 2015 - 157 pages qui vont  directement au cœur...

En Israël, près du lac de lac de Tibériade et de Beit Zera, Stépan un homme âgé a pour seule compagnie sa chienne gagnée par la vieillesse. Tous les jours, il fabrique des boites en carton que son ami Samuelson lui achète. Et tous les jours, il écrit à son fils Yankel qui  a fui le pays et qui vit désormais loin. Un soir, près des arbres, il aperçoit un jeune garçon. Stépan l'ignore mais Amghar revient. Peu bavard comme Stépan, le jeune Arabe vient de Beit Zera à plus d'une heure de marche. Il aime s'occuper de la chienne et Stépan l'autorise à la promener. Et le vieil homme attend chaque soir sa venue. Une fois par mois, Samuelson vient chercher ses boîtes et rapporte à Stépan ce qu'il a besoin. L'occasion pour des deux amis de passer la soirée à boire et de se rappeler leur jeunesse à Jaffa quand ils contrôlaient les Palestiniens aux postes-frontières.

Avec une écriture  épurée où chaque mot sonne juste, l'auteur installe une ambiance. Et comme si le temps était suspendu à la météo et aux vols des oiseaux, on découvre l'histoire des personnages de ce huis clos. Si la solitude, le silence, le manque de communication les lient, le conflit israélo-palestinien a façonné leurs vies. Un conflit jamais évoqué directement mais qui apparaît par petites touches.
Stépan veut abréger les souffrances de sa chienne. Il lui faut se donner du courage et trouver le moment qui conviendra. Mais ce choix difficile n'est pas le premier qu'il doit effectuer dans sa vie tout en sachant qu'il en souffrira.

En à peine 160 pages, Hubert Mingarelli nous parle de solitude, de l'amour d'un père pour son fils, de vies marquées à jamais par un conflit. Sans juger mais avec une vraie tendresse pour ses personnages et de la pudeur, l'auteur nous livre un roman qui va droit au cœur !

Stépan l'écoutait et sa tête lui tournait, parce que ces mots qui lui entraient dans le coeur étaient les siens. C'étaient ses propres mots prononcés à voix haute qu'il entendait de la bouche même de son fils, tandis que l'ampoule au-dessus d'eux se balançait. (....) Yankel parlait bas, et ses mains toujours dans celles de son père étaient comme eux animaux peureux. Il murmurait, mais sa voix vibrait. Voilà ce qu'il murmurait et que Stépan savait déjà : il s'endormait chaque soir avec tous ceux qu'il avait arrêtés et fouillés, dans la rue, aux barrages. Il emportait dans son sommeil leurs regards indiciblement vides, dissimulant  leur haine. Et au réveil il avait peur de tous ces hommes et les haïssait comme eux le haïssaient.

Le billet de Margotte

Lu de cet auteur : Un repas en hiver
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...