dimanche 30 janvier 2011

L’arbre et le cœur

Aujourd’hui, chez Gwen, nous avons 30 minutes pour rédiger un texte qui commence par « L’arbre est devant la maison, un géant dans la lumière d’automne » et se termine par « J’espère que mon cœur tiendra, sans craquelures. »
Et voici mon texte : 
L’arbre est devant la maison, un géant dans la lumière d’automne. Cet arbre où j’ai si souvent joué. Je m’approchais du tronc, je levais la tête vers les plus hautes branches. Avec cet espoir d’un jour d’y grimper. Haut, tout en haut. Dès que la voiture s’arrêtait dans la cour, je me précipitais vers l’arbre. J’entrainais ma sœur dans mes jeux et je  n’écoutais pas ma mère : « ne montez pas trop haut ! Faites attention de ne pas glisser». Mémé arrivait sur le pas de la porte et disait « laissez-les s’amuser un peu ». Ma mère était vexée d’être contredite par sa belle-mère.  Elle ne le montrait pas. Papa, à son habitude, était perdu dans ses pensées.  Un jour d’automne comme celui-ci, ma sœur ne voulait pas monter dans l’arbre « c’est mouillé, je vais me salir ». « Tu n’es qu’une poule mouillée, fifille à ta maman ». Elle me regardait, les larmes aux yeux. Cruel, méchant, je la défiais du regard en chantonnant « poule mouillée, poule mouillée, … ». Elle a enlevé son manteau et l’a plié soigneusement. Elle m’a suivi jusqu’ à la plus haute branche. Nos semelles n’accrochaient pas à la mousse humide, il fallait se tenir. Je ne lui ai pas dit. Quand j’ai entendu son cri et le bruit, c’était trop tard. Ma sœur gisait en bas de l’arbre. Tétanisé, je regardais mes parents et ma grand-mère s’agiter, pleurer auprès de son corps. Il n’y avait plus rien à faire, c’est ce qu’a dit un des pompiers. Je ne suis pas revenu ici depuis deux ans. Mémé ne s’en est pas remise, elle en est morte. Maman ne dit rien, papa non plus. Ils sont morts le jour ou Lise est tombée. J’ai enfermé et  calfeutré tous mes pleurs dans mon cœur.  J’ai 14 ans et je suis un meurtrier. Après l’enterrement de mémé, je partirai. J’espère que mon cœur tiendra, sans craquelures.

12 commentaires:

Livvy a dit…

Ah ben dis donc, il est bien dur, ton texte...

Irrégulière a dit…

C'est bouleversant...

Géraldine a dit…

Chapeau, c'est magnifique. Tout y est en quelques lignes, l'émotion a le temps de monter tout de même. Bravo ! Lance toi donc !Roman !!! Ta plume le mérite !

liliba a dit…

Comme toujours, tes textes sont magnifiques, prenants, émouvants... j'aime te lire !!!

Coumarine a dit…

quelques mots seulement et...froid dans le dos...
Tu arrives très vite à induire une atmosphère très forte...bravo!

claudialucia ma librairie a dit…

Coumarine m'enlève les mots de la bouche : "froid dans le dos!" Le sentiment de culpabilité ajoute à la disparition qui est encore plus lourde. bravo Clara!

gambadou a dit…

waouhhh, dur !

Ananim a dit…

C'est un tres beau texte. Bravo.

dasola a dit…

Bonjour Clara, et bien, il n'est pas bien gai ton texte mais il est court et va à l'essentiel. La chute du texte est très bien amené: bravo. Bonne après-midi.

Clara a dit…

@ Livvy : j'ai oublié mes bonnes résolutions...:)

@ Irrégulière : j'aurai voulu détailler les sentiments mais le temps m'a manqué !

@ Géraldine : écrire quelques lignes, je peux mais un roman...ohoh non!

@ Liliba : merci Liliba !

@ Coumarine : merci, merci !

@ Claudia : j'ai fait double, tant qu' à faire... Merci Claudia !

@ Gambadou : à ce point ?

@ Ananim : merci pour ton commentaire et ta visite !

@ Dasola : en une 1/2 heure, je n'ai pas eu le temps d'écrire tout ce que je voulais... hélas! Merci à toi !

Aifelle a dit…

J'ai lu ton texte dimanche et bizarrement, j'ai eu l'impression qu'il était un peu imprégné de ta lecture des pépins de pommes .. il m'a fait penser à Rosemarie. Celui d'Armande était attendrissant, le tien fait vraiment peur.

Clara a dit…

@ Aifelle : je suis une éponge ! Et souvent dans mes écrits, on retrouve la trace de mes lectures (et ce inconsciemment)!

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