lundi 19 décembre 2011

Comme avant

Copyright Kot

Joli photo, non ? Et voici ma participation à l’atelier d’écriture chez Leiloona (deux semaines de suite, je m’épate !)

Il l’a suivi de loin. Quand elle s’est levée de table, il n’a rien dit. Pas même essayé de l’en empêcher en posant sa main doucement sur son bras. Sa sœur a soupiré fortement avant de se lancer dans des conseils qui ressemblaient plus à des récriminations « c’est ta femme Paul, tu ne devrais pas laisser agir de la sorte. Chaque année, c’est la même chose, avant oui je pouvais comprendre mais là, non ! ». Calmement, il a posé sa serviette et à son tour s’est levé. En prenant sa veste, il  s’est retourné vers elle et lui a dit  tu n’as jamais compris et tu ne comprendras jamais.  Son beau-frère lui fait un léger signe de la tête, un signe pour lui dire va la rejoindre Paul, c’est ton devoir, occupe-toi de ta femme.  

Il la regarde marcher. Elle avance tranquillement  la tête relevée vers le ciel. Arrivée devant la cabine, elle y entre sans hésiter. A à cet instant précis, il serre les poings fortement et les  jointures de ces phalanges deviennent blanches. Il ne voit que son dos mais  il sait qu’elle a décroché le combiné et composé un numéro. Il trompe l’attente en regardant les gouttelettes de pluie s’écraser dans la lumière des réverbères.
Quand elle s’accroupit, il la rejoint. Elle pleure. Du combiné pendu dans le vide, une voix répète inlassablement le numéro demandé n’est plus en service. Il lui dit c’est fini,  ça va aller, on va rentrer, viens. Il la prend dans ses bras, embrasse ses cheveux. 

C’est son anniversaire. Aujourd’hui, elle a vingt-huit ans.  Et à chaque anniversaire, elle téléphone à son frère jumeau. Depuis  douze ans, en ce jour important, elle lui raconte ces petites choses de sa vie ou un souvenir d’enfance qui lui est revenu à l’esprit. Elle parle à un téléphone en dérangement  ou à une tonalité qui sonne occupée.  Il est mort. Frère et sœur complices, ils avaient l'habitude de partager ce jour ensemble. Pour le moment, elle a encore besoin de perpétuer ce geste. Comme avant.

12 commentaires:

Asphodèle a dit…

C'est triste mais bien emmené ! La photo est inspirante^^...

leiloona a dit…

On se laisse rapidement prendre au jeu, cherchant à deviner ce qui se trame derrière ces gestes et ces mots au début de texte.

Sinon jamais deux sans trois ?
*siffle* :))

lucie a dit…

Ce texte est magnifique. Cette photo m'a laissé sans mots.

Gwenaelle a dit…

Nous donner à lire un texte pareil, un lundi matin, quand tout est gris dehors, c'est de la triche, Clara! Heureusement que les grelots du Père Noël ne sont pas loin sinon je vais pleurer moi...

Mango a dit…

C'est triste mais la photo aussi, au départ, est triste!

Rébecca a dit…

Ce texte est poignant et bien mené. Bravo.

Clara a dit…

@ Asphodèle : je reviens à mes anciennes habitudes:)

@ Leiloona : pas totalement satisfaite de moi pour l'histoire ( car il aurait fallu que je détaille plus...mais dans ce cas, ça aurait été trop long!)

@ Lucie: Merci Lucie!

@ Gwen : si j'étais Madame Météo, il ferait tout le temps beau ... ne pleure pas, Gwen:)

@ Mango : une très belle photo mélancolique...

@ Rébecca : merci beaucoup !

Anne a dit…

Cettephoto a inspiré des textes émouvants... Très belle plume, Clara !

Jul a dit…

Une photo qui t'as emmené loin, très loin ! Mais quel texte poignant ... commed 'hab' mais ça fait pas de mal de le redire ^^
PS : deux semaines de suite, pas grave, moi ça me va bien ... peut-être trois ?? :)

Gaël LOAËC / Paul ANDREWS a dit…

coucou clara
belle imagination que tu as eu pour coucher tes mots sur ce cliché
j'vais faire un tour sur ton lien tiens !!!
bisous clara

Clara a dit…

@ Anne, Jul, Gaël : merci même si mon texte est trop court parce que la lecture à l'écran ne permet pas de trop longs textes.

@ Jul : attention, je vais finir par avoir les cheville qui enflent et me prendre pour un écrivain :)

Jul a dit…

Ah bin je t'encourage alors comme ça on aura le plaisir de te lire plus longuement ;)

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