lundi 6 octobre 2014

Hélène Gestern - Portrait d'après blessure


Éditeur : Arléa - Date de parution : Septembre 2014 - 232 pages à lire! 

Olivier et Héloïse vont aller déjeuner et ils ont pris le métro comme tant d'autres. Mais une bombe explose. Olivier secourt Hélène alors qu'ils sont pris en photo par un  journaliste. Sans qu'ils aient demandé ou accepté, ils se retrouvent sur papier et sur écran à la vue de tous.

Blessés et choqués, ils vont devoir en plus affronter les dégâts causés dans leurs vies personnelles. Amenés à travailler ensemble sur des reportages, leur collaboration a vu naître un sentiment amoureux entre eux. Et ils étaient sur le point d'en parler au moment de l'explosion. Ni leurs conjoints, ni leur entourage ne s'est douté de quelque chose. Mais ce pan intime ne leur appartient plus. La photo a tout brisé. Ils sont passés du côté de la barrière publique. Des regards aux sous-entendus, ils sont soupçonnés par tous. Mais ils veulent retrouver leur dignité balayée. Commence un combat où ils se heurtent au droit à l'information, à la puissance médiatique. Dans le récit d'Olivier et d'Héloïse, s'ajoutent des histoires d'images de personnes qui donnent leurs ressentis en voyant une photo ou de celles qui se sont retrouvées piégées sous l'oeil du journaliste photographe.

Non seulement, on se prend des claques d'émotions en pleine figure mais en plus ce roman interpelle, pousse à la réflexion car nous sommes tous consommateurs d'informations ! Hélène Gestern a gagné en force et intensité dans une écriture plus affirmée. Et pour un tel sujet, il le fallait. Un livre très fort qui ne souffre d'aucun défaut où il question du respect bafoué et de celui que l'on peut reconquérir, de notre société où tout est diffusé et sur ce qu'on appelle la vie privée.
A lire absolument ! 

Ce n'est pas seulement la solitude qui me retient d'assister. C'est la honte que nous ayons tous deux été montrés ainsi, dans ce que nous avions de plus faillible et de plus démunis. Un photographe a fait de nous, par provision, les traîtres que nous n'étions pas. Son image à défloré, vendu, soumis à l'avance les mots que nous n'avons pas eu le temps de prononcer. 

J'étais convaincu d'avoir compris l'étendue des pouvoirs de la photographie, d'être celui qui pouvait révéler ces vérités cachées. Je décryptais, comme on dit. J'avais juste oublié l'essentiel. Parce que si je me suis souvent demandé, pendant ces entretiens, ce qu'avaient ressenti ceux qui avaient pris ces photos, je me suis rarement interrogé sur qu'avaient éprouvés les photographiés au moment du déclic. Jamais pris la véritable mesure de leur humiliation, de la violence que représentaient les instants d'existence qu'on leur avait dérobés. Aujourd'hui, je m'interroge : combien de mémoire avons-nous insultées de la sorte ? Combien d'hommes et de femmes, réduit à une blessure, à une grimaces dont nous avons fait commenter l'image? Dans la chair meurtrie, figée pour toujours dans la chimie de sa pellicule, dans son amas de pixels, écrasés par la dictature sèche d'un flash, je n'ai jamais voulu voir que l'impérieuse nécessité de rendre compte de l'Histoire.

Lu de cette auteure : Eux sur la photo - La part du feu
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