mercredi 1 octobre 2014

Herbjørg Wassmo - Ces instants-là

Éditeur : Gaïa - Traduit brillamment du norvégien par Céline Romand-Monnier - Date de parution : Septembre 2014 - 398 pages et un coup de cœur !

Voilà un livre d'une beauté qui s'insinue dans le lecteur à chaque page. Un livre qui vous vrille le cœur et l'esprit. Nous sommes au Nord de la Norvège et la narratrice revient sur des moments de sa vie. La période de son enfance quand elle entre au collège et où d'emblée elle dit la haine qu'elle éprouve pour son père. Une mère qui ne dit mot, une petite soeur souriante. Et elle qui voudrait savoir que faire de sa vie. Mais il y a la gaucherie de l'adolescence et une certaine timidité qui font d'elle une mère avant l'heure.  Les études arrêtées puis reprises : elle devient institutrice et se marie. Elle prend confiance en elle ou plus exactement l'acquiert entre ses lectures et ses crises  d'une forme d'épilepsie qui lui permettent paradoxalement  de gagner en détermination. Des états où inconscient  et conscience se chevauchent, elle en tire une force. Elle se construit, s'affirme, reconnaît ses erreurs mais va au bout de son projet d'écriture.  Elle peut laisser son travail et se consacrer uniquement à l'écriture. Mais il y a des sacrifices et des dommages collatéraux.  Et tous ces instants intenses, tristes, beaux, où surgissent des questionnements mais aussi des sourires, du féminisme et un hommage à Simone de Beauvoir sont écrits dans un style court qui nous transperce.  
Il y a une vraie pudeur, une manière de suggérer qui donnent une âme à ce livre. Celle d'Herbjørg Wassmo.

Une lecture magnifiquement bouleversante  !

Non. Ils sont dans l'instant. Maintenant. Sur ce point aussi, elle aurait beaucoup à apprendre. Mais serre les dents en acceptant tout ce qu'il faut faire. Laisse ses pensées errer dans le dédale de toutes les choses qu'il faut faire. Plus tard. Demain, en tout cas pas plus tard qu'après demain. (...) Un jour, se dit-elle, un jour j'aurai une pièce qui sera à moi. Je veux pouvoir fermer la porte. Je veux pouvoir dormir en paix sans que personne n'aille ou ne viennent. Je veux pouvoir penser des pensées sans être interrompue. Je vous pouvoir les écrire. La nuit comme le jour.

- J'aurais voulu que tu sois amoureuse de moi, dit-il en la raccompagnant au bus.
Elle ne répond pas. N'arrive ni à venir à sa rencontre, ni à le balayer. N'est tout simplement pas habituée à ce que les gens révèlent  ces souhaits -là. Elle a l'habitude qu'on attende et comprenne par observation personnelle.  Si elle avait été préparée ou vive, elle aurait pu lui demander si lui était amoureux, d'elle. Mais une gêne, ou une peur, d'obtenir une réponse que qu'elle ne pourrait pas accueillir, arrête tout.
En un éclair, elle comprend qu'elle n'a pas l'habitude d'exprimer les sentiments par des mots. A moins que ce ne doive devenir de la littérature. Et cela n'a alors plus rien à voir avec elle. Dans la vie, elle n'a aucune hardiesse. A trop peur d'être rejetée.


Les billets de Cuné, Kathel

Lu de cette auteure : Cent ans

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